Journal du Jeudi N°1205 du 23 au 29 octobre 2014


Ebola, CAN et Plan B...

La planète foot ne sait plus où tirer ses... coups francs sur le continent. La faute à Ebola qui sème panique et confusion jusque sur les bancs des réservistes, et même dans les vestiaires. A moins de trois mois de la prochaine plus grande fête du football africain, la balle est loin d’être dans le rond central!

CAN ou pas CAN en janvier prochain au Maroc? La question alimente polémiques, négociations et passements de jambes ici et là sur le continent. Et les dribbles des uns ne font que souligner le forfait des autres. Tant et si bien qu’on ne sait toujours pas aujourd’hui si l’arbitre ne finira pas par distribuer des cartons rouges à la volée, voire même suspendre le match entre les inconditionnels du report sine die et les virevoltés de l’annulation pure et simple.
Pour l’heure en tout cas, la trentième édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN’2015), prévue pour se tenir du 17 janvier au 8 février 2015, semble bien irrémédiablement prise en otage par Ebola. Vous savez, ce joueur inattendu qui ravage actuellement tout sur son passage et qui a déjà fait plier bien des événements comme, ici-au-Faso-où-la-vie-est-dure, le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (Siao), le Salon international du tourisme et de l’hôtellerie (Sitho). Et même un rendez-vous politique continental comme le Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine sur la question de l’emploi qui devait se tenir début septembre dans la capitale des «Hommes intègres vivant dans le pays où la  morale agonise».
La CAN ferait-elle donc les frais de cet Ebola de malheur? Sacrilège! Mais le fait est là que le Maroc, tout comme aucun pays d’ailleurs, n’a envie de laisser entrer cette «histoire-là» chez lui. Quitte à dresser des «murs de Berlin» et à fermer le ciel, contrôler les mers partout où les populations se brassent et se re-brassent et à vivre en quarantaine autarcique? L’image peut faire sourire, mais pourtant la psychose est là, partout. D’autant que les chiffres livrés cette semaine par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au sujet de la propagation du virus Ebola en Afrique sont des plus alarmants: «Plus de 4 400 morts pour près de 9 000 malades au total.» Tandis que les prévisions sont de «5 000 à 10 000 nouveaux cas par semaine en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone» en décembre!
Le Maroc a donc regardé cette affaire-là et s’est dit, walaï, faut pas tenter Ebola par le foot. Le pays de Mohammed VI a donc cru bien faire en demandant le report de la compétition. Pas question, s’est insurgée la toute-puissante Confédération africaine de football (CAF), qui semble avoir le wack pour garantir la santé et la sécurité de tous, d’une part, et pour mettre en branle au pied levé, vite fait, bien fait, un Plan B «Canfootballistique» de toute beauté, d’autre part.
Sauf que ça coince quand même un peu beaucoup. Au point que l’on parle même finalement du désistement pur et simple du pays organisateur, au moment où l’Afrique du Sud, pressentie en tête de liste d’autres pays africains (le Ghana par exemple) pour suppléer à la «défection marocaine» refuse de jouer une fois de plus les «grand frères» sauveurs du continent. «Avant même d’examiner le dossier au ministère, je peux vous dire sans ambiguïté et catégoriquement qu’accueillir la compétition, c’est non, non», a taclé Fikile Mbalula, le ministre sud-africain des Sports. Avant de décocher un coup franc de Bafana Bafana : «L’Afrique du Sud n’est pas le grand frère de l’Afrique. Nous n’avons pas à organiser la CAN année après année.»
Toute la question est maintenant de savoir ce qu’on fait concrètement. On sera sans doute édifié là-dessus à partir du 2 novembre, où les dirigeants de la CAF ont rendez-vous en Algérie pour traiter du dossier Ebola, avant de se rendre au Maroc le lendemain.