Journal du Jeudi N°1192 du 24 au 30 juillet 2014


Dialogue recto-verso en caravane !

Décidé à faire feu de tout bois selon la vieille réclame qui proclame que «Tôle c’est pas tôle», le Front républicain tente de montrer que, vraiment, Front c’est pas... fronde. Après les meetings «recto-verso», le Front républicain embouche la trompette du dialogue...

Au moins, sur ce point, ils n’en démordent pas! Il faut mettre en place le Sénat et organiser un référendum pour décadenasser la limitation des mandats présidentiels. Coalition d’une cinquantaine de partis politiques proches du pouvoir, le Font républicain prône désormais le dialogue et organise une caravane pour faire valoir ses vues. Après avoir sillonné les villes du sud-ouest du Burkina, les férus de la modification de l’article 37 de la Constitution ont lancé, à Gaoua, un appel aux autres partis afin que «le dialogue et la concertation» soient mises en avant dans ce chaud débat qui divise la classe politique et les populations depuis belle lurette.
Mais alors, est-ce à dire que tous les «frontistes» sont désormais d’accord pour offrir un enterrement de première classe à la limitation des mandats présidentiels? Et que, par conséquent, l’offre de dialogue ne porte que sur les intérêts, euh, les positions divergentes de chaque camp? Dans ce cas, comment réussir aujourd’hui cette alchimie du consensus au moment où les monologues triomphent de tout leur éclat aussi bien chez les pro que chez les anti-référendum? Il faut peut-être le rappeler, le consensus a déserté le forum depuis les «Assises nationales sur les réformes politiques et institutionnelles» et après, les Burkinabè ont assisté, hagards, au schisme politique du début de l’année, qui a vu les Rock, Salif et Simon (la fameuse bande RSS) claquer violemment la porte du Congrès pour la démocratie et le progrès et tourner casaque.
Mais bon, impossible n’est pas burkinabè et à bon Front, rien d’impossible. «Il faut dialoguer, il faut discuter, il faut se concerter. Nous, nous sommes disposés et nous sommes prêts!», a d’ailleurs martelé Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, pouvoir) et co-président du Front républicain. En tout cas, les membres de ce regroupement invitent «la classe politique et les forces vives, au-delà des différences», à s’associer à cette entreprise de «relance du dialogue démocratique au Burkina Faso, à privilégier l’intérêt national pour la promotion d’action de tolérance et d’acceptation mutuelle, à consolider les valeurs et les acquis républicains».
L’homme du Tékré n’a pas manqué d’y aller de son exhortation à «éviter les erreurs passées». Pour Hermann Yaméogo, en effet, président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) et également co-président du Front républicain, il s’agit de «poser le principe et d’attendre maintenant comment les tractations vont éventuellement se mener pour qu’on trouve cette fois-ci la meilleure forme pour enclencher ce dialogue salvateur pour le pays».
Le principe est donc posé. Reposé même. Reste à savoir si ceux d’en face saisiront cette offre de dialogue dont on ne dit pas encore si elle est, comme les meetings, «recto-verso avec intercalaires ». Même sans taper le sable, on peut se risquer à dire que la toile de fond de la caravane du Front républicain reste inchangée: «Oui» à la mise en place d’un Sénat et à la tenue d’un référendum! C’est justement contre tout cela qu’est née la... fronde des anti-Sénat et des anti-référendum. Mais entre la politique, qui a ses raisons que la raison ignore, et les politiciens, qui ont leurs intérêts qui piétinent les intérêts des autres, il faut savoir ne pas mettre le doigt, et encore moins la bosse du Dromadaire!