Journal du Jeudi N°883 du 21 au 27 août 2008


Megd’! Alors que cela faisait déjà quelques jours que le mois portait 2 chiffres, j’avais eu le plaisant honneur de croiser un vieux bidasse qui était agréablement feuillu. En ce milieu de mois, l’âne venait de péter pour lui et, moi, je ne me suis pas fait prier. Il était tellement content ce jour-là qu’il n’a pas hésité à m’arroser autant de fois que je voulais de Guigui. Si tous ses collègues étaient comme lui, je les bénirais tous les jours de ma vie. En tout cas, j’étais fier de lui. Et c’est justement quand il prit congé de moi et que je m’apprêtais à enfourcher ma P50 que j’ai reçu le SMS d’un pote. Une mise en garde qui allait bouleverser le cours de ma soirée. Megd’!
Megd'alors !C’est cette nuit-là que la flicaille municipale avait choisie pour contrôler l’éclairage des véhicules et engins dans la circulation. L’agréable sensation que j’avais en décalant du comptoir du bar venait ainsi de se transformer en une terrible aigreur. Megd’! Mon feu rouge ne s’allumait pas. Il fallut taper longtemps sur le boîtier du phare pour voir l’ampoule éclairer à peine. Oser prendre la route dans ces conditions, c’était comme me jeter sciemment dans la gueule du loup. Ces policiers coagulés n’attendaient d’ailleurs que le premier gaou pour embarquer son char dans leur grande bâchée affrétée à cet effet. Megd’alors!
C’était trop con de prendre ce risque. Surtout que je n’avais ni les moyens d’une contravention ni aucune envie de rentrer à pied, sans ma P50, même sans éclairage. Et puis, avec ces temps de vie chère, je me voyais très mal d’aller pisser... au bassinet de la police. Je préfèrais encore garder cet argent pour réparer ma moto au besoin. Megd’!
Au moment où je faisais toute cette cogitation, j’avais à peine 100 balles dans mes poches. J’avais juste ce qu’il fallait pour l’enfoiré de parqueur qui commençait d’ailleurs à piaffer d’impatience. Megd’! Entre partir et faire demi-tour, j’ai choisi la seconde solution...
De retour au comptoir, je tombai sur un zig accoudé avec le visage aussi triste que celui de quelqu’un qui venait d’avaler une couleuvre. Il était tout le contraire du bienfaiteur qui venait de me quitter. Le genre de gars à fuir, mais c’est seulement à côté de lui qu’il restait encore une chaise libre. Au moment où je posais mon séant, je l’ai entendu maugréer la police. «Ces salauds, ils ne m’auront pas aujourd’hui», a-t-il lancé. «Avez-vous eu un problème avec eux ou quoi?» ai-je prudemment demandé, non sans bien conserver mes distances.
C’est alors qu’il m’apprit qu’il savait à quelle heure ce foutu contrôle allait prendre fin et qu’il était prêt à attendre le temps qu’il fallait. Je lui ai proposé un marché, à savoir que j’étais disposé à l’accompagner dans la gestion de son aigreur aussi longtemps qu’il pouvait payer la facture de ma Guigui. Qui est fou? Visiblement remonté contre la police, l’enfoiré n’a trouvé aucun inconvénient à ma proposition. Bien au contraire. Je venais une fois encore d’échapper au filet de la police. Megd’alors!