Journal du Jeudi N°1204 du 16 au 22 octobre 2014


Où va le Bénin?

La machine électorale est grippée au Bénin. De paroles en actes, les présidents d’institutions ont fini par faire le constat, de concert avec le chef de l’Etat, que l’organisation des élections à venir est... problématique.

Ce que l’on redoutait suite à plusieurs sorties d’hommes politiques proches du pouvoir, et notamment celle du président Thomas Boni Yayi himself, qui avait proclamé, début octobre, qu’il n’y a pas d’argent pour organiser les élections, est désormais réalité. Réunis autour du locataire du palais de la Marina à Cotonou, les présidents des institutions de la République, à l’exception notable de celui de l’Assemblée nationale, sont arrivés à la conclusion qu’il fallait, une fois de plus, repousser la tenue des consultations électorales au «pays du vaudou». Et c’est le président de la Cour suprême, Ousmane Batoko, qui a résumé le constat d’échec du collège institutionnel, le 6 octobre dernier, en ces termes: «Ce sont des situations physiques, légales, matérielles incontournables face auxquelles, de façon manifeste, il n’est pas possible d’organiser les élections avant la fin de cette année 2014.»
Depuis, cet édit n’en finit pas d’entretenir la polémique et cette nouvelle liberté avec le calendrier électoral est considérée comme très fâcheuse pour l’image de ce pays. Le Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix au Bénin (Wanep-Bénin) fustige ainsi «l’absence d’une nouvelle proposition de date pour la tenue de ces élections municipales, communales et locales», qui auraient dû se tenir en 2013. Et constate que... «les ingrédients sont réunis pour hypothéquer la correction de la Lépi (Liste électorale permanente informatisée, Ndlr) et, en conséquence, la tenue à bonne date des élections législatives de 2015». Au surplus, le Réseau Wanep-Bénin se demande si ces faux-fuyants ne cachent pas «une astuce politique pour coupler ces deux élections et imposer au peuple béninois les risques ‘’conflictogènes’’ de la gestion, le même jour, de trois différentes urnes».
Au-delà de cette inquiétude exprimée par une structure établie dans le corpus sociopolitique du pays, les réactions sont plutôt courroucées sur le terrain. Ainsi celle du général Robert Gbian, qui a déjà pris ses distances avec le régime pour se lancer dans la course au fauteuil présidentiel de 2016. Communiquant ses «surprise et regret» sur Facebook, l’ancien collaborateur de Boni Yayi se dit «profondément déçu de cette situation qui n’honore pas notre démocratie». Cependant, indique-t-il, «nous voudrions toujours continuer à faire confiance aux différents acteurs du processus électoral dont l’engagement et la sincérité ne doivent souffrir d’aucune ambiguïté. Nous leur demandons de prendre leur responsabilité en vue d’une organisation crédible et sans faille des élections, dans de brefs délais».
C’est sans doute une période délicate qui commence pour le Bénin, au moment où, par-delà le non-respect du calendrier électoral, se superpose un véritable marasme politique lié à la fin du second et dernier mandat du président Boni Yayi. Il y en a encore beaucoup qui doutent de son réel désir de passer la main au terme de son mandat et qui voient ces atermoiements comme des signes d’une prise en otage des institutions. La presse, déjà dans le collimateur du pouvoir et de ses derniers soutiens, relate à l’envi les dérives d’un régime à l’agonie. Dénonçant même l’obsession du chef de l’Etat «d’être le seul maître à bord et de ne pas voir de leader charismatique pouvant le remplacer». Ainsi, affirme-t-elle, cette presse, «Boni Yayi a lancé une fatwa contre tous ceux qui osent s’affranchir un peu de son joug et chercher une notoriété politique». Où va le Bénin?