Journal du Jeudi N°1292 du 23 au 29 juin 2016


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Elections des maires: barbotage en eaux boueuses pour le MPP
Morosité des affaires: Roch récolte ce qu'il a semé
Dialogue: système éducatif du Faso, mot-à-maux...

Elections des maires

Barbotage en eaux boueuses pour le MPP

A partir du 15 juin 2016, les conseillers municipaux élus le 22 mai 2016 avaient une semaine pour élire, en leur sein, les maires. Ce que les conseillers tentent effectivement de faire. Mais cette année encore, ils ont, par endroits, donné à voir des scènes ridicules. A l’image de ces guerres de chiffonniers livrées entre conseillers, même entre ceux élus sous la bannière d’une même formation politique. C’est du moins de cette façon que les conseillers du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), se sont illustrés dans plusieurs communes.
Dans la commune de Barani, située dans la province de la Kossi, il y aurait eu, le vendredi 10 juin, cinq blessés au cours d’altercations entre militants du MPP. L’occasion était celle d’une élection primaire pour départager Hamidou Sidibé et Mamadou Sidibé, tous deux fermement prétendants au poste de maire. Le premier ayant été désigné par la majorité écrasante des conseillers, les partisans du second ont aussitôt engagé des échauffourées.
Invités le 12 juin 2016 dans le cadre d’une élection primaire pour s’accorder sur ceux d’entre les conseillers du MPP qui vont diriger la commune de Kombissiri, la rencontre a manqué de se transformer en un gala de boxe. Deux camps se seraient frontalement opposés, l’un au conseiller Etienne Ilboudo et l’autre à Hamidou Konombo au poste de maire. Aucun consensus n’ayant pu être trouvé, la rencontre a failli dégénérer. En tout cas, elle n’a pu aller jusqu’à son terme.
Du fait de ses divisions internes, le MPP a ainsi perdu la mairie de Banfora, en dépit de ses 43 conseillers. Et c’est finalement le NTD (Nouveau temps pour la démocratie, parti de la mouvance présidentielle) qui, en coalition circonstancielle avec la NAFA (Nouvelle alliance du Faso, parti membre de l’opposition politique), a remporté l’élection de maire dans cette commune urbaine, chef-lieu de la région des Cascades. Pour Salif Diallo qui avait tenté de peser de tout son poids dans cette querelle des ego surdimensionnés, c’est une grosse claque. Ce d’autant plus que son candidat a été battu à plate couture.
Initialement prévue pour se tenir le 20 juin, l’élection du maire de la commune de Kantchari n’a pu se dérouler. Et pour cause, les deux prétendants du MPP n’ont pu trouver un terrain d’entente. A Péni, dans le Houet, il y a eu des blessés graves du côté des conseillers de l’opposition. Des scènes auxquelles on a trop assisté dans ce pays. Même parvenu à trouver un maire, comment un tel conseil municipal peut-il asseoir une cohésion sereine en son sein? Arrivera-t-il vraiment à dégager une synergie collective face aux défis de la commune? Pas évident. Or, cela est fondamental pour un conseil municipal digne de cette appellation.
Pour l’heure, notons que dans bien d’autres localités du pays les conseillers du parti au pouvoir se sont illustrés de cette piètre manière. Une manière à laquelle ils semblent être habitués depuis le temps du CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) au pouvoir. En effet, le MPP est très majoritairement constitué, du sommet à la base, de déserteurs des rangs du CDP.
Au regard de ce qui s’est passé dans le contexte d’élection des nouveaux maires, on est tenté de se demander si ce ridicule est lié à la gestion du pouvoir d’Etat, ou si simplement les gens ont migré de manière alimentaire, avec leurs pratiques cavalières, du CDP au MPP. En tout cas, on est fondé à se poser la question de savoir ce qui a positivement changé du CDP au pouvoir au MPP au pouvoir. Pratiquement rien, du moins sur le plan de la civilité électorale.
L’envergure des velléités et pratiques guerrières pèse même dans le sens de l’aggravation. Une aggravation tenant surtout au côté pervers de la particulière prise de conscience -depuis l’insurrection populaire de fin octobre 2014- quant à la participation citoyenne dans la vie politique. Et tout porte à croire que tant que cette perversion demeurera, les actes révélateurs du côté délinquant de certains militants politiques ne pourront cesser. A tout le moins, il y a nécessairement un dosage équilibré à opérer et à faire comprendre entre l’encouragement de la participation citoyenne en matière politique et l’obligation de respecter les règles de discipline établies au sein de chaque parti ou formation politique.
Pour ce faire, il est impératif pour les partis de s’investir dans la formation de leurs militants. Formation des lettrés et des illettrés. Formation des militants citadins comme des militants campagnards. Quelles que soient les difficultés, il faudra que nos partis et formations politiques s’investissent dans ce sens.
D’aucuns diront que les moyens financiers font défaut. Or, cela est fondamentalement lié à une volonté inébranlable dans l’engagement. Un engagement qui devra, au fil du temps, réussir à fédérer toutes les énergies sensibles à la cause du parti. Une fois les énergies fédérées, la mobilisation des ressources, quelles qu’elles soient, ira de soi. Dans tous les cas, nos acteurs politiques doivent comprendre qu’ils gagneraient à faire en sorte que les citoyens ne soient pas toujours servis en guéguerres pendant les périodes électorales. Et ça, il faut qu’ils en soient pleinement conscients!

