Journal du Jeudi N°1292 du 23 au 29 juin 2016


Conseils municipaux : les partis politiques déjà entre compromissions et délégitimation

De véritables batailles de chiffonniers, c’est ce que les partis politiques burkinabè donnent à voir dans les processus d’installation des conseils municipaux. Il n’existe pratiquement pas une région administrative où ne serait-ce qu’une localité n’a pas enregistré des remous liés à la mise en place de l’administration locale...

Pire, dans certaines communes comme Sabcé et Kaya, pour ne citer que ces deux-là, les conseillers nouvellement élus lors des élections du 22 mai dernier ont poussé l’adversité à l’extrême avec des affrontements violents. A l’analyse de cette violence inouïe incompréhensible, on peut aisément émettre des réserves sur les capacités gestionnaires des élus locaux, en tout cas dans les lieux où le capharnaüm a eu raison de la cohésion et du consensus. Il faut préciser que les oppositions se sont faites par partis politiques interposés où des militants, en véritables hooligans politiques, ont fait la preuve de leur capacité de nuisance, notamment en termes de violence.
Les partis politiques viennent d’étaler par-dessus le marché leur immaturité patentée, en matière d’organisation et d’expertise administratives, à être les métronomes de la gouvernance locale. Avec ces affrontements tout aussi épidermiques que puérils, ils viennent d’étaler une fois de plus leur incapacité à sacrifier leurs intérêts de clochers au profit de l’intérêt général des populations dont ils ont la grave charge de conduire les destinées. Déjà, pendant la campagne électorale, les partis politiques s’étaient compromis en se laissant aller à des comportements incompatibles avec la logique démocratique. Exclusivisme et fanatisme avaient été les hauts-faits de certains d’entre eux. Mais l’on espérait qu’une fois les élections faites, ils allaient travailler à créer une symbiose entre les élus de sorte à pouvoir installer des conseils municipaux soucieux d’être des dépositaires authentiques de la décentralisation et de la bonne gouvernance à la base.
Malheureusement, comme cela se donne à voir présentement, les intérêts égoïstes sont en train de prendre de l’ascendance sur les intérêts transversaux des populations locales. Au lieu de créer des cercles de compétition idéelle pour aider les populations à constituer à la base des socles de participation à la construction démocratique et socio-économique, nos conseillers sont en train de réduire l’avenir de tout un peuple à leur animosité personnelle et politique. Il est évident que ces altercations vont déteindre sur le fonctionnement des conseils municipaux de sorte à inhiber leur évolution comme forces de proposition d’alternatives pertinentes politiques au plan local. Cette illustration négative jette en même temps les graines de la division au sein des populations. Il s’ensuivra sans doute une sorte de fractures sociales dont les remous ne vont pas manquer de se répercuter sur leur mobilisation indispensable autour des problématiques de la gouvernance et du développement intégré.
Tango entre compromissions et délégitimation, c’est la conséquence que l’on peut tirer des attitudes non citoyennes auxquelles les conseillers municipaux contraignent les Burkinabè à assister, vraiment à leur corps défendant. Un leadership qui ne s’assume pas et qui ne se montre pas digne se disqualifie lui-même. Comme le disait un célèbre philosophe du siècle des Lumières, l’Etat perd toute justification lorsqu’il cesse d’être un instrument au service du peuple...