Journal du Jeudi N°1231 du 23 au 29 avril 2015


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Gouverne-et-ment de Transition: Zinedine Zida va-t-il enfin commettre le parricide ?
Déclaration des biens: qu'est-ce qui prouve que les ministres ont dit la vérité?
Dialogue: inÝchallah, justice sera rendue

Gouverne-et-ment de Transition

Zinedine Zida va-t-il enfin commettre le parricide ?

Depuis que son gouverne-et-ment a décidé de secouer le cocotier des dossiers de crimes économiques, plus d’un observateur de la faune politique burkinabè ne sait plus sur quel pied danse le Premier sinistre Zida. L’ancien n° 2 du Rugissement d’inSécurité Présidentielle (RSP) aurait-il changé de côté au point de se décider, enfin, à commettre le parricide pour lequel il a semblé s’engager depuis le 31 octobre 2014, lorsqu’il s’est subtilement glissé dans la foule insurgée pour s’arroger le naam suprême?
Depuis que ce 7 avril 2015, date à laquelle le Shériff du Concentré National de Tchiparé (CNT) et sa bande ont adopté la pilule amère du nouveau code électoral, «plus rien n’est comme avant». Surtout pour les partisans du Blaiso. Alors que certains comme l’Ange Djibi et le colonel Yac sont amenés à revoir leurs ambitions respectives de devenir Naaba à la place de leur Naaba en exil en Eburnie, d’autres ont été conduits, manu militari, devant le juge et/ou au gnouf. Un triste sort pour d’anciens sinistres et maires qui ont longtemps fait la pluie et le beau temps dans ce pays.  Serait-ce le début du commencement de la mue qu’on attend du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida?
Difficile de croire que le Premier sinistre tape aussi brusquement dans le mille; en tout cas pour ses nombreux détracteurs, qui ont vite fait de le taxer -à tort ou à raison- de «pion du Blaiso par le général Gilbert Diendéré interposé». Info ou intox? Pour laisser passer ou laisser faire la décision d’écarter un «fidèle des plus fidèles» du Blaiso de la prochaine présidentielle, il y a deux cas. Soit, Zinedine Zida a changé de camp -au propre comme au figuré-, soit il a été mis en minorité dans son propre gouvernement.
Dans le premier schéma, on le verrait en train de reprendre la main à la suite de la présumée «humiliation» que ses frères d’armes lui avaient fait subir fin décembre-début février dernier. Et qui l’avait obligé à «corriger» des nominations jugées «contraires aux règles militaires». En décidant de laisser châtier les anciens barons du régime déchu, Zinedine Zida enverrait un message fort à ceux qui pensent qu’il ne pouvait pas s’émanciper du Blaiso. Il montrerait ainsi qu’il reste le maître à bord du navire gouvernemental. Et que la peur de perdre des privilèges n’est pas seulement propre à sa situation.
