Journal du Jeudi N°1177 du 10 au 16 avril 2014


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Politique nationale: après le giga-parti au pouvoir, voici le méga-parti de l'opposition
Politique f(r)iction: et si Blaise n'Ètait pas candidat...
Dialogue: du dialogue au froufrou républicain

Politique nationale

Après le giga-parti au pouvoir, voici le méga-parti de l'opposition

Pendant plus de deux décennies, la faune politique burkinabè a rêvé d’une «opposition forte» et elle ne l’a jamais obtenue. Du reste, la réalité oppo-scissionnelle n’a jamais réussi à se hisser à la hauteur des attentes. Jusque-là, les opposants n’avaient pas réussi à proposer une alternative crédible, à même de susciter l’union de toutes les forces.
Il a suffi que le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) surgisse des contradictions du parti au pouvoir pour que toutes les «têtes de rat» se rangent précipitamment derrière la «queue du lion». Faut-il croire que l’heure de l’opposition burkinabè a enfin sonné?
La présence du Chef de file de l’opposition aux manifestations du MPP qui se sont tenues le week-end dernier pouvait être interprétée comme le signe d’une certaine unité retrouvée. Seulement, quelques jours avant, Zéph EnDiabré n’a eu que ses yeux pour constater le départ de certains de ses plus proches collaborateurs vers les rangs du nouveau parti. Le cas qui saute le plus aux yeux est sans doute celui de Djézouma Sanon de l’Union des démocrates pour le progrès social (UDPS) dont le parti, à l’instar de 7 autres, a fusionné avec le MPP.
Non pas que son adhésion avec armes et bagages à cet autre parti entraînera la fin de la collaboration avec le Chef de file de l’opposition. Mais la nouvelle donne est qu’en se réclamant d’un nombre aussi important de partis politiques qui s’aliènent à lui, le parti des «démissionnaires du CDP» devient du coup le poids le plus lourd de l’opposition. L’Union pour le progrès et le changement (UPC) peut toujours brandir les 18 députés qu’il a engrangés lors des dernières législatives de décembre 2012, mais il ne peut pas se targuer d’avoir le même nombre de militants et de sympathisants que le MPP. Ainsi, si son parti peut se considérer, de droit, comme le Chef de file de l’opposition, la réalité politique est aujourd’hui telle que le MPP s’impose comme le chef de file de fait.
Il suffit de se référer au passé des leaders de ce méga-parti de l’opposition pour comprendre le sens de l’avenir que certains opposants pensent trouver en eux. Si Emile Paré, Djézouma Sanon, Malick Sawadogo, Fidèle Kientéga, Ousséni Tamboura, Moussa Boly... peuvent leur faire aussi facilement confiance au point de renoncer aux sigles et aux statuts de leurs partis respectifs, ce n’est certainement pas pour faire plaisir à Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré. Ils visent des objectifs bien clairs. Ils pensent avoir flairé un changement qui ne devrait plus tarder à leur profiter. Et cela est d’autant plus légitime qu’un homme politique avisé doit savoir saisir les opportunités qui s’offrent à lui.
