Journal du Jeudi N°1177 du 10 au 16 avril 2014


Pouvoirversaire au "pays du Vaudou"

Boni Yayi vient de souffler sa huitième bougie à la tête du Bénin et il a tenu que cela se sache. Même les «Saint Thomas» ont vu et ont cru. Du 4 au 6 avril, l’horloge béninoise s’est arrêtée sur diverses manifestations entrant dans le cadre du géantissime anniversaire...

Prières dans les mosquées, cultes dans les temples, messes dans les églises, avec en sus un concert géant qui a vu des artistes «louer les mérites du président Boni Yayi, à travers des morceaux de chansons, des répertoires de danses et des plages de comédies». Voilà de quoi flatter l’ego du chef de l’Etat béninois qui magnifie, avec ses thuriféraires, les huit années qu’il vient de passer au pouvoir, plutôt que de regarder en face les deux petites années qui restent à son compteur. Comme un défi au temps qui file irrémédiablement, une sorte d’estocade à ce quinquennat, le dernier possible d’affilée, aux termes de la Constitution du Bénin, qui s’achemine imperturbablement vers sa fin. 
D’ailleurs, à Cotonou, l’évènement est même double puisqu’on met un point d’honneur à souligner, au-delà des huit années de présidence, «le troisième anniversaire de la réélection du président Boni Yayi». Et c’est tant pis si cela fait maigrir les jaloux, Thomas Boni Yayi, lui, a célébré cet anniversaire avec une grande délectation, réconforté par le millier d’artistes qui ont tenu le public en haleine, pendant plus de trois heures d’horloge. Délivrant au passage un message de soutien fort et sans équivoque au chef de l’Etat. Une lune de miel sous-tendue sans doute aussi par la pluie de milliards de francs CFA que Thomas Boni Yayi promet de déverser sur le monde culturel.    
Si d’aucuns, au Bénin, se demandent à quoi rime tout ce tintouin médiatico-culturel et cultuel qui a monopolisé les écrans de la télévision nationale pendant de longues heures, on s’interroge davantage sur les suites de la longue crise sociale que traverse le pays depuis plus de trois ans maintenant. Ainsi, représentants du gouvernement, responsables syndicaux et facilitateurs se sont à nouveau retrouvés vendredi dernier pour une énième session de négociation sur les grèves perlées qui sévissent dans l’administration publique et dans le secteur éducatif béninois depuis le 6 janvier 2014. Des grèves qui se poursuivent çà et là malgré les petits pas enregistrés pour juguler la crise. «Les engagements du gouvernement sont abstraits, nous voulons du concret», a notamment indiqué au téléphone, à la presse, Laurent Mêtongnon, secrétaire général de la Fésyntra-Finances (Fédération des syndicats des travailleurs des Finances).
Le bras de fer se poursuit donc, au moment où le chef de l’Etat amorce la quatrième année de son second mandat à la tête du Bénin. La récréation du 4 au 6 avril dernier ouvre-t-elle désormais de nouvelles perspectives pour un apaisement du climat social? Boni Yayi avait déjà cédé sur certains points de revendication: restitution des défalcations opérées sur les salaires des mois de janvier et de février 2014 pour fait de grève; relèvement du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig), qui passera de 31 625 à 40 000 F CFA; promesse d’étudier la demande des enseignants relative au bénéfice de revalorisation de 25% du traitement indiciaire. Mais il reste toutefois ferme sur le limogeage réclamé du préfet de l’Atlantique-Littoral, Placide Azandé, et du commissaire central de Cotonou, Pierre Agossadou, point nodal des revendications syndicales, brutalisées par les forces de l’ordre lors de leur marche-meeting du 27 décembre dernier, qui a mis le feu aux poudres.
En attendant de voir venir, Boni Yayi peut déjà projeter la célébration de son quatrième-neuvième pouvoirversaire, fort du «succès» de cette sortie remarquée au pays du Vaudou.