A. TraorÈ

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Morosité des affaires

Roch récolte ce qu'il a semé

L’expression à la mode au Burkina Faso est: «Ça ne va pas.» Tout le monde crie que la situation économique est mauvaise. Si pour les opérateurs économiques on peut comprendre cette plainte, il est difficile de cerner les agents, surtout du public -dont les salaires sont versés à bonne date- qui en font autant.

Les agents de la Fonction publique perçoivent leurs salaires au plus tard le 25 du mois. Même si l’on considère que les montants servis sont faibles, il faut reconnaître que, sur ce plan, les gouvernements successifs ont toujours honoré les salaires à bonne date. On se rappelle que pendant le coup d’Etat de septembre 2015, les agents du Trésor ont risqué leur vie pour se rendre au service, malgré les balles assassines du RSP. Leur acte a permis à chaque agent public de disposer de son salaire dès le 23 septembre. Comparaison n’est pas raison, dans certains pays plus riches que le Burkina, les agents publics cumulent des arriérés de salaires.
Une personne dans cette situation ne peut pas dire que les choses ont changé depuis l’arrivée de Roch au pouvoir. Pourtant, ils sont les plus plaintifs, ces derniers temps, pour dire que le pays est «sec». Risquons quelques explications. Ils sont nombreux, les agents publics, qui bénéficiaient d’avantages indus. S’ils ne vont pas de séminaire en séminaire, ils désertent les bureaux pour monnayer leurs compétences ailleurs. D’autres s’étaient spécialisés dans le racket des usagers des services ou s’étaient érigés en démarcheurs. Accrochés à certains hommes politiques, ils n’avaient que faire de leur salaire, tellement ils bénéficiaient de largesses de ces hommes politiques. Parmi cette catégorie de personnes, on a dénombré des gens qui ont passé leur temps à être nommés à des postes de responsabilité, non pas parce qu’ils étaient compétents, mais en raison de leur proximité avec le clan Compaoré. Un autre exemple nous vient à l’esprit: un agent public avait créé son entreprise et raflait les marchés dans plusieurs ministères. Ces temps-ci, il est l’un des plus critiques du pouvoir de Roch, parce qu’il ne peut décrocher le moindre marché.
Avec le départ de Blaise du pouvoir, les choses ont changé pour certains. Un indicateur permet de mesurer la situation. Les prix des voitures et des parcelles seraient en baisse. De nombreuses personnes ne peuvent plus entretenir les voitures acquises avec l’argent «sale», ou seraient sur le point de vendre leurs nombreuses parcelles pour joindre les deux bouts. Un ex-maire fraîchement sorti de prison a bradé son immeuble à un Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire.
Ces personnes ont fortement contribué à faire croire au clan Compaoré qu’il était populaire en remplissant à coups de millions de francs CFA les stades en recto verso avec intercalaire. Elles n’ont pas pris l’habitude de travailler et ne comptaient pas sur leurs salaires. Maintenant, elles sont obligées de travailler et surtout de ne compter que sur le seul revenu officiel. Les temps sont donc durs pour ces personnes qui ne peuvent que diaboliser Roch.