Dans l’autre façon de comprendre le positionnement actuel de Zinedine Zida, on peut également voir émerger un groupe plus «révolutionnaire» au sein de son gouvernement. Ce dernier serait plus écouté en conseil des ministres ou prendrait des initiatives que le Premier sinistre contrôlerait difficilement. A la tête de «têtes brûlées» que Djibi n’a pas manqué de qualifier de «résidus du Front populaire», il y aurait le superflic, l’Auguste-Denise Barry. Cependant, on voit difficilement comment celui-là peut décider tout seul d’aller planquer sa nasse pour prendre d’aussi gros poissons comme A’Salfo Kaboré, l’ex-sinistre des Mines et de l’Energie, Z’rôme Ya pas le feu... C’est au nom de la «solidarité gouvernementale» que ces arrestations ont dû être opérées. Et le chef du gouvernement peut difficilement faire croire qu’elles n’ont pas eu sa bénédiction. A moins de dire, comme son ex-patron, qu’il «dormait au moment des faits». Ce qui ne risque pas de convaincre grand monde.
Pour revenir au mystère qui entoure le positionnement -ou le repositionnement- du Premier sinistre, force est de constater que les événements de ces dernières semaines ont fait bouger les lignes. Et cela dans le sens de ce que les «insurgés d’octobre 2014» étaient en droit d’attendre de celui qui se voulait le «héros de la Place de la Nation». Il était temps que Zinedine Zida entre dans la peau de ce personnage charismatique qui a tant fait rêver la jeunesse burkinabè. Les dribbles, voire les supercheries, n’ont que trop duré. Les hésitations et autres atermoiements du pouvoir de la Transition avaient fini par installer le doute au sein de la population. Tout se passait comme si l’insurrection était, en fait, un trompe-l’œil qui permettrait au Blaiso de continuer à tirer les ficelles depuis son exil doré d’Abidjan.
Mais entre les actions d’éclat qui ont permis à son gouvernement de reprendre, un tant soit peu, la main et la volonté de tourner véritablement la page, le fossé est encore grand. Mieux, le chemin est encore long et semé éventuellement d’embûches. 
Le gouverne-et-ment de Transition paraît encore avoir une vieille hantise des démons de l’ancien régime, à la manière des passions et des vices qui demeurent partiellement inextricables à celui-là même qui ne peut s’y soustraire.
C’est là tout le sens de la languissante question qui reste à poser à Zinedine Zida: celle de savoir quand est-ce qu’il va se décider enfin à commettre le symbolique parricide qui pourrait alors l’émanciper de ses anciens mentors. Car, si la transition politique burkinabè charrie autant de débats sans grande hauteur de vue, c’est bien parce que le champ politique est abandonné à des activistes à la petite semaine que l’on range trop hâtivement sous la bannière d’Organisations de la société civile (OSC). Aux vrais maux qui continuent de se traduire maladroitement sous forme d’incivilités, il faut de vraies réponses en termes d’éducation citoyenne, de grands rêves qui permettent d’élever le débat au sommet pour parler de préoccupations communes d’avenir et de positionnement -ou de repositionnement- de dignitaires qui ont peur de perdre des privilèges acquis pendant plus d’un quart de siècle.
C’est bien sur ce terrain que le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida est attendu. Lui qui a refait réapparaître l’ombre de Sankara en rebaptisant la Place de la Nation, «Place de la Révolution». Depuis lors, on n’a rien vu. Il semble avoir tiré un trait sur ses ambitions politiques. C’est dommage!

