Journal du Jeudi N°1244 du 23 au 29 juillet 2015


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C'est un monde: Habré devant ses juges

C'est un monde

Habré devant ses juges

Attendu depuis plusieurs années, le procès de l’ancien chef de l’Etat du Tchad, Hissène Habré, s’est ouvert lundi dernier au Palais de justice de Dakar, capitale du Sénégal.
Le procès, qui a commencé en l’absence des avocats du prévenu, jugé pour «crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture», par les Chambres africaines extraordinaires, devait durer trois mois, mais a déjà été ajourné jusqu’au 7 septembre. «C’est un jour historique pour non seulement le Tchad (mais aussi) pour l’Afrique et pour tout le peuple africain», a indiqué Hassan Sylla Bakari, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement tchadien, à la fin de la cérémonie d’ouverture de ce procès.
Hissène Habré est le premier ancien président à être jugé dans un pays qui n’est pas le sien pour des crimes liés aux droits humains, au nom de la compétence universelle. Ces assises ont donc valeur de symbole et devraient témoigner de ce que l’Afrique dispose de ressources humaines qualifiées et compétentes, capables de juger des faits qui se déroulent en Afrique et des fautes commises par des chefs d’Etat dans l’exercice de leurs fonctions. Il s’agit en tout état de cause d’«un tournant pour la justice en Afrique», à en croire le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.
L’ancien chef de l’Etat du Tchad, 72 ans, en détention depuis 25 ans au Sénégal où il avait trouvé refuge après sa chute en 1990, doit répondre de ses actes devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE) créées au sein des juridictions sénégalaises et dont les activités ont démarré en février 2013. C’est donc ce tribunal spécial créé par l’Union africaine en vertu d’un accord avec le Sénégal qui devra juger les faits reprochés à M. Habré et qui portent sur des «crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture» sous son régime (1982-1990), qui ont fait quelque 40 000 morts, selon les organisations de défense des droits de l’Homme.
C’est par la force que le prévenu, qui «ne reconnaît pas cette juridiction, ni dans sa légalité ni dans sa légitimité», a été amené devant la Cour. Il avait en effet annoncé qu’il refuserait de comparaître et donné instruction à ses conseils de ne pas assister non plus aux audiences. Vêtu de blanc et coiffé d’un turban, Hissène Habré a levé le poing et crié «Allah Akbar [Dieu est grand]!», alors qu’il a été prestement amené dans le box des accusés.

Phil (Avec Agences)

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