Journal du Jeudi N°1273 du 11 au 17 février 2016


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Déclaration de politique générale : Popaul Ier presqu'à côté de la plaque
Insécurité : le Faso pris en tenaille
Dialogue: la politique en mode recyclage?

Déclaration de politique générale

Popaul Ier presqu'à côté de la plaque

L’épreuve orale de Déclaration de politique générale (DPG) aura été une bonne occasion pour les Burkinabè de découvrir un peu plus l’illustre inconnu, le Premier sinistre Paul Kaba Thiéba. Mais aussi de savoir s’il peut assumer la mission à lui confiée par Roczilla ou pas. En tout cas, chacun est désormais situé sur les capacités réelles ou supposées du chef du gouverne-et-ment.

Ainsi l’oiseau rare que le nouveau parti au pouvoir est allé dénicher du côté de N’Dakaru n’a pas le plumage aussi exceptionnel qu’on a voulu le présenter. Paul Kaba Thiéba mérite certainement ses gros gros diplômes ainsi que les très hautes fonctions qu’il a successivement occupées à l’étranger. Mais la réalité sociopolitique du Faso reste encore une matière qu’il doit rapidement s’atteler à maîtriser. Beaucoup de choses lui échappent. Il doit vite descendre dans le cambouis pour prendre la température des choses telles qu’elles préoccupent effectivement les Burkinabè.
C’est du moins la principale leçon qu’il faut tirer de son passage devant la représentation nationale. Devant des députés qui, pour l’occasion, ont profité de leurs premiers émoluments revus et corrigés à la baisse pour s’offrir des sapes de Faso dan fani. Ils voulaient ainsi montrer au Premier sinistre qu’ils étaient capables de «Consommer ce que nous produisons». Mais quelle ne fut pas leurs frustrations de voir qu’une bonne partie des cas pratiques et des exemples du chef du gouverne-ne-ment, c’est en France -où il a fait ses études- et au Sénégal -où il a le plus longtemps travaillé- qu’il allait les chercher.
Au lieu de tabler sur la réalité de Falangountou, de Soubakagnédougou ou encore du Sourou dont ses parents sont originaires, il n’avait de cesse d’évoquer des réalités d’ailleurs, au point de donner l’impression de survoler ce sur quoi il devait parler. Et cela n’a emballé ni les députés, encore moins les téléspectateurs qui ont suivi la DPG en direct et en intégralité sur la TéNéBreuse. Si la plupart des honorables députés n’ont pas somnolé, c’était peu parce qu’ils étaient accrochés par le speech de Paul le Binguiste. Résultat: les groupes parlementaires de l’opposition, à savoir ceux de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et l’ex-majorité présidentielle, se sont simplement abstenus de donner leur quitus au Premier sinistre. Ils n’ont pas osé le blâmer, mais ils ont choisi d’attendre au pied du mur pour voir s’il est vraiment le bon maçon qu’on nous a proclamé. Finalement, il ne doit la confirmation de sa nomination que par le jeu de la majorité absolue constituée par le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), et ses alliés. Est-ce là la preuve que PKT n’a pas l’étoffe de l’emploi qu’on lui a confié?
Difficile de ne pas le penser. Car le Premier sinistre paraît avoir le désavantage de son avantage, celui d’être encadré par deux politiciens accomplis de la faune politique burkinabè. D’un côté, il y a Gorba au perchoir de l’Assemblée nationale, comme prévu avant même les élections présidentielle et législatives couplées du 29 novembre dernier. De l’autre, il y a Roczilla, lui-même ancien Premier sinistre, ancien président du Parlement, ancien président du giga-parti au pouvoir. A défaut de créer une certaine «zone tampon» entre ces deux poids lourds, il aurait fallu avoir un chef de gouverne-et-ment suffisamment consistant pour amortir le choc de ces deux personnalités. Mais hélas! Paul Kaba Thiéba ne semble pas avoir les épaules suffisamment solides pour maintenir ses deux dinosaures de «parrain» ou de «mentor» -c’est selon- à bonne distance de l’Exécutif.   
C’est bien en cela qu’il faut craindre qu’il ne soit pas à la hauteur des attentes pressantes du Burkina post-insurrectionnel et post-transitionnel. L’heure n’est plus aux promesses imprécises et à l’aventure comme le Premier sinistre en a un peu trop donné l’impression dans sa DPG. Les Burkinabè attendent bien plus que de bonnes intentions pour sortir de l’impasse sociopolitique qu’ils subissent depuis plusieurs décennies maintenant. Or, la ligne de démarcation avec le rêve n’est pas suffisamment et clairement définie par PKT. A la limite, il n’a prévu aucun acte fort et original pour marquer sa gouvernance. En termes de style également, il est suffisamment évasif pour susciter l’enthousiasme dont il aura nécessairement besoin pour mobiliser les populations sur les chantiers du changement attendu du nouveau pouvoir.
Même si on ne peut pas affirmer de façon très tranchée qu’il est passé à côté de la plaque, force est quand même de constater qu’il a manqué de poigne dans son speech. Or, pour convaincre de sa volonté de marquer la rupture, il aurait fallu qu’il soit plus bandatif et poignant. C’est dans le discours que les Burkinabè attendaient de percevoir ce que Paul Kaba Thiéba avait réellement dans le ventre. Mais le miracle ne s’est pas produit après son premier grand oral. On n’a rien vu de véritablement original dans la feuille de route qu’il s’est prescrite. Ainsi, on ne peut que dire qu’on attend de le voir à l’œuvre pour mieux juger de son rendement.