F. Quophy

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Déclaration des biens

Qu'est-ce qui prouve que les ministres ont dit la vérité?

L’actualité de la semaine dernière a été marquée par la publication des biens des membres du gouvernement. L’essentiel n’est pas de déclarer et de rendre public. La question fondamentale que l’on est en droit de se poser est «qu’est-ce qu’on en fait après?» Comment s’assurer de l’exhaustivité et surtout de la véracité des déclarations? Le dispositif institutionnel existant le permet.
Le principe de la déclaration des biens au Burkina Faso est consacré par plusieurs textes aux niveaux international et national. Au niveau international, le Burkina a adhéré à des traités, des conventions et des accords qui préconisent que certaines catégories d’agents procèdent à la déclaration de leurs biens avant et après leur fonction. C’est le cas de la Convention des Nations unies contre la corruption, de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, de la Directive N° 02/2000/CM/UEMOA, etc.
Au niveau national, l’article 44 de la Constitution précise que le Président du Faso remet au Président du Conseil constitutionnel la liste écrite de ses biens au cours de la cérémonie d’investiture. On a pu remarquer qu’au cours de ses quatre investitures (1992, 1998, 2005 et 2010), Blaise Compaoré avait sacrifié à la tradition.
Quant aux membres du Gouvernement et aux présidents des institutions, ils déposent la liste de leurs biens au cabinet du Premier ministre qui les remet au Président du Conseil constitutionnel par le Président du Faso pour ce qui concerne le chef du gouvernement et par le Premier ministre pour ce qui concerne les membres du gouvernement. La Loi N°14-2002/AN du 23 mai 2002 élargit la liste de personnes assujetties à cette obligation. Sous Compaoré, l’application de ces dispositions ne dépassait pas le cadre du dépôt.
Pourtant, la procédure de vérification est instituée par la Loi N°22/95/ADP du 18 mai 1995. Elle crée une commission de vérification pour s’assurer que les informations contenues dans les listes sont exactes. Les rapports de vérification de la commission sont transmis sous pli fermé soit au Président du Faso, soit au Premier ministre par le président de la commission. En cas de suspicion sur l’origine de nouvelles acquisitions, le Président du Faso ou le chef du gouvernement saisit le procureur général près la Cour constitutionnelle pour enquête. Si de fausses déclarations sont constatées, c’est au Président du Faso qu’il appartient de statuer sur l’aptitude de la personne incriminée à poursuivre l’exercice de ses fonctions sans préjudice des poursuites judiciaires.
Ce dispositif institutionnel et juridique n’a jamais été mis en place et n’a jamais -à plus forte raison- fonctionné, parce que le déclanchement de la procédure dépend de deux personnes, le président du Faso et le Premier ministre.
Les autorités de Transition semblent avoir pris l’exercice au sérieux. D’ailleurs, la Charte de la Transition les y oblige. Mais l’essentiel n’est pas de déclarer. Ils doivent aller jusqu’au bout de leur logique dans la quête de leur volonté de transparence. Pour ce faire, la mesure immédiatement à prendre est de mettre en place cette fameuse commission de vérification au niveau du Conseil Constitutionnel afin qu’elle  fasse ce travail, en cette période d’arrestations pour mal-gouvernance. Le contexte est favorable pour montrer à l’opinion nationale qu’il n’y a pas de parti pris dans les arrestations. Comment s’assurer de la véracité des biens déclarés? Comment s’assurer qu’il n’y a pas eu une augmentation du patrimoine depuis la prestation de serment, pour certains, et la prise de service, pour d’autres? Le mécanisme de contrôle existe, il faut le mettre en place. Ce rôle de contrôle ne doit pas être confié exclusivement au Conseil constitutionnel.
Cette préoccupation semble trouver une solution dans la loi 04-15/CNT/ portant prévention et répression de la corruption au Burkina Faso. Elle dispose que la publication des listes des biens est faite par l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE). Il revient à l’ASCE de communiquer les informations en sa possession à la Commission de réconciliation nationale et des réformes, aux tribunaux dans le cas de poursuites judiciaires déjà engagées pour enrichissement illicite.
La loi prévoit que la déclaration fasse l’objet d’une révision annuelle. L’ASCE s’assure de l’effectivité de cette mise à jour et apprécie les variations de situation. Une fausse déclaration entraîne la suspension du salaire au 2/3 avec des poursuites judiciaires. Les cadeaux doivent aussi faire l’objet de déclaration si la valeur atteint un certain taux.
La balle se trouve dans le camp du juge Kambou Kassoum, Président du Conseil constitutionnel et du Professeur Luc Ibriga, Contrôleur général d’Etat. Les Burkinabè veulent, dans un premier temps, savoir si les déclarants ont dit toute la vérité et exiger des explications sur les écarts. Aussi, en fonction de leur revenu, exiger des explications sur les acquisitions ayant une valeur que leur revenu ne peut justifier. Cette étape passée, au plus tard octobre 2015, procéder à une mise à jour des déclarations. Les dossiers devant être conservés auprès de l’ASCE, l’institution peut, pendant les dix ans qui suivent, procéder à des vérifications. La mise en œuvre de cette disposition va permettre de connaître la vérité sur les déclarations de biens des membres du gouvernement et démentir l’information selon laquelle le gouvernement ne travaille pas en toute transparence.

