Journal du Jeudi N°1235 du 21 au 27 mai 2015


Les malinaderies des jihadistes azawadiens

Le Mali tranquille n'a pas ressuscité d'entre ses turbulences sécessionnistes trois jours après la signature de l'accord censé ramener la paix dans la maison. Bien au contraire, ce sont trois militaires qui ont payé de leur vie le refus de la paix signée le 15 mai dernier.

Menée lundi dernier par des rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, à dominante touareg), l'attaque a eu lieu à Bambara Maoudé, localité située à 100 kilomètres au sud de Tombouctou, dans le nord-ouest du Mali. Selon un officier qui a accepté de pagler à couvert, les trois militaires ont été lâchement fauchés alors qu'ils dormaient encore. Aba! Donc jihadiste a aussi peur de militaire éveillé? Qui est fou? Des fois que le gars contre-attaque dans une roulade de taï-chi digne des plus grands maîtres du kung fu à la sauce Soundiata Kéïta!
Si ce n'est pas malheureux. Tout le monde parle de paix, et eux répondent avec des armes, tuant gratuitement trois militaires dans leur sommeil. Est-ce donc cela les vertus de l'Azawad indépendant qu'ils réclament à cor et à cri, dans le jihad et dans le sang? En somme, si on regarde bien toute cette histoire, au-delà de la réclamation mathusaleméenne d'un territoire pour y ériger une république de l'Azawad, ces gens-là ont pour seule doctrine de répandre le sang et la terreur. En somme, l'indépendance autonomique comme voie de développement, et le jihad mal placé comme guide philosophique?  
On se rappelle qu'il aura fallu une certaine opération Serval pour stopper nette l'avancée des groupes rebelles divers vers Bamako, la capitale. N'eût été cette prompte intervention française, le Mali tout entier serait sans doute aujourd'hui aux mains des séparatistes-indépendantistes-jihadistes de tous bords. Mais la parenthèse d'accalmie, qui aura permis de remettre un tant soit peu le pays sur des rails républicains, semble s'être refermée. Le bal des négociations qui a commencé à Ouagaville avant de se poursuivre avec une médiation internationale sous les bons auspices de l'Algérie, a finalement accouché, après de longs mois de conciliabules, d'un accord que l'on croyait poser enfin les bases d'une paix durable.
C'est bien connu, dans ce genre de négociations, il y a ceux qui voient le verre à moitié plein et les autres qui préfèrent s'attarder sur le verre à moitié vide. Pourtant, l'accord signé le 15 mai dernier par le gouvernement malien, des mouvements armés et la médiation internationale, mais en l'absence notable et regrettable des principaux groupes de la rébellion à dominante touareg, apporte bien des avancées dans un débat sur l'autonomie qui a cours depuis l'indépendance du Mali, en 1960.
Ainsi, et c'est une première, l'accord, négocié par Alger, chef de file de la médiation internationale du processus, reconnaît l'Azawad comme «une réalité humaine, socioculturelle, mémorielle et symbolique partagée par différentes populations du Nord». De même, «le texte confère plus de pouvoir aux collectivités territoriales, par le biais d'assemblées locales, élues au suffrage universel direct» et «si l'armée reste contrôlée par le pouvoir central, la création d'une police locale, placée sous l'autorité de la région, est prévue». Mais cela ne semble pas suffire aux «Azawadiens» qui ont dénoncé une «signature unilatérale», rouspétant aussi certainement contre le fait que le texte n'évoque pas le fédéralisme, encore moins l'autonomie.
Mais la solution réside-t-elle dans ces malinaderies à la kalach?