Mais qu’est-ce qui prouve que ces ex-leaders du CDP qui semblent séduire aussi bien dans les rangs de l’opposition que de la majorité présidentielle ne vont pas provoquer les mêmes situations qui ont fini par entraîner leur mise à l’écart? Le combat qu’ils mènent aujourd’hui est-il seulement pour «la libération du peuple burkinabè»? ou aussi pour se venger de leurs anciens camarades? Pourquoi Roch-Simon-Salif choisissent-ils de miser sur des leaders politiques -dont la plupart n’ont plus rien à prouver- plutôt que de chercher, prioritairement, à partager les idéaux de leur parti avec les jeunes?
Ces questions sont d’autant plus pertinentes que l’une des raisons qu’évoquent les trois mousquetaires pour créer leur parti est qu’ils ont été mis à l’écart au CDP. Mais pouvait-il en être autrement dans un parti politique qui doit gérer les ambitions de plusieurs générations à la fois? Si ces hommes politiques n’ont pas accepté d’être relégués au rang de «simples conseillers politiques» dans leur parti d’origine, qu’est-ce qui prouve qu’ils seront prêts à céder leurs places aux jeunes et aux femmes le moment venu? Roch-Simon-Salif ne paraissent-ils pas plutôt comme des mauvais perdants de la compétition générationnelle qui n’a pas encore dit son dernier mot au sein du parti présidentiel dont ils ont claqué la porte?
Il est peut-être prématuré de vouloir les juger pour ce qu’ils n’ont pas encore fait. Mais une chose est sûre, c’est que les mêmes causes qui les ont poussés à créer le MPP ne manqueront pas. Le principal enjeu de la démocratie burkinabè n’est pas tant dans la multiplication des partis ou encore dans la fusion des partis dans une formation que l’on croit si près du pouvoir. L’essentiel du débat est de savoir à quoi peut servir un parti politique dans la recherche de l’équité, de la justice, du développement et du bien-être de tous et pour tous. Or, lorsqu’on regarde la configuration actuelle des partis politiques, on se rend bien compte que ce qui importe c’est plus la promotion individuelle que les préoccupations du plus grand nombre.
Qu’on se le dise, l’engouement que suscite le MPP est moins l’expression d’une prise de conscience profondément politique que celle d’un opportunisme à se mettre du bon côté du bol de soupe. Les hommes, femmes et leaders politiques qui courent vers cette formation politique semblent se convaincre que celle-ci va bientôt prendre le pouvoir et que, eux, pourront ainsi réaliser leurs rêves personnels. Dans une telle perspective, on n’est pas encore sorti de l’auberge. Après la «patrimonialisation du pouvoir», il faut aussi craindre la «Rocho-simono-salifisation» de l’opposition. 
Autant les Burkinabè en ont légitimement marre d’un giga-parti au pouvoir, autant ils peuvent regretter d’avoir un méga-parti d’opposition. L’équilibre des forces politiques doit plutôt provenir de la qualité de la gouvernance et des projets de société qui sont proposés au peuple. Comme le disait si justement le président américain Barack Obama, l’Afrique n’a pas besoin de dirigeants forts, mais d’institutions fortes. En devenant déjà trop fort, trop gros et trop lourd avant même d’avoir fait ses premières preuves électorales, le MPP n’est-il pas déjà mal parti?