Les opérateurs économiques critiquent aussi la situation économique du pays. On peut comprendre cette catégorie de personnes, surtout ceux qui ont des factures en instance de paiement au niveau des ministères et des collectivités dont certaines factures datent de 2014. Elles émanent des marchés passés sous Compaoré, souvent de manière irrégulière. Aucun comptable public ne va prendre le risque de liquider une telle facture et préfère attendre une décision politique avant de s’exécuter.
Dans le lot des opérateurs économiques, d’autres souffrent de l’instauration des nouveaux systèmes de dédouanement. Par exemple, il n’est plus possible de dédouaner certaines marchandises au niveau des frontières, si ce n’est à Ouaga ou à Bobo-Dioulasso. Ce système n’arrange pas obligatoirement les commerçants qui usaient de pratiques malsaines en complicité avec les agents des douanes pour sous-évaluer les marchandises et payer moins de taxes de douane. Ensuite, ils contournaient les impôts, laissant croire plus tard qu’ils étaient riches. Le bâtiment étant la destination de cet argent sale, de nombreux chantiers de ces hommes d’affaires sont à l’arrêt actuellement.
La situation des entreprises sinistrées pendant l’insurrection joue également sur la situation économique. La Transition a refusé de traiter le dossier et l’a refilé à Roch. Le gouvernement de Roch doit aussi solder le passif que la Transition lui a légué. Sous la Transition, des engagements financiers du gouvernement n’ont pas été honorés, comme les subventions aux cotonculteurs, la gratuité des soins pour les enfants et les femmes enceintes, et c’est le budget 2016 qui doit les supporter.
Enfin, le fait d’emprisonner des ex-maires et ministres ont bloqué leurs affaires. D’autres, par peur de se retrouver aux arrêts, ont caché leur fortune.
Depuis l’installation du nouveau gouvernement, il y a de moins en moins de déperdition d’argent. Les sommes que certains empochaient sont désormais canalisées vers le Trésor public, ce qui a permis de revoir à la hausse les recettes propres dans le budget national. Il se susurre qu’une révision budgétaire est en cours afin de prendre en compte les recettes supplémentaires collectées pendant le premier semestre et non prévues dans le budget revu en avril 2016.
Malheureusement, à cause de la mauvaise communication gouvernementale, les citoyens ont l’impression que rien ne bouge dans le pays et que la situation est alarmante. On se demande souvent si les acteurs qui animent le ministère de la Communication, le Service d’information du gouvernement et les différentes directions de la communication dans les ministères et institutions mesurent l’enjeu et l’ampleur de leur devoir d’informer les citoyens afin de les rassurer. Cette insuffisance laisse place aux rumeurs. Roch récolte ce qu’il a semé avec certaines nominations. Ne dit-on pas qu’en période de doute ou de crise, ce sont les intrigants et les médiocres qui se font voir, laissant croire que sans eux il n’y a personne d’autre.

DjÈnÈba SangarÈ

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Dialogue

Système éducatif du Faso, mot-à-maux...

