Journal du Jeudi N°1179 du 24 au 30 avril 2014


Foot et footismes...

Sur le rectangle vert, la boule de cuir est ronde pour tout le monde. Mais hors du terrain de football, tout ne tourne pas toujours rond. Entre chutes mortelles et retards dans l’exécution des chantiers, le rendez-vous mondial du sport-roi peut subir des mauvaises passes et des tacles dangereux. Même dans le pays du roi du foot!

Le compte à rebours a commencé et l’on fronce les sourcils du côté de Sao Paulo. On est à une cinquantaine de jours du coup d’envoi de Brésil-Croatie, comptant pour le match d’ouverture de la 20e édition de la Coupe du monde de football et le stade Arena Corinthians n’est toujours pas achevé. Pareil au niveau de deux autres stades sur les douze qui doivent accueillir, du 12 juin au 13 juillet prochain, la plus grande manifestation sportive du monde. Des retards importants dans la réalisation des chantiers dus à des problèmes logistiques, mais aussi à des accidents, parfois mortels, qui ont entraîné l’arrêt des travaux, entre grèves et écœurement. Pas moins de huit personnes ont déjà trouvé la mort sur les chantiers du foot au Brésil.
Le roi Pelé a ainsi cristallisé les mécontentements contre lui lorsqu’il a banalisé l’un de ces accidents récurrents, survenu récemment sur l’un des stades. «Ce qui s’est passé au stade Itaquerao, avec ces accidents, est tout à fait normal. C’est la vie, il y a un accident, il y a des morts... Moi, je m’inquiète davantage de la façon dont sont gérées les entrées et les sorties des touristes à l’aéroport. Il y a beaucoup de choses à dire là-dessus», avait affirmé le plus célèbre des footballeurs du siècle dernier à la télévision. Un dribble de trop qui ne passe pas, d’autant qu’elle tombe mal dans un contexte où les Brésiliens, choqués de tout, en ont gros sur le cœur pour les coûts gigantesques qu’induisent l’organisation de cet événement.
Mais comme impossible n’est pas brésilien, on se persuade que tout finira bien par rentrer dans l’ordre. Il suffit juste, comme au foot, de bousculer un peu l’adversaire sans prendre de carton rouge, d’obtenir un opportuniste penalty en fin de match pour marquer ce précieux but de la victoire dans les toutes dernières minutes des arrêts de jeu. «Nous avons repoussé beaucoup de choses à la dernière minute (...) Ici, nous reportons tout au lendemain, pour le dernier moment», a confié Andrés Sanchez, responsable des travaux sur le stade Arena Corinthians de Sao Paulo. On comprend que la présidente Dilma Roussef reste inébranlablement optimiste, «persuadée que la Coupe du monde brésilienne sera un énorme succès pour son pays».
Si le triple champion du monde de football sera plutôt aux petits soins pour les touristes lorsque vibreront les stades et que les holàs embraseront la planète foot jusque dans les salons africains, les fans du ballon rond, eux, s’impatientent déjà de voir Cristiano Ronaldo dans ses œuvres. Ou encore d’admirer les reprises de volée et/ou les tirs tendus des dizaines de virtuoses du cuir rond qui afflueront bientôt au Brésil de Pelé pour faire la cour à dame Coupe. Trente-deux nations, dont cinq africaines - Algérie, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria - tiendront le monde en haleine pendant un bon mois.
D’ailleurs, dame Coupe est déjà sur place et attend son prochain conquérant. Avant de commencer à faire les yeux doux à tous ces prétendants à partir du 12 juin, où il sera à Sao Paulo, le trophée. Cette balade intérieure a commencé depuis le 22 avril dernier à Rio de Janeiro. Mais avant, c’est un périple de 221 jours que s’est offert le fameux trophée à travers le monde puisqu’il a visité 89 pays, dont la Tunisie et les Etats-Unis. Bientôt, place sera donnée au foot! Qui chantera «on est champions» au soir du 13 juillet?