Journal du Jeudi N°1219 du 29 janvier au 5 février 2015


Quand Boko Haram sera vaincue...

La prochaine grand-messe des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine se tient les 30 et 31 janvier, à un moment où le défi de la paix et de la sécurité est très crucial sur le continent.

Bientôt un an que 200 lycéennes sont enlevées dans la localité Chibock (nord-est du Nigeria) par la secte islamiste Boko Haram. C’était en avril 2014. Un enlèvement alors sanctionné par une pâle réprobation et la timide campagne BringBackOurGirls.
 Depuis, rien. Quelques jeunes filles ont réussi à fausser compagnie à leurs geôliers, mais la grande majorité est restée captive jusqu’à nos jours. Converties de force, utilisées comme esclaves sexuelles et/ou comme kamikazes, les jeunes filles, et pas seulement celles capturées à Chibok, paient un lourd tribut à la guerre engagée par Boko Haram. «Je suis profondément horrifiée par la tragédie que Boko Haram continue d’infliger à nos populations, enlevant des jeunes filles dans des écoles, incendiant des villages, terrorisant des communautés entières et tuant gratuitement», a déclaré lundi dernier à Addis-Abeba, la main sur le cœur, la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, en ouverture du conseil exécutif de l’instance panafricaine.
Prélude à la conférence au sommet qui se tiendra les 30 et 31 janvier dans la capitale éthiopienne, le conseil exécutif a permis à la présidente de la Commission de l’UA de donner, enfin, un tour de vis, ne serait-ce que dans le discours, dans la mobilisation générale contre cette tragédie. Jusque-là plutôt passive, Nkosazana Dlamini-Zuma a adopté un ton assez ferme pour sonner le battage des troupes. «On ne doit pas voir le problème Boko Haram comme une menace pour les seuls Nigeria et ses voisins. Si cette menace n’est pas jugulée, nous serons tous en danger», a-t-elle martelé. Tout en saluant l’implication récente du Tchad aux côtés du Cameroun, pour répondre un tant soit peu à la grave expansion de ce mouvement hors du territoire nigérian.
Si l’on peut regretter l’inaction de l’instance panafricaine sur ce dossier et sur bien d’autres, il faut également saluer l’appel de la présidente de la Commission de  l’UA à fédérer les énergies pour faire échec aux plan et visées morbides et rétrogrades de Boko Haram. Seulement, au-delà des résolutions, belles promesses toujours réchauffées au fil des sommets, que pourront bien accomplir nos têtes couronnées, au sortir de leurs prochaines assises d’Addis-Abeba, pour sonner effectivement la charge contre Boko Haram et faire grandir le continent? Même si la menace est mondiale, l’Afrique doit prendre sans tarder le leadership de la lutte. Car, a encore souligné Nkosazana Dlamini-Zuma, «il est temps d’agir, d’agir collectivement contre cette menace de plus en plus importante».
Sans doute que l’acuité de cette question Boko Haram, qui monopolisera les débats du prochain sommet de l’UA, relèguera au second plan les non moins préoccupantes situations sociopolitiques qui sévissent sur le continent. Les manifestations qui ont embrasé récemment la capitale congolaise, Kinshasa, autour de la révision du code électoral, constituent le révélateur d’un bouleversement profond des mentalités dans ce pays-continent dont les populations sont résolues à prendre leur destin en main.
A l’aune du soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014 au Burkina Faso, et qui ont signé l’épilogue du débat sur la révision de l’article de la Constitution portant limitation des mandats présidentiels, les peuples africains, en RD Congo comme ailleurs, ne veulent plus s’en laisser conter. Un signe des temps avec lequel le syndicat des chefs d’Etat devrait désormais compter. Gageons qu’ils en parleront au moins à loisir au cours de leurs nombreux apartés présidentiels, pour comprendre enfin qu’ils ont tout intérêt à emprunter sagement l’élégante porte de sortie que leur offrent les Lois fondamentales de leurs pays respectifs.