Journal du Jeudi N°1197 du 28 août au 3 septembre 2014


2015: présidence, rouvre-toi!

Il y a ceux qui proclament que 2015 c'est encore loin -mais qui n'en pensent pas moins un mot-, et ceux pour qui trouvent manifestement le temps long pour déposer enfin leurs valises à la présidence de la République. Seulement quatre petits mois nous séparent cependant désormais de cette année 2015, qui ne verra pas moins d'une demi-douzaine d'élections présidentielles sur le continent...

Ici au Faso-où-la-vie-est-dure, le bras de fer se poursuit entre le pouvoir et l'opposition. Cette dernière a d'ailleurs battu le pavé le week-end dernier pour réaffirmer son opposition à la tenue d'un référendum sur la modification de l'article 37 de la Constitution. Prévu pour novembre 2015, le prochain scrutin présidentiel au Burkina fait l'objet de toutes les polémiques. Les démonstrations «recto-verso avec intercalaires» se poursuivent et l'opposition ne revendique pas moins de... 100 000 manifestants ayant participé à la marche du 23 août dernier. «Cette mobilisation gigantesque, historique, est un message fort» au président Compaoré, a lancé Zéph le trouble-référendum en chef du moment.
Si au Burkina on en est encore à guetter la fumée blanche de l'annonce effective de la tenue du référendum pour savoir sur quels trépieds danser, la commission chargée de l'organisation des élections générales soudanaises est montée au créneau le 6 août dernier pour indiquer que le scrutin se tiendra le... 2 avril 2015. Au grand dam de l'opposition qui considère que «ce vote lui est imposé». On ne sait pas encore si le chef de l'Etat sortant, Omar el-Béchir, sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre présumés au Darfour (Ouest), demandera au sésame de lui rouvrir à nouveau les portes du palais de la présidence, qu'il occupe depuis 1989. «Nous voulons avoir des élections transparentes et équitables», a toutefois déclaré Moukhtar Al-Assam, chef de la Commission électorale nationale soudanaise. On lui en sait gré.
Au Togo aussi, on se hâte lentement pour l'élection présidentielle de 2015. Ici, pas de référendum qui tienne pour savoir si Faure restera fort. Non, la majorité acquise au pouvoir a déjà réglé la question en rejetant hardiment cette affaire de limitation-là. Projetée pour mars de l'année prochaine, le scrutin a déjà enregistré son premier candidat! Et puisqu'en la matière rien ne sert de courir, Alberto Olympio, neveu de l'ancien opposant historique Gilchrist Olympio, a décidé de partir à point. Leader de la 104e formation politique de ce petit pays de 56 000 km2, le brave homme a été investi par le Parti des Togolais (PT) au terme d'un congrès tenu les 1er et 2 août derniers.
Bon, si cela se trouve, c'est donc le Togo qui ouvrira le bal des élections présidentielles l'année prochaine. Mais cette fameuse année-là, il y aura aussi le Nigeria, la Côte d'Ivoire, la Guinée... Et même la Centrafrique, dont on sait plus si ni quand la transition va s'arrêter. Bon, chez les voisins qui ne voient rien, il va falloir attendre octobre, mais l'ADO qui n'est plus adolescent en politique a déjà pris les devants et marque son sentier vers la caverne d'Ali Baba, en quête d'un nouveau «Sésame, ouvre-toi»! Au Nigeria, l'annonce en a été faite récemment, le Goodluck Jonathan, qui n'a décidément pas de chance, est calé dans les starting-blocks pour un rebelotage.
Il n'y a pas jusqu'en Guinée où Alpha ne se prépare pas à rempiler. Même si son plus fidèle opposant, Cellou Dalein Diallo, trouve déjà le temps long pour en découdre et s'installer enfin à la présidence. «Nous avons libéré la Guinée de la peur, 2015 est déjà trop loin pour nous...», a laissé entendre récemment le patron de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) à Chicago, alors qu'il était en tournée aux States. Bon, 2015 s'annonce en tous les cas politiquement très mouvementé sur le continent...