Journal du Jeudi N°1213 du 18 au 23 décembre 2014


Le CDP est-il mort ?

"Ici, c’est la Révolution!" Tel pourrait être l’écriteau à graver en lettres d’or dans du marbre devant l’entrée principale du Premier ministère. En effet, depuis qu’il s’est assis dans le fauteuil laissé vacant par Lucky Luc, chassé de la primature par l’onde de choc des 30 et 31 octobre derniers, “Zinedine Zida” manie allègrement le tocsin des limogeages, la carotte de la nationalisation et le bâton de la suspension.

«Ici, c’est la Révolution!» Tel pourrait être l’écriteau à graver en lettres d’or dans du marbre devant l’entrée principale du Premier ministère. En effet, depuis qu’il s’est assis dans le fauteuil laissé vacant par Lucky Luc, chassé de la primature par l’onde de choc des 30 et 31 octobre derniers, “Zinedine Zida” manie allègrement le tocsin des limogeages, la carotte de la nationalisation et le bâton de la suspension.
Bras levés, poings fermés, le chef du gouvernement n’hésite pas à mettre sa langue sur la langue de... Thomas Sankara. S’il a troqué le treillis contre le costume, Zinedine Zida a très tôt adopté la rhétorique populiste des «idéaux révolutionnaires», surfant avec bonheur sur la vague des mécontentements généralisés. N’a-t-il pas annoncé, dès le lendemain de l’insurrection populaire qui l’a mis au-devant de la scène, qu’il fallait dépouiller l’hôpital Blaise-Compaoré de ce nom pour lui attribuer celui d’Arba Diallo? De nombreux jeunes Burkinabè avaient déjà débaptisé la place de la Nation vigoureusement rebaptisée «place de la Révolution», symbole indestructible de ces journées folles qui ont mis un terme, au bout d’un soulèvement populaire que le monde entier salue, à 27 années de rectification révolutionnaire, puis de démocratie rectifiée...
Multipliant les annonces, Zinedine Zida a également indiqué qu’il ferait procéder à l’identification du corps du charismatique prédécesseur de son prédécesseur à la tête de l’Etat. Avant de lancer, mine de rien, à la télévision nationale, début décembre, que s’il le fallait il ferait extrader l’ancien enfant terrible de Ziniaré de son exil marocain? Ce dernier a d’ailleurs dû quitter le royaume chérifien pour trouver à nouveau, sans doute provisoirement, refuge chez ses beaufs des bords de la lagune Ebrié. Sans compter que feu Norbert Zongo est désormais élevé au grade de «camarade», l’engageante civilité des révolutionnaires de 1983.
Si le président de la transition, Michel Kafando, reste plutôt prudent et mesuré quant aux déclarations «spontanées» et un rien tapageuses de l’ancien numéro 2 de la garde présidentielle de l’ex-locataire du palais de Kosyam, le duo exécutif du Burkina devra assumer solidairement la décision de suspension de partis politiques et association de l’ancienne majorité. Les décrets pris le 15 décembre par le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité portant «suspension» d’organisations politiques et associative de la galaxie de l’ancien pouvoir pour «activité incompatible avec la loi» sont-ils à mettre à l’actif de la nécessaire salubrité sociopolitique dont a besoin le pays?
En réduisant au silence le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’Alliance pour la démocratie et la fédération-Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA) et la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap-BC) -les trois organisations frappées-, le pouvoir prend des «mesures fortes» destinées, manifestement, à «tourner la page des années Compaoré». Pourtant, en poussant tout ce beau monde à la clandestinité, n’ouvre-t-on pas plutôt la porte à la cristallisation des rancœurs et au recyclage d’un personnel politique qui ne se gênera pas pour grossir les rangs des formations qui semblent trouver grâce aux yeux des puissants du jour?
A y regarder de près, et dans la démarche nécessaire d’une catharsis qui place le renouveau sociopolitique du «Faso où la vie est dure» dans les sillons d’une véritable réconciliation nationale, n’aurait-il pas mieux valu laisser le CDP mourir de sa belle mort? Ou traverser son désert en silence?