Journal du
Jeudi N°989 du 2 au 8 septembre 2010
Megd'! Pour ne pas blasphémer, je ne dirai pas que le ramadan est bien tombé cette année. Mais je dois avouer que le mois d'août est plutôt doux pour les jeûneurs. Si doux que même les mécréants notoires se sont mis au carême. Qui est fou pour ne pas rechercher le paradis en ces temps de vaches maigres où le prix de l'essence augmente au wazard alors que nos maigreurs de salaires ne connaissent jamais d'envol? Et puis, lorsqu'on peut profiter d'un carême plutôt doux pour laisser souffler son porte-monnaie, je crois qu'Allah ne doit pas être contre cette initiative.
Mais megd'! Quand tous mes potes musulmans saisonniers désertent le bar, c'est moi qui me retrouve tout seul au comptoir. Pas tout à fait seul, puisque je peux toujours caresser une Guigui transpirante. À quelque chose solitude est peut-être bonne. Depuis qu'il y a moins de monde, la bibine est plus fraîche, bien refroidie, puisqu'elle bénéficie d'un séjour plus prolongé dans le frigo. C'est tant mieux pour nous les habitués. Seulement, ma fidélité ne me donne droit à aucune récompense. Même pas un bonus. Megd'!
Les tenanciers de bar, ce n'est pas comme les opérateurs de téléphonie mobile. Chez eux, au moins, plus tu charges ton bigophone et plus tu as des bonus. Certains vont même jusqu'à donner des points qu'on peut transformer en bons d'achat d'autres produits. Mais, pour les godeurs, il n'y a point de traitement particulier. Et pourtant, ils chargent aussi de la boisson, ils consentent même à charger lorsque ce n'est pas frais. Lorsque tout le monde abandonne et qu'ils sont toujours là, ça ne leur rapporte rien du tout. Megd'!
Non seulement je ne bénéficie d'aucun bonus pour ma fidélité en temps de carême, mais je cours, tous les jours, le risque de me faire racketter par les serveuses. Parce que les clients se font rares, ces vaches sont devenues de véritables mendiantes larmoyantes. Si tu te laisses faire, elles te dépouilleront de tes dernières piécettes au point qu'il ne te restera plus rien pour payer le parking. Megd'!
Pendant que j'étais accoudé au comptoir pour terminer ma dernière Guigui, j'ai surpris une serveuse qui faisait le compte du racket d'une journée. À elle seule, la sorcière avait encaissé un butin composé de 4 sucreries, 2 Prados et 2 petites Guigui. 5 300 francs au bas mot! Tout cela sur le dos de salopards qui croyaient ainsi lui offrir à boire dans l'espoir de bénéficier de son charme. Mais le soir venu, elle convertit toutes les bouteilles en argent et décroche le jackpot. De quoi aller se la couler douce avec un vieil édenté ailleurs, feintant ainsi les enfoirés qui se sont saignés pour elle. Megd'alors!