Dans le milieu universitaire, Filiga Michel Sawadogo a eu incontestablement beaucoup de succès et de réussite durant son parcours. Une réussite éclatante qui contraste toutefois, et assez nettement d’ailleurs, avec les résultats en demi-teinte de son engagement.
Transfuge du Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, l’ex-parti au pouvoir de Blaise Compaoré dont il fut l’une des éminences grises, il a rapidement retrouvé du service au MPP, le Mouvement du peuple pour le progrès. Ministre sous la Transition, celui que certains continuent d’appeler le «Recteur» en référence à ses anciennes fonctions à la tête de l’université de Ouagadougou, poursuit péniblement la mise en œuvre de ses chantiers: ceux d’une problématique réforme de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation dont il a désormais la charge au sein du gouvernement Thiéba.
Jean-Martin Coulibaly a, quant à lui, remplacé un autre Coulibaly au ministère de l’Education nationale. Une tâche dont il affirme mesurer la lourdeur au regard des nombreuses attentes. Mais est-ce suffisant dans le contexte du Burkina pour aboutir à une amélioration qualitative du service public de l’éducation? En tout cas ses propos, selon lesquels «beaucoup de choses restent à faire», témoignent des difficultés qui jalonnent encore ce secteur qui emploie, avec celui de la santé, l’un des plus gros effectifs de la Fonction publique au Burkina Faso. A tel point que les récentes crises qui ont secoué la maison ces dernières semaines ont suscité des réactions d’indignation de la part des acteurs du système eux-mêmes.
Entre Filiga Michel Sawadogo et Jean-Martin Coulibaly, c’est tout l’avenir du système éducatif au Burkina qui constitue une source d’inquiétude en ce moment. De quoi susciter cet échange entre pairs éducateurs et collègues ministres.

Filiga: Alors, quoi de neuf, mon cher Coul? Tout est-il cool à ton niveau?
Jean-Martin: Bof, tu sais, Fil, je file du mauvais coton en ce moment: un BEPC OGM, des élèves insurgés qui enfument leurs profs tels des rats de brousse, des enseignants viima ya kanga. Bref, vraiment l’apprentissage du job de ministre-là ce n’est pas du tout simple. J’avoue qu’en Autriche il fait moins chaud. Par contre je vois que toi, tu es parvenu finalement à sauver ton Bac de justesse!
Filiga: Ouais. Tu sais bien que c’est quand même moi, après tout! Je suis bien au parfum des réalités du pays.
Jean-Martin: Zut alors! Et quel est ton secret pour tenir le coup dans cette atmosphère surchauffée? Dis-moi.
Filiga: Rien de spécial ni de particulier. Et tu sais pourquoi? Beaucoup me donnaient partant après la Transition, hein... Y a même des gens dans ce pays qui avaient commencé à sauter le champagne et qui attendaient d’empoigner mon fauteuil. Je suis au courant de tout cela. Mais j’étais et je suis serein. J’ai le cuir épais comme un Kayalais.
Jean-Martin: Mon type, tu es un dur gars seulement!
Filiga: Faut laisser parler les gens. Est-ce qu’ils savent réellement les liens qu’il y a entre Roco le doux, Salfo la bagarre et Simon le super kogl-wéogo et moi?
Jean-Martin: Ah oui! Et qu’est-ce que vous vous dites justement? J’aimerais bien le savoir.
Filiga: Oh, c’est une affaire entre Mppistes de la première heure. Ce qui est certain, c’est que nous avançons en toute sérénité. Et gare aux fauteurs de troubles. Gare aux allumeurs et surtout à toutes les allumeuses des salles d’examens. Les patrouilleurs sont en alerte pour empêcher les bateaux pollueurs de déverser leur pétrole sur les côtes.
Jean-Martin: Et tu es sûr que les résultats seront à la hauteur?
Filiga: En tout cas, j’espère faire beaucoup mieux que tes 2.9/10.

Propos recueillis, au Building de líÈducation, par JJ

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