Journal du Jeudi N°1130 du 16 au 22 mai 2013


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Développement durable: la pauvreté persiste, la solution piétine
Chef de file de l'opposition : Diabré dans son nouveau costard
Dialogue: diplomatie africaine "fatiguČe, fatiguée"!

Développement durable

La pauvreté persiste, la solution piétine

Malgré la relative embellie d’un taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) qui atteint les 8% cette année, la pauvreté demeure le plus large dénominateur commun des Burkinabè. La plupart des solutions proposées par les pouvoirs publics, mais aussi par les ONG nationales et internationales, souffrent d’un manque d’impacts significatifs capables de changer la donne. Conséquence, le Burkina se modernise, mais ses habitants restent largement pauvres. Décidément, le chemin qui mène au développement humain durable est encore long et périlleux.
Comme par hasard, l’investigation du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et celle du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) réalisées au cours de la période 2012 ont abouti à la même conclusion sur le niveau de développement du Burkina et le niveau de vie des Burkinabè. La première conclut que, malgré la fameuse croissance qu’on crie sur tous les toits, la pauvreté ne recule guère. Bien au contraire. Selon Pascal Karorero, le représentant-résident de l’institution onusienne au Faso, «la proportion des populations pauvres est passée de 44,5% en 1994 à 46,4% en 2003, puis à 43,9 en 2009». Des chiffres suffisamment éloquents qui situent ceux qui nous gouvernent sur les effets réels de leurs actions contre cette pauvreté que le Faso traîne comme un boulet depuis plusieurs décennies. Visiblement, les remèdes appliqués jusque-là ne semblent pas efficaces. En tout cas, pas suffisamment pour faire reculer la pauvreté à la hauteur du taux de croissance qu’on annonce en grande pompe.
Dans la même optique, le CGD, à travers son réseau Afrobaromètre, fait ressortir un constat qui n’est en réalité qu’un secret de Polichinelle: «Le fossé entre les riches et les pauvres persiste.» Ce qui revient à dire que ce n’est pas tout le Burkina qui est pauvre, heureusement. Mais entre ceux qui ont les moyens de vivre dans une certaine aisance et ceux qui survivent contre vents et marées, la différence est trop grande. En clair, un petit groupe devient de plus en plus aisé pendant que l’écrasante majorité a du mal à joindre les deux bouts. Lorsque «les uns mangent et les autres regardent», cela veut dire que la gouvernance économique ne tient pas la route, elle se trouve dans un virage dangereux pour la paix sociale et la stabilité politique.
Dans un cas comme dans l’autre, il y a danger. C’est un avertissement sans frais que lancent les résultats des rapports du Pnud et du CGD. Cette année particulièrement, le premier insiste sur la question de «l’emploi décent» comme un baromètre pertinent pour mesurer le niveau de partage des fruits de la croissance avec les populations laborieuses. Là également, le constat n’est pas des plus reluisants.
En effet, si la pauvreté demeure la chose la mieux partagée par les Burkinabè, c’est bien parce que ce que leur procure leur travail ne leur permet pas de changer significativement leurs conditions de vie. Pour parler plus simplement, on dira que la plupart des Burkinabè travaillent beaucoup mais gagnent peu pour espérer vivre mieux.
Le tableau du Pnud rejoint celui des syndicats qui réclament, depuis plusieurs années maintenant, une augmentation de revenus pour ne pas dire de salaires. En réponse à ces revendications, le gouvernement n’offre que des broutilles en guise de relèvement salarial. Pire, la flambée intempestive des prix avec en prime celle du gaz butane est la preuve de la non-maîtrise des paramètres économiques par le gouvernement. Dans le sondage du CGD, la majorité des 1 200 personnes qui ont constitué l’échantillon demande justement au gouvernement de faire de la stabilité des prix un point d’honneur dans la gouvernance. Il ne s’agit pas simplement de traquer quelques vendeurs de carburant ou d’huile frelatée mais de revenir au fondamental du contrôle des prix sur un marché où des commerçants véreux règnent en maîtres et fixent les prix selon le bon vouloir de leur gloutonnerie. Il faut mettre un holà. L’autorité du gouvernement fait cruellement défaut.  
Par ailleurs, les enquêtés ont aussi relevé une certaine faiblesse dans la construction d’infrastructures économiques et dans le suivi de leur fonctionnalité effective. Pour eux, la réfection des routes et des ouvrages de franchissement ne se fait pas toujours avec la célérité qu’il faut. Pour les jeunes, l’épineux et récurrent problème reste la création d’emplois décents. Concernant ce dernier élément, il faut reconnaître qu’il y a eu beaucoup de discours ces dernières années. Mais au finish, on ne voit pas grand-chose d’impactant. On a plutôt l’impression que les différents ministres qui se sont succédé à la tête du ministère en charge de la Jeunesse et de l’Emploi n’ont fait que tourner en rond et autour des problèmes. Pendant qu’ils effectuent des tournées et s’évertuent à organiser la très médiatique Journée nationale de la jeunesse, les jeunes des villes et des campagnes veulent plutôt voir des offres d’emplois stables, durables et bien rémunérés. 
Des solutions, il en existe. Ceux qui subissent la dure loi de la pauvreté endémique et de l’insécurité alimentaire n’hésitent pas à en proposer à ceux qui veulent recueillir leur avis. Ce qui manque le plus, c’est une politique vigoureuse de stabilisation des prix, de constructions d’infrastructures susceptibles d’impacter le dynamisme économique des villes et des campagnes, la création d’emplois décents et valorisants pour les jeunes, la sécurisation des investisseurs et des investissements en instituant un cadre législatif sain, transparent et stimulant. Cela n’est pas impossible.

