Journal du Jeudi N°1205 du 23 au 29 octobre 2014


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C'est un monde: aux urnes, Tunisiens !

C'est un monde

Aux urnes, Tunisiens !

Presque quatre ans après la révolution qui chassa Zine el-Abidine Ben Ali du pouvoir et allumé le bombardier du «Printemps arabe», les Tunisiens sont appelés aux urnes pour élire leurs députés, puis leur nouveau président de la République. D’abord, les élections législatives se tiennent ce 26 octobre, en attendant l’élection présidentielle prévue pour le 23 novembre. Deux scrutins majeurs, qui devraient parachever la construction démocratique dans laquelle s’est engagé le pays depuis la chute de Ben Ali, en janvier 2011. Mais malgré la symbolique, ces élections ne passionnent pas outre mesure les Tunisiens.
En effet, face aux difficultés économiques et sociales des populations et notamment des jeunes, la classe politique semble apathique. Et après les grands espoirs placés dans la révolution, cette révolution saluée par tous et qui a fait boule de neige dans le monde arabe avec des infortunes diverses, l’heure est au désenchantement. De nombreux jeunes, qui ne se précipiteront pas pour aller voter, expriment leurs regrets. A l’image d’Hamza Salem, 24 ans, nostalgique du passé. «Cette révolution nous a enterrés. Nous essayions de ne pas nous noyer sous Ben Ali. Le chômage était présent. Mais les prix restaient stables. Aujourd’hui, nous sommes en train de crever la bouche ouverte», fulmine-t-il. Ou encore d’Ahmed Sassi, 29 ans, hier dans la rue contre Ben Ali, qui peste aujourd’hui contre le fait que «la société tunisienne reste gangrénée par la corruption, le clientélisme».
Désabusés, les jeunes Tunisiens ne sont guère emballés par ces scrutins, au point que l’on craint une abstention record. «Les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. Ils ne s’inscrivent pas sur les listes électorales», reconnaît d’ailleurs, impuissant, Taieb Baccouche, syndicaliste et homme politique tunisien, qui assume les fonctions de secrétaire général du parti Nidaa Tounes depuis le 29 juin 2012. Porté par Béji Caïd Essebsi, 88 ans, ancien collaborateur d’Habib Bourguiba, donné favori pour le scrutin présidentiel, ce parti a plutôt le vent en poupe.
Comme si finalement, après la parenthèse de la révolution et toutes les péripéties et auréoles de son printemps démocratique, l’avenir de la Tunisie s’écrit déjà avec son passé...

Phil (Avec Agences)

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