Journal du Jeudi N°1210 du 27 novembre au 3 décembre 2014


La transition, les sinistres et leurs casseroles...

Vrai-vrai là, gouvernement c’est pas gouvernement! Il y a gouvernement normal, gouvernement d’union nationale, gouvernement de large rassemblement... du «tuuk guili», quoi! Et puis il y a aussi gouvernement de coalition, gouvernement resserré, gouvernement de transition... Et encore des qu’est-ce qu’il y a de gouvernement...

Ça y est, enfin, voilà, le Faso du soulèvement populaire a son gouvernement. Désormais en costard-cravate après avoir remis les clés de Kosyam à Michel Kafando, le terrible enfant du Passoré, qui a laissé filer l’enfant terrible de Ziniaré vers l’île aux crocodiles d’Houphouët pour éviter un bain de sang, s’est emparé du fauteuil vacant et fumant de Lucky Luc.
Soit dit en passant, l’ancien Premier sinistre du Faso, chef des chantiers de la République devant l’Eternel, n’a pas eu tant de Lucky que cela. Arrivé en pleine crise suite aux mutineries de 2011, le man Tiao a quitté la Primature en catastrophe, sur fond d’insurrection populaire, alors qu’il s’apprêtait à dédicacer, le 5 novembre 2014, son ouvrage intitulé «Blaise Compaoré, Homme d’Etat, Homme d’Action: De l’édification du Burkina Faso, aux Médiations dans les crises africaines». L’évènement devait se tenir à l’ambassade du Burkina à Paris et l’ouvrage a même été préfacé par Abdou Diouf, ancien président du Sénégal et secrétaire général sortant de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Aïe, aïe, aïe!
La page de ces «médiations africaines» qui avaient fait de l’enfant terrible de Ziniaré un Docteur Honoré est donc tournée. Désormais, c’est Yac Zida qui tient la maison. Même si Michel Kafando donne une caution diplomatiquement correcte et internationalement politique à cette transition d’une année. Maintenant que le couvre-feu est levé et que les godeurs vont à nouveau pouvoir s’offrir des godets au-delà de minuit, tout est en mode transition. Pouvoir, gouvernement, Assemblée nationale, tout est en transition. Même les princesses des rues chaudes de Marinville, qui n’ont toujours pas leur sinistre dans le nouveau gouvernement du lieutenant Zida!
Le gouvernement, justement! Les nouveaux sinistres du Faso, en poste juste le temps de la transition ont déjà chaud aux fesses. Chacun d’entre eux est ausculté, radiographié, scanné à l’aune de ses actions passées. Adama Sagnon en sait quelque chose, qui a fait l’objet d’une levée de boucliers. Nommé sinistre de la Culture et du Tourisme, l’ancien procureur du Faso paie son (in)action supposée ou avérée dans la gestion du dossier Norbert Zongo dans lequel il a accordé un non-lieu. Il ne faut donc pas s’étonner que le magistrat ait déjà rendu le tablier, juste après son premier conseil de sinistres. Le “pauvre” homme est sacrifié sur l’autel des récriminations populaires pour une forte gueule et une tête pleine culturelle qui fait dans le théâtre de re-création permanente que les «Tout sauf Adama Sagnon» applaudiraient des deux mains.
Le magistrat n’est d’ailleurs pas le seul sur les tablettes des demandeurs de compte, qui pointent également Moumouni Dieguemdé, nommé sinistre des Infrastructures, du désenclavement et des Transports. Son appartenance au parti de l’éléphant ne séduit pas les acteurs actifs du soulèvement populaire des 30 et 31 octobre derniers. Président du Comité national des cadres de l’Alliance pour la démocratie et la fédération-Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA) et représentant du Burkina Faso à l’Organisation internationale de l’aviation civile (OACI), on se demande quel rôle il aurait joué dans la réfection de l’aéroport de Ouagadougou ou dans l’immatriculation de certains aéronefs destinés au Hadj 2011...
Ah là, Yac Zida a intérêt à bien regarder dans les casseroles de ses sinistres avant de les nommer.