Journal du Jeudi N°1223 du 26 février au 4 mars 2015


Nous irons tous au cinéma...

Ça y est! N’en déplaise à Ebola, le Fespaco fera bel et bien son cinéma à Marinville du 28 février au 7 mars. Sans l’enfant terrible de Ziniaré, exilé forcé sur les bords de la lagune Ebrié pour cause d’insurrection populaire...

Les organisateurs de la 24e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) continuent de mettre les petits plats des préparatifs dans les grands plats des innovations. Placée sous le thème «Cinéma africain: la production et la diffusion à l’ère du numérique», cette édition qui mettra l’Egypte à l’honneur se présente déjà comme un rendez-vous des défis: défi sécuritaire, défi sanitaire, défi organisationnel, défi, aussi, de la professionnalisation des métiers du cinéma, au moment où le numérique s’impose à tous comme une norme incontournable. En effet, basculer de l’analogique au tout numérique n’est déjà pas le moindre des défis à relever par le Fespaco, qui doit travailler en amont pour que les supports de projection des films, mais aussi la qualité acoustique des salles, soit au top.
Mais avec les inquiétudes nées de l’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola, qui ont longtemps fait planer le doute sur la tenue effective de la manifestation, on regardera de très près les mesures sécuritaires et surtout sanitaires qui encadreront cette biennale du cinéma africain. Le comité d’organisation, qui a multiplié les séances de travail et autres simulations avec les responsables techniques à divers niveaux, dit en tout cas être prêt sur ce plan-là. Ce qui est sûr, c’est que cette année, le plus grand rendez-vous du cinéma africain ne sera comme nul autre avant. Et pour plusieurs raisons.
D’abord, le clap de départ de la compétition ne sera pas au Stade du 4-Août comme à l’accoutumée, mais au Palais des sports, moins grand. Il était nécessaire de réduire la masse pour gérer la foule. Mais que l’on se rassure, des écrans géants placés ci et là donneront à tous le sentiment d’y être! Ensuite, il faut s’attendre à ce que les gels hydro-alcooliques pour se rincer la main ne circuleront jamais autant. Sans doute que dès l’aéroport, il faudra faire... température acceptable et mains désinfectées. Une mesure qui devrait se prolonger à l’entrée des salles. On peut se demander comment on gèrera cette fois-ci les bousculades et autres si l’on devait passer, chaque soir, les milliers de cinéphiles au détecteur d’Ebola avant de leur accorder l’accès des salles. Mais bon, précaution est mère de sûreté.
En tout cas, et même si d’aucuns regrettent déjà de ne pouvoir aller acheter leurs pilules de performance sexuelle à la galerie marchande, zappée cette année pour cause d’Ebola, le Fespaco a déjà gagné le pari de la tenue effective du rendez-vous. Une bien savoureuse victoire sur cet Ebola de malheur qui a fait plier coup sur coup, seulement ici au Faso-où-la-vie-est-dure comme caillou, le sommet extraordinaire de l’Union africaine sur «l’Emploi, l’éradication de la pauvreté et le développement inclusif», le Salon international du tourisme et de l’hôtellerie (Sitho), le Tour cycliste du Faso, le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (Siao)...
Mais la plus grande prouesse du Fespaco est de pouvoir se tenir seulement quatre mois après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre derniers. Un bousculement sociopolitique majeur qui n’a en rien... bousculé le  calendrier des faiseurs de cinéma. Si les supputations vont déjà bon train quant à celui des réalisateurs qui repartira avec l’Etalon d’or de Yennenga, il est certain en tout cas que, pour la première fois depuis 27 ans, Docteur Honoré ne sera pas là cette année pour remettre le précieux trophée. Quand on vous dit que plus rien ne sera comme avant... Même le Fespaco!