F. Quophy

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Chef de file de l'opposition

Diabré dans son nouveau costard

Les élections législatives et municipales couplées du 2 décembre 2012 achevées, c’est désormais à l’ensemble des acteurs politiques qui ont été choisis par les populations d’asseoir leur légitimité sur le terrain de l’action. Cela en tenant compte de la donne qui s’est inscrite dans l’agenda politique local. Désormais installé dans son fauteuil de Chef de file de l’opposition politique, Zéphirin Diabré, lui, est passé à l’offensive. Avec l’espoir qu’il parviendra à fédérer toutes les énergies autour de sa personne et de son projet.
Nouvelle personnalité, nouvelles ambitions. C’est ainsi que l’on pourrait résumer les premiers pas de Zéphirin Diabré en tant que nouveau Chef de file de l’opposition burkinabè. En effet, le président de l’Union pour le changement (UPC), après avoir cédé son mandat de député à son suppléant, s’est donc attaché à reprendre en main le flambeau que lui a tendu Me Bénéwendé Sankara. Une attitude dictée par la réalité du jeu politique actuel et dont l’ancien fonctionnaire international entend profiter pour créer le déclic. Pour lui, comme pour bien d’autres en effet, il y a au sein des populations une aspiration forte au changement. Et il n’a de cesse de le dire.
En tout cas, c’est un Zèph conquérant qui marque sa présence sur la scène politique nationale et qui cherche visiblement à se donner une stature d’homme d’Etat. A travers notamment ses prises de position et ses sorties médiatiques. Cela est important, affirment ses partisans, dans la perspective des futures batailles électorales qui se profilent à l’horizon. Pour eux, la question ne se pose même plus de savoir si leur leader sera dans la course pour la présidentielle de 2015, au regard de la confiance placée en eux par les électeurs à l’issue des différents scrutins de décembre 2012; mais aussi et surtout en considération, disent-ils, des nouvelles charges qui lui incombent sur le front de la mobilisation d’une opposition dont il se plaît à revendiquer le caractère “républicain”. Une manière pour lui de montrer que le «changement» qu’il prône est possible.
Depuis son installation, le Chef de file de l’opposition multiplie ainsi les sorties et les visites de courtoisie. Ces démarches, qui sont destinées, selon eux, à se présenter officiellement à des personnalités publiques, sont constitutives d’une démarche qui devrait leur permettre à terme de mener plus sereinement leurs actions. C’est le sentiment qui se dégage de ces différentes tournées dites de prise de contact. Présidents d’institutions, autorités coutumières et religieuses... Ce sont des personnalités bien ciblées qui se retrouvent dans le carnet de route des opposants.
On oublierait presque, qu’il y a encore quelques mois, une partie de l’opinion s’interrogeait ouvertement sur la volonté de Zéphirin Diabré à prendre la tête du “Chef de file” sans vouloir marcher sur le fil. Dans son entourage, il était même question de réticences par rapport à la marge de manœuvre dont il bénéficierait. Certains n’hésitant pas à lui conseiller de laisser tomber cette patate chaude et de se consacrer à sa propre formation.
D’autres encore mettaient en avant les relations qui, à leur avis, n’étaient pas les meilleures entre le patron de l’UPC et ses camarades opposants. Du coup, le dossier semblait assez mal engagé. De toute évidence, la situation a l’air d’avoir évolué dans le bon sens, de même que les positions des uns et des autres. Si bien qu’il est désormais question de revoir à la hausse le budget de fonctionnement de l’institution, afin de lui donner les moyens d’une autonomie suffisante. Une revendication qui risque sans aucun doute de ne pas plaire à tout le monde dans le contexte du Burkina. Surtout à ceux qui continuent de penser que le salut de l’opposition viendra d’elle-même, et non pas de la bienveillance de l’exécutif comme c’est le cas jusque-là. Dans le camp de ceux qui militent pour une meilleure prise en compte de ses aspirations, on estime par contre qu’il y va de l’intérêt de la démocratie. Leur point de vue étant qu’une opposition forte et structurée doit être une priorité pour l’ensemble des gouvernants, à commencer par les tenants du pouvoir.
Sur le terrain de la mobilisation, l’opposition politique burkinabè s’est engagée sur deux fronts principaux. Le premier c’est celui du “non” au déverrouillage de la clause limitative des mandats présidentiels. Le deuxième point c’est encore un “non” à la mise en place du Sénat dont ils affirment ne pas voir l’intérêt. Pour le député Nestor Bassière, plus de 6 milliards de francs CFA par an comme budget de fonctionnement, dans une situation de crise, cela est inacceptable.
Sur ces deux points ci-dessus évoqués, l’opposition et son chef de file sont donc sur la même longueur d’onde.
Toute chose qui est à leur avantage à tous. Reste désormais à savoir jusqu’où cette convergence de vue pourra aller.

