Journal du Jeudi N°1250 du 3 au 9 septembre 2015


Nouveau "gbangban" en perspective sur les bords de l'Ebrié?

Quand on sait tout ce qui a pu se passer en 2010-2011 en Côte d’Ivoire, on a des raisons d’aborder la prochaine élection présidentielle ivoirienne avec gravité. D’autant que certains sifflent déjà la montée des périls...

A l’image du président du Rassemblement pour la paix (RPP), Ouattara Gnonzié, qui a déclaré, la main sur le cœur, lundi dernier à Gagnoa, qu’organiser des élections dans le contexte actuel serait tout simplement suicidaire pour le pays. «Quand on regarde l’environnement politique, sécuritaire, social et juridique en Côte d’Ivoire, peut-on raisonnablement organiser de bonnes élections aujourd’hui?» a-t-il interrogé. Avant d’affirmer, un rien sentencieux, qu’«on expose les Ivoiriens à une situation pire que celle de 2010» en maintenant le scrutin dans un tel contexte.
Pourtant, la chronique de la victoire annoncée de Ouattara semble déjà s’écrire, en raison notamment des divisions intestines qui minent le principal parti d’opposition, le Front populaire ivoirien (FPI), enlisé dans une guerre de leadership, avec au bout une déchirure consommée. Pascal Affi Nguessan a ainsi été investi candidat pour cette élection depuis le début du mois d’août, tandis que l’autre aile du parti, menée par Abdourahamane Sangaré, fidèle de l’ancien chef de l’Etat Laurent Gbagbo, en détention à la Cour pénale internationale (CPI), a appelé mi-août au boycott du scrutin.
Quoi qu’il en soit, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’environnement délétère dans lequel se prépare cette élection qui, plutôt que de rassembler, semble diviser davantage les Ivoiriens. La Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (Lidho) est ainsi récemment montée, elle aussi, au créneau pour inviter le chef de l’Etat à... dialoguer avec l’opposition en vue d’un scrutin apaisé lors de la présidentielle d’octobre 2015. Pour le président de cette organisation de la société civile ivoirienne, Pierre Adjoumani Kouamé, «il y a des préalables à lever pour un scrutin apaisé et démocratique». Et de citer pêle-mêle «le problème des ex-combattants (qui) n’est pas totalement réglé, le cas des dozos (chasseurs traditionnels) qui exercent dans différentes villes du pays, la question de la liberté d’expression, d’association et de réunion». Pour lui, en effet, «si ces problèmes ne sont pas résolus à temps, il sera difficile pour tous les prétendants à la magistrature suprême de faire des meetings sur le territoire national».
La Lidho n’est pas seule à emboucher cette trompette. La Coalition nationale pour le changement (CNC), créée en mai 2015 et dirigée par l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny, y est également allée de son couplet. Menaçant, lundi dernier, de «faire obstacle à la tenue de l’élection présidentielle du 25 octobre si le gouvernement n’engage pas des discussions sur des questions comme l’insécurité et la commission électorale nationale». Quand on sait que cette coalition revendique 13 dirigeants politiques, dont plusieurs se sont déclarés candidats à la présidentielle, on imagine l’impact sociopolitique que pourrait avoir sa sortie, sans doute calculée.
En tout cas, toute cette agitation n’est que du pain béni pour les frondeurs du FPI qui en rajoutent une couche, jugeant «inopportune» la tenue de l’élection présidentielle en octobre prochain. Dans un communiqué publié le 18 août dernier, les potes de Gbagbo stigmatisent le fait que «les préoccupations légitimes dûment exprimées et largement partagées par l’opinion nationale ivoirienne ne seront pas satisfaites». Et préviennent qu’ils... «s’opposeront par les moyens légaux à l’organisation et à la tenue de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire».
Voilà qui sonne comme un nouveau «gbangban» en préparation sur les bords de la lagune Ebrié.