Journal du Jeudi N°1284 du 28 avril au 3 mai 2016


Continuité de l'Administration burkinabè: quid de la loi sur le plastique?

La loi portant interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation et de la distribution des emballages et sachets plastiques non biodégradables a suscité beaucoup d’espoir dans le cadre de la lutte pour la sauvegarde de l’environnement.

L’on se rappelle qu’elle a été initiée sous le règne de Blaise Compaoré et avait déjà fait l’objet d’un vote à l’unanimité le 20 mai 2014 au niveau de l’hémicycle.
 Cette caution parlementaire obtenue, le ministère en charge de  l’Environnement avait décidé de la mettre en application à partir du 21 février 2015. Les balises étaient donc posées pour faire entrer cette loi en vigueur afin de sauver l’écosystème burkinabè du désastre écologique. Cette loi est entrée effectivement en vigueur sous la Transition, mais au-delà du juridisme, rien de concret n’a été fait pour son application effective jusque-là. La preuve, l’importation, la commercialisation et la distribution des emballages et sachets plastiques non biodégradables continuent sur tout le territoire national sans qu’aucune autorité publique ne s’en émeuve.
La réalité telle qu’elle s’offre à voir sur le terrain apporte naturellement de l’eau au moulin de ceux qui affichaient leur scepticisme par rapport à l’application de cette loi, pourtant opportune, pour conjurer le danger que court notre nature. A partir de la date butoir du 21 février 2015, non seulement des dispositions douanières devraient être incessamment prises pour empêcher toute entrée frauduleuse ou non de sachets et emballages plastiques non biodégradables, mais encore  concomitamment à l’intérieur du pays, des équipes de contrôle devraient être constituées pour constater de visu le respect de la dite loi chez d’anciens détenteurs et prendre les mesures indiquées en la matière. Les contrevenants selon la loi encouraient des peines d’emprisonnement de trois mois à cinq ans et/ou d’une amende de 100 000 F CFA à 10 000 000 F CFA. Cependant comme il est loisible de le constater, son entrée en vigueur depuis la transition jusqu’à maintenant n’aura servi à rien de concret. Pire, les autorités actuelles, qui jouissent d’une meilleure légitimité et légalité pour veiller à l’application de cette loi combien salutaire, sont muettes comme des carpes. Pendant ce temps, le péril continue...
C’est comme si l’on a pris la loi juste pour la  prendre. Il n’y a aucune volonté affichée pour la mettre en œuvre afin que l’objectif de sauvegarde de la nature soit vraiment atteint. Certes, l’on peut épiloguer sur l’analphabétisme de la population dans sa grande majorité qui ne comprend pas toujours les enjeux de la mesure et qui ne manque pas de méthodes de contournement ou de fraude pour continuer l’usage de cette matière jugée pourtant très nocive pour l’environnement et la vie sur terre. Mais, il est difficile de comprendre et d’admettre que les initiateurs de la loi n’aient pas pensé à ses tenants et à ses aboutissants de façon complète. En tout état de cause, les difficultés sociologiques devraient être surmontées afin d’aboutir à une application cohérente pour le bien-être de tous.  Des sensibilisations à l’endroit des importateurs et des usagers avaient été annoncées. Mais pourquoi depuis l’on n’en parle plus ? Et puis, la loi est en vigueur depuis plus d’une année.On peut donc se demander pourquoi depuis cette entrée en application les importations de sachets en plastique se poursuivent toujours.
Les nouvelles devront rapidement songer à trouver une solution à cette discontinuité qui remet en cause l’Etat de droit et la participation citoyenne à la construction d’un espace de vie saine.