F. Quophy

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Politique f(r)iction

Et si Blaise n'était pas candidat...

Encore taboue il y a quelques mois, la question ne semble plus l’être dans les cercles du pouvoir. A savoir celle d’éventuelles candidatures de rechange dans la perspective de la présidentielle de 2015 et surtout dans l’hypothèse où le Chef de l’Etat burkinabè, au pouvoir depuis 1987, accepterait finalement de se plier à la demande de ceux qui lui suggèrent de ne pas modifier la Constitution. Mais encore faut-il que l’homo ziniarius consente effectivement à livrer son agenda. Ce qui pour l’instant est loin d’être un acquis.
Et si le Président acceptait enfin de ne pas briguer un nouveau mandat en 2015? Ce scénario, des Burkinabè qui ont parfois de l’humour à revendre ont cru devoir se l’envoyer sous forme de poisson à déguster avec ou sans mayonnaise, c’est selon, en ce mois d’avril. Comme il fallait s’y attendre, certains crédules, trop crédules sans doute, ont rapidement mordu à l’hameçon et ont été appâtés. Sauf qu’il n’en est rien pour l’instant. Du reste, l’on attend toujours le fameux timing du pouvoir concernant la présidentielle de 2015. Lequel reste étrangement introuvable.
Pressé de toutes parts de dire enfin ce qu’il compte faire, Blaise Compaoré ne dit toujours pas mot de ses intentions et reste fidèle à sa démarche habituelle. A savoir considérer que 2015 c’est encore loin pour lui. Pendant ce temps, le navire présidentiel continue de tanguer.
C’est dans cette atmosphère lourde de suspicion et de rumeurs que se dessinent néanmoins dans le secret les profils de probables présidentiables qui pourraient, dit-on, le cas échéant, constituer une alternative au Président Compaoré. A condition bien évidemment que lui-même le fasse savoir a ses partisans.
Pour autant le sujet ne semble plus être tabou dans certains milieux proches de la galaxie présidentielle où l’on s’agace au point de s’interroger  ouvertement sur la stratégie actuelle dans leur propre camp. Du reste, ce n’est pas la récente dissidence au sein de la Fedap-BC qui fera penser le contraire.
En effet, les amis de Blaise Compaoré n’ont pas résisté à la tentation d’un débat en leur sein sur l’opportunité ou non de changer de fusil d’épaule. Résultat: une tendance favorable au maintien de la clause limitative des mandats présidentiels a décidé de claquer la porte du mouvement et de défendre ses idées sur d’autres tribunes. Ce qui, en y regardant de plus près, montre bien que la majorité est de plus en gagnée par le doute malgré les tentatives de faire bonne figure.
La question qui se pose donc en ce moment aux leaders de la majorité, et de manière officieuse, c’est de songer à d’éventuelles solutions de compromis interne afin de suivre le patron au cas où ce dernier déciderait, de guerre lasse, de prendre enfin sa retraite politique.
Il est vrai que le maire de Bobo a donné le ton à sa manière en laissant entendre que la fille du grand sachem était présidentiable. Cependant, dans les cercles les mieux avertis et sans doute les mieux inspirés, pour ne pas dire les plus éclairés sur la question, on préfère être prudent.
Dans un pays où le fait de citer un nom à un poste électif ou nominatif s’apparente souvent à un jet en pâture, voire à une mise hors compétition, on peut aisément comprendre que certains ne veuillent pas voir leur nom figurer sur des listes de candidats à la candidature, fussent-elles avalisées par la hiérarchie.
Toutefois, des personnalités sont perçues comme de possibles recours. Si pour l’instant la piste François s’est un peu ramollie en raison de fortes oppositions mais surtout après les polémiques dont il a été à l’origine après la démission des ex- membres du CDP et qui, de toute évidence, ont desservi sa cause, d’autres noms sont cités en sourdine. Sont de ceux-là celui de Djibril Bassolé, l’actuel ministre des Affaires étrangères et récemment promu Général de Gendarmerie.
Djibril, c’est l’homme des négociations et des facilitations dont le président burkinabè s’est servi pour redorer son image sur la scène internationale. Son discours lors de la remise officielle de ses galons de Général n’est pas passé inaperçu. Puisque l’intéressé a appelé à la cohésion des forces armées en rappelant que la Gendarmerie et l’Armée font cause commune. Dans le contexte national actuel marqué par de fortes crispations sociales et politiques, et surtout après les mutineries de 2011, cet appel a tout son sens. Mais est-ce suffisant pour faire de l’homme la personnalité qui aurait l’aval du patron pour rassembler les forces cdpistes autour de sa personne? Rien n’est moins sûr. Que dire alors de l’ex-Premier ministre, actuel Président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouédraogo? Lui aussi a vu son nom brandi comme un possible recours. Surprise toutefois de la part de l’intéressé, qui dit ne rien savoir par rapport à cela. Traduction: lui ne lorgne pas le fauteuil du chef de l’Etat. Du moins tant que ce dernier n’en a rien dit.
Une chose est certaine en revanche, c’est que le temps joue contre le pouvoir. Et pour cause, le manque de visibilité actuelle par rapport à la suite des événements risque fort de se retourner contre lui. Notamment en termes de remobilisation des troupes. Surtout face à l’ogre mppiste qui n’en finit plus d’avaler des partis sur son passage. Mais également face à une société civile en embuscade et qui, elle aussi, n’a pas dit son dernier mot.