Dj╚n╚ba Sangar╚

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Dialogue

InÝchallah, justice sera rendue

Décidément les temps sont plus que difficiles pour les gourous de l’ancienne majorité. Particulièrement chez les amis (d’ailleurs faut-il dire “les anciens amis”) de Blaise Compaoré.
En témoignent les déboires judiciaires du patron de la FEDAP-BC, Adama Zongo. Il faut croire que l’exil forcé des Compaoré lui aura joué de sales tours en ce moment. Lui qui criait sur tous les toits sa fidélité à l’homo ziniarius, il y a encore quelques mois, est obligé à présent de méditer sur son sort à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, la MACO, pour des faits liés à sa gestion du temps où il était encore un puissant maire du parti au pouvoir.
Et que dire alors de Salif Lamoussa Kaboré, lui aussi écroué à la MACO pour mauvaise gestion à la Sonabel et au ministère des Mines? Rentré récemment d’exil, l’homme croyait naïvement que tout était clean. Une erreur dont il paie cash la facture en ce moment. Surtout qu’il lui est reproché beaucoup de choses et qu’il lui faudra sans doute plus que de simples arguments pour se sortir d’affaire. A moins que son ami Paul François -dont on dit qu’il était l’éclaireur- ne lui vienne en aide pour tenter de le sortir du pétrin. Mais ça, c’est une autre paire de manches.
Entre Adama Zongo, ancien maire de Tanghin-Dassouri et patron de la FEDAP-BC, et Lamoussa Salif Kaboré, l’ancien puissant DG de la Sonabel et ancien ministre des Mines, qu’est-ce qui peut bien constituer l’élément commun, si ce n’est la nostalgie d’un pouvoir perdu et une liberté réduite à sa plus simple expression?

Adama: Snif! Snif! Snif! (soupirs).
Salif: Mais Adama, tu pleures?
Adama: Non, non! Snif! C’est l’émotion, Salfo.
Salif: De quelle émotion tu parles au juste? Dans une prison, il y a quelle émotion?
Adama: Je ne savais pas que c’était ça aussi l’inclusion. Donc tu n’as pas honte, quoi?
Salif: Moi? Honte de quoi? Moi aussi c’est la première fois, mais je ne pleure pas, là. Arrête ça, tu ne vois pas qu’on nous regarde? Ne pleure pas. Sois courageux! Nous reviendrons au pouvoir.
Adama: Pouah! Avec ce nouveau code électoral-là? Il faut qu’on quitte ici vite, oui. C’est vilain, Salfo. Y a même pas de parcelle à gérer dans le coin.
Salif: Tu parles! Moi qui croyais qu’on avait encore besoin de moi pour reconstruire le CDP nouveau.
Adama: Ce qui m’énerve le plus, ce sont les anciens amis que je ne reconnais plus ou qui ne me décrochent plus au téléphone. 
Salif: Après tout ce qu’on a fait pour eux, tu vois comment ils nous traitent à présent? Moi, le ministre de l’Or et du Courant. Moi l’ami du petit président. Euhhh, de l’ex-petit président!
Adama: Ah ouais, Salfo! Le puissant Salfo! Entre nous c’est vrai que tu as fait ton temps  dans le pays-là, hein! Ah, la belle époque! Les feuilles tombaient et le jus coulait à flots. Eh, Wendé!
Salif: Ah! enfin, merci de le reconnaître. En voilà au moins un qui reconnaît ma valeur et ce que j’ai fait pour le pays. J’ai même renforcé tous les ponts du Burkina par mon seul génie créateur.
Adama: Mais dis-moi, au fait, Salfo, qu’es-tu revenu faire ici même? Fallait rester où tu étais. Ou bien?
Salif: C’est trop compliqué, mon frère! Tu ne peux pas comprendre. Il faut retenir simplement que la politique a ses raisons que la politique ignore parfois.
Adama: Ok. Je ne sais pas d’où te venait cette assurance et cette confiance, mais je sais seulement qu’on aura chaud ici.
Salif: In’challah, mon frère, in’challah seulement, tout ira pour le mieux.

Propos recueillis, dans la cour de la MACO, par JJ

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