Journal du Jeudi N°1302 du 1er au 6 septembre 2016


Megd'! Durant toute la semaine dernière, mon quartier non loti avait des allures de village lacustre. La flotte qui n'a cessé de s'abattre sur Armand-ville a fini par transformer ce foutu coin en un véritable barrage. Il fallait une véritable gymnastique pour sortir des quelques maisons qui tenaient encore debout dans le bled. Il y avait de l'eau et surtout de la boue partout. Impossible de circuler librement. La nuit, chacun invoquait tous les dieux en sa connaissance pour ne pas voir une partie de son mur s'effondrer sous ses yeux.
Megd'alors !Megd'! Le spectacle était simplement désolant. Nous étions là, comme un troupeau parqué pour l'enfer. Chacun avait les yeux tournés vers le ciel, comme pour s'indigner de cette averse qui n'arrêtait pas de tomber sur nous. Quand la flotte continuait, et continuait encore, il m'est arrivé de me demander pourquoi j'étais toujours là, à attendre le pire. Mais je n'avais pas d'autre choix. Je n'avais nulle part où aller.
Megd'! La seule condition pour qu'on vienne nous sauver du déluge, c'était que nos maisons tombent sur nous, que nous nous retrouvions complètement pieds et poings dans l'eau. Que nous devenions, officiellement, des sinistrés, comme on dit ici. Mais il ne fallait pas rêver. Pour que le secours nous parvienne, c'est une autre paire de manches. Il va falloir attendre plusieurs jours, dans l'espoir que les enfoirés des Affaires nous repèrent sur de foutues fiches de recensement qu'ils mettent plus d'une semaine à établir. Telles que les choses sont organisées, tu as de fortes chances de crever plutôt que d'être sauvé.
Megd'! Pour éviter de devenir un crève-la-faim, un crève-de-froid ou encore un crève-de-palu, j'ai choisi d'attendre, mais de ne rien attendre de ces gros porcs qui nous gouvernent. J'ai choisi de prendre mes responsabilités face à mon destin de misère permanente. Une longue semaine durant, j'étais donc pris en otage par la flotte et par ma galère. Impossible de pointer le nez hors du quartier. Il n'y avait point de chemin à se frayer, ne serait-ce que pour aller se taper une bonne Guigui, histoire de continuer à tenir le coup, tout en restant debout. Megd'alors!