Journal du Jeudi N°1130 du 16 au 22 mai 2013


Le pays va mal...

Ça chauffe entre les enseignants et le gouvernement. Revendications, grèves, protestations contre un protocole d’accord non respecté depuis deux ans. Ça chauffe entre les élèves et la Compagnie républicaine de sécurité (CRS). Une bataille au sommet entre jets de pierres et gaz lacrymogène. Résultat des opérations, une table ronde pour... tout mettre sur la table!

C’était chaud à Marinville lundi dernier. Dans le duel engagé par les éléphants de la coalition du Syndicat national des enseignants du secondaire et du supérieur (Sness) et de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-Synter), d’une part, et ceux du gouvernement, d’autre part, les cailloux étaient de la partie lundi dernier par élèves interposés. Tables-bancs partis en fumée, infrastructures vandalisés, pneus enflammés... Face à cette opération de destruction, le bon vieux lacrymogène entra en scène pour disperser une manif manifestement dérapante.
Il n’en fallait pas plus pour que, face à l’intervention musclée de la CRS, certaines rumeurs fassent état de l’usage de cartouches à balles réelles et d’élèves tués au cours de la manifestation. En montant au créneau pour démentir une telle information, la Division de la communication et des relations publiques de la Direction générale de la Police nationale voudrait «rassurer les populations que les forces de l’ordre interviennent sur le terrain avec professionnalisme en utilisant du matériel conventionnel et sans armes à feu». Voilà donc qui est rassurant. Pas de mort donc, ni même «aucune interpellation opérée du côté des manifestants». Juste «un cas de blessures légères et des malaises provoqués par l’inhalation des gaz lacrymogènes, ce qui a nécessité l’intervention des sapeurs-pompiers». Trois fois rien! Fermez la parenthèse.
Reste que la question restait entière, mardi matin, au moment où nous bouclions cette édition, sur le dénouement qu’aurait ce bras de fer entre le couple syndical Sness-F-Synter et les sinistres du Faso, dont celui en charge des Enseignements, Moussa Ouattara, aura besoin de tout son bagout pour faire baisser la tension. Les rencontres de lundi après-midi avec les chefs d’établissements, inquiets quant à la tournure que prennent les choses en cette fin d’année, puis de mardi dernier avec les enfants terribles du syndicalisme burkinabè, auront-elles réussi à conjurer le mauvais sort et remettre les tables-bancs dans les salles de classe avec des élèves soucieux de «gagner» leurs examens? Et surtout avec des professeurs devant les tableaux noirs? On le saura bien assez tôt, tant il est vrai que le dilatoire et les mesurettes des uns ne règleront rien, tout comme l’extrémisme des autres n’est pas pour calmer le jeu.
Même à Bobo-Dorosso, les élèves, inquiets, s’en mêlent, prenant fait et cause pour leurs enseignants. «Nous voulons que nos professeurs reviennent en classe. C’est la fin de l’année et nous voulons la clore en beauté. Nos bulletins ne sont jusque-là pas remplis et nous n’avons pas fini certains programmes», a ainsi martelé un élève du lycée Ouezzin-Coulibaly, solidaire, avec ses camarades, des revendications des professeurs.
Ce qui fait que les enseignants ont décidé de mettre les pieds dans le plat, choisissant bien leur période pour capter au mieux l’attention du gouvernement, c’est que «l’une des revendications est relative à la signature d’un protocole d’accord qui date du 26 mai 2011, et dont certains points devaient prendre effet au cours de la même année». Et depuis, rien n’a bougé! Alors, il faut bouger, messieurs! Ou bien? En tout cas, le pays va mal...