A. TraorČ

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Dialogue

Diplomatie africaine "fatiguČe, fatiguČe"!

Il était considéré, il y a peu, comme «le meilleur ministre de l’Economie et des Finances» du continent africain. Il est, depuis quelques mois, le chef de la diplomatie ivoirienne. A ce titre, Charles Koffi Diby est l’un des ministres qui sont régulièrement sous les projecteurs, actualité oblige. Qu’il s’agisse de soigner l’image de son pays sur la scène internationale ou de parler coopération et intégration sous-régionale; notamment avec les pays voisins.
Parmi ceux-ci, il y a bien évidemment le Burkina Faso, dont le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale se remet d’un «coup de barre» dont il a été victime durant son séjour en Turquie. Djibrill Bassolé, beaucoup sollicité sur le continent et même en dehors, a fait preuve d’un activisme à tout crin. Du Darfour au Mali en passant par le dossier ivoirien, guinéen, togolais, le gendarme-diplomate promène régulièrement sa silhouette sur
les différents terrains de crise. Pour apporter son expertise.
Ainsi, entre l’Ivoirien et le Burkinabè, le temps du partage peut sûrement aider à mieux entrevoir l’évolution possible des crises. En contribuant notamment à la recherche de solutions pérennes à l’instabilité dont sont victimes bon nombre de pays.

Koffi Diby: Mon cher, comment ça évolue à ton niveau? Tu te remets de tes émotions turques?
Djibrill: Bof, oui. Je tiens le coup, merci. J’en profite d’ailleurs pour adresser un big up à tous les Burkinabè et à tous les Ivoiriens.
Tu sais, je suis très solide et il en faut plus pour me bousculer.
Koffi Diby: Ha! C’est bien, alors. Moi qui croyais qu’il te fallait prendre quelques semaines de vacances bien méritées!
Djibrill: Bof, c’est juste un coup de fatigue! Donc pas de souci, je veille sur les intérêts du pays et du boss.
Koffi Diby: Je présume que tu connais les contraintes de la diplomatie mieux que moi! Donc, je te conseille de bien te reposer. Mon cher, tu prends ta valise et tu vas en croisade sur un yacht. Ni vu, ni connu, tu fais le plein d’énergie et c’est bon pour la suite.
Djibrill: Ah bon? Je vais voir.
Koffi Diby: Ah oui, mon cher. Et si tu veux, j’ai même de bonnes racines énergétiques pour toi. Tu sais, nous en Côte d’Ivoire, on est tranquilles pour ça, hein! C’est pas petit boucan!
Djibrill: Zut, alors, merci. C’est bien noté.
Je vais en parler à Rosalie!
Koffi Diby: Tu sais, nous faisons un boulot jaloux qui exige d’être sur pied et à toute épreuve. Par conséquent, il faut songer à nous également.
Djibrill: Oui, je comprends parfaitement. Mais parfois ce sont les événements qui nous poussent à sortir. Trop de crises à résoudre au même moment et parfois dans la même région. Avec ça, il est parfois difficile de rester inactif.
Koffi Diby: Oui, je me souviens que tu as joué un grand rôle en Côte d’Ivoire pour nous aider à sortir du pétrin du boulanger. Nous te devons beaucoup.
Djibrill: Oh, c’est le Facilitateur qu’il faut féliciter pour son engagement. Ceci dit, je pense sincèrement que moins il y aura de crises en Afrique et mieux ce sera pour nos diplomaties respectives.
Koffi Diby: C’est une condition pour que nous puissions recentrer nos préoccupations vers d’autres secteurs qui sont très importants pour le développement de nos pays.
Djibrill: Ainsi nous pourrons effectivement nous consacrer à d’autres tâches qui requièrent sans aucun doute autant d’engagement et de dynamisme de notre part. Mais si à chaque fois nous devons revenir aux mêmes données, nous ne pouvons pas avancer de manière qualitative.
Koffi Diby: J’allais dire que malheureusement tu as raison. Cette situation nous fait perdre de vue certaines réalités qui sont pourtant actuelles.
Djibrill: Cela nous éviterait de faire le buzz.

Propos recueillis par JJ sur la ligne Ouaga-Abidjan-Ankara JJ

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