Journal du Jeudi N°1288 du 26 mai au 1er juin 2016


Elections et participation citoyenne: un pas en avant, deux pas en arrière

L’un des faits qui font la particularité des élections municipales du 22 mai 2016 au Burkina Faso aura été le caractère apathique de la participation des Burkinabè. Même si la Convention des organisations de la société civile pour l’observation domestique des élections (CODEL) a égrené, à l’heure du bilan, des motifs de satisfaction sur le déroulement du scrutin, la mollesse du corps électoral dans l’accomplissement de ce devoir citoyen laisse songeur...

Si l’on fait une comparaison entre ces dernières élections et celles couplées, la présidentielle et les législatives, du 29 novembre 2015, on note subito que la participation des citoyens est nettement en recul. On a pu se rendre à l’évidence que les Burkinabè ont renoué avec les vieux démons de la désaffection politique. Une donne qui n’enchante pas, car elle ne permet pas à l’ancrage démocratique de se faire véritablement et de contribuer à l’avènement d’une meilleure gouvernance. Ainsi, on peut dire qu’avec le record de plus de 60% en termes de participation aux élections couplées de novembre 2015, les Burkinabè avaient donné un signal fort et fait un pas en avant dans la perspective de la consolidation de la culture électorale et de la démocratie. Mais voilà que cet intérêt qui s’était éloquemment manifesté s’est émoussé tout d’un coup, laissant les analystes politiques à toutes sortes d’interprétations possibles.
En allant au-delà des causes plausibles que l’on peut imputer à cette abstention quand même spectaculaire, une chose s’impose de toute évidence: ce taux famélique est un recul démocratique de deux pas en arrière que les Burkinabè auront fait. Or ces élections à la base, qui transcendent la politique partisane pour être la voie des communautés pour bâtir de façon horizontale leur socle de prise en main de leur destin sur tous les plans, devaient intéresser beaucoup plus les Burkinabè. Malheureusement, cette compréhension n’est pas encore une réalité dans la mentalité de la majorité des Burkinabè. En boudant les urnes, ils ont donné la preuve qu’ils n’ont pas compris véritablement que la démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Et dans ce cas de figure, la gouvernance démocratique en expérimentation depuis bientôt trois décennies au pays des Hommes intègre ne pourra qu’en pâtir, au grand dam des démocrates.
Ce résultat est naturellement un échec national, étant donné qu’il appartient à chaque citoyen burkinabè d’être, de par son attitude, un ferment de bonification et d’ancrage de la démocratie. L’on peut néanmoins particulariser la responsabilité de cette participation rachitique aux politiques, dont le leadership et l’offre ne rassurent pas toujours les populations en matière d’alternatives. De ce point de vue, ce n’est pas trop de dire que la communication politique à l’endroit des populations manque de mordant, elle ne fascine pas, elle ne convainc pas..., d’où le rejet des candidats par l’abstention électorale. En effet, le manque de programme alternatif crédible laisse entrevoir une sorte de fragilité et de tâtonnement politiques qui, finalement, nourrissent l’abstentionnisme électoral au niveau des populations.
C’est pourquoi il y a cette nécessité que les partis politiques et leurs leaders prennent d’ores et déjà ce signal très au sérieux et travaillent à réconcilier les Burkinabè avec l’art de la gouvernance citoyenne. Ce sera pour eux le seul socle solide de légalité et de légitimation. La participation électorale importante dans un pays  a toujours été déterminante pour la légitimation et la consolidation du pouvoir politique en démocratie.