A. TraorÈ

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Dialogue

Du dialogue au froufrou républicain

Au sein du Chef de file de l’opposition politique burkinabè, il fait figure de sage aux côtés d’Arba Diallo. De fait, Philippe Ouédraogo, le PAIste, ne s’exprime que très rarement durant les rencontres organisées par le CFOP. Préférant sans doute garder une position stratégique de retrait et attendre patiemment qu’on veuille bien le solliciter pour appuyer tels ou tels propos. Comme pour attester que son expérience politique peut être d’un recours appréciable pour Zéphirin Diabré et ses camarades. Du reste, c’est à lui que le CFOP avait de toute évidence confié la tâche de recadrer le statut de l’opposition dont on sentait qu’il allait un peu dans tous les sens. L’homme avait alors promis qu’il rendrait assez rapidement sa copie, afin, disait-il, de bien clarifier la place de chacun sur l’échiquier politique local. En particulier dans le camp de l’opposition.
Ancien compagnon de lutte de Philippe Ouédraogo au sein du PAI, Soumane Touré n’entend pas non plus se laisser dicter sa conduite. A la tête du PITJ, l’ancien leader syndical n’est pas du genre à se laisser tondre facilement. Ainsi, lorsque l’occasion se présente, il ne la rate presque jamais pour dire tout le bien qu’il pense des acteurs politiques. Membre du Front républicain avec Hermann Yaméogo de l’UNDD, il milite ardemment pour l’instauration du Sénat et pour l’option référendaire dans le débat actuel sur la question de l’article 37 de la Constitution. Et plus récemment encore, il a réclamé la dissolution du gouvernement actuel. Autant dire que le communiqué de mise au point du CFOP le jetant hors de l’opposition, lui et d’autres formations politiques locales, risque d’être modérément apprécié.
Ainsi, entre Philippe Ouédraogo et Soumane Touré, la ligne de fracture née du divorce autour du PAI est loin d’avoir été résorbée. Au contraire, les derniers développements de l’actualité nationale ne feront que confirmer cette situation.

Philippe: Soumane, la période des soldes politiques bat son plein en ce moment. Tu fusionnes avec qui, toi?
Soumane: Philippe, tu me cherches encore, n’est-ce pas? Quand je vais encore cracher mes vérités, on va encore dire que Soumane insulte les gens. Alors que ce sont les gens qui ne sont pas sérieux. En tout cas, moi, je ne suis pas un chat! Et si je dois fusionner, ce n’est pas avec toi en tout cas!
Philippe: Tu es toujours sur les mêmes positions défensives. Comme un frontiste.
Soumane: Pardon? Tu veux blaguer? Nous, nous sommes des républicains convaincus; et votre communiqué bizarre de la dernière fois ne nous intimide guère. Moi Soumane, quand j’étais sur le terrain de lutte, y en a qui ne savaient même pas qu’ils allaient porter la culotte politique un jour, hein!
Philippe: Oui, sans aucun doute. Mais actuellement il faut bien que toi et tes amis verts et rouges de colère, vous sachiez que le peuple vous regarde en ce moment.
Soumane: Ah bon! C’est de Ram que tu parles comme cela? Je vais lui rendre compte.
Philippe: Je n’ai cité le nom de personne. Je dis simplement que vous devez vous tenir du bon côté de l’histoire. Et que vous devez également mener les bons combats pour le changement.
Soumane: Tu as vu comme ma crinière est toute blanche? C’est la lutte! Moi, ce que je demande c’est qu’on respecte le peuple et puis qu’on nous débarrasse de ce gouvernement. Cela fait longtemps qu’on frappe à la porte et personne n’ouvre.
Philippe: Mais le peuple est sorti à maintes reprises pour faire entendre sa voix et dire non au tripatouillage.
Soumane: Quel peuple? Ne me fais pas dire des choses encore, hein! On se connaît ici. D’ailleurs, tu penses que qui ne peut pas remplir le stade municipal? Si je veux, j’appelle Son Excellence Monsieur le camarade sénateur Tékré tout de suite et puis c’est réglé comme sur du papier à musique.  D’ailleurs, ce ne sont pas les PTF qui nous manquent. Même si Koudou est loin en ce moment y a toujours les moyens de mobiliser. Donc attention, on arrive!

Propos recueillis, aux abords du stade Municipal de Ouagadougou, par JJ

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