A. W╚draogo

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Insécurité

Le Faso pris en tenaille

La bonne nouvelle venue de Niamey annonçant la relaxe de Madame Jocelyn Elliot, enlevée par les djihadistes avec son époux le 15 janvier dernier, ne suffit pas à apaiser la crainte des Burkinabè sur les graves questions sécuritaires auxquelles est confronté le pays. Cette libération signifie simplement que le contact est maintenu avec les ravisseurs dans l’espoir de voir l’époux également libéré. Le Burkina est hélas toujours dans la spirale de l’insécurité, avec les nombreux actes de vandalisme et de violence signalés çà et là.
L’équation sécuritaire est devenue plus difficile à appréhender, du fait de la multiplication des modes opératoires. Il y a d’abord la délinquance ordinaire que les citoyens connaissaient déjà avec notamment les coupeurs de routes et les braquages à mains armées. Sur ce front, il n’y a pas eu d’accalmie. La quiétude des populations continue d’être troublée. Le drame, c’est l’implication dans ces actes criminels de personnes apparemment au-dessus de tout soupçon. En effet, l’une des dernières sorties médiatiques des forces de défense et de sécurité a présenté un chef coutumier, donc gardien de nos traditions, comme membre d’un gang.
Une autre source d’inquiétude sécuritaire est la dérive de la justice populaire. Lassée par les vols à répétition, les populations de certaines localités ont décidé de prendre en main leur destin sécuritaire. Cela a quelques fois conduit à de graves violations des droits de l’homme. La justice populaire a entraîné des drames dans plusieurs localités du Burkina, où les structures d’autodéfense en ont fait dans l’excès. Le principe de l’Etat de droit a donc maille à partir avec ces justiciers populaires.
Par ailleurs, alors que le pays pensait en avoir fini avec la série d’incendies suspects qui ont touché marchés, boutiques et garages à travers la ville de Ouagadougou, le sinistre du jeudi dernier vient rappeler que les pyromanes n’avaient observé qu’une trêve. Certains citoyens avaient demandé la levée du couvre-feu pour leur permettre de défendre eux-mêmes leurs biens. Mais l’incendie du quartier Cissin, qui a calciné quatre camions-citernes, vient rappeler que la fin du couvre-feu n’a pas apporté la solution attendue.
Mais voilà que pendant que ‘’ça chauffe’’ à l’intérieur, la menace se fait également sentir de l’extérieur avec l’épée de Damoclès que font planer sur le pays certains militaires de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle. Les relations pour le moins exécrables entre le Burkina et la Côte d’Ivoire obligent les Burkinabè à ne dormir que d’un œil. La lagune Ebrié est devenue la plaque tournante de plusieurs personnes qui veulent en découdre avec Roczilla et son nouveau pouvoir. Constitués essentiellement d’anciens membres de la garde prétorienne de Blaise Compaoré, ces caïds, toujours nostalgiques de l’ancien ordre, ne veulent pas être des opposants résignés et inactifs. Si on ne connaît pas avec précision leur plan de déstabilisation du Faso, on sait par contre qu’ils sont très déterminés à se faire entendre par la voie des armes. S’ils sont vraiment les auteurs de l’attaque du dépôt d’armes de Yimdi comme le dit l’armée, c’est qu’ils sont dans une logique de guerre, et par conséquent qu’ils ne reculeront devant aucun obstacle.
Les épaules de la démocratie burkinabè seront-elles assez larges pour soutenir tous ces défis? C’est possible, mais au prix d’un énorme sacrifice. Le budget de la sécurité demandera à être revue à la hausse de façon conséquente, bien que le budget global de l’Etat ne respire pas la pleine forme. Il y a donc un indéniable effort de “guerre” qui doit être consenti par les populations. C’est dire que plus jamais personne ne doit se faire prier pour s’acquitter de ses impôts.

Adam Igor

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Dialogue

La politique en mode recyclage?

Annoncée de longue date, la nomination de Seydou Zagré au poste stratégique de Directeur de cabinet de la Présidence du Faso est finalement intervenue, il y a quelques jours de cela. C’était à la faveur d’un conseil de ministres au cours duquel Roch Marc Christian Kaboré a opté pour la continuité en choisissant à ses côtés celui-là même qui fut déjà son directeur de cabinet à l’Assemblée nationale. En même temps qu’il cumulait le poste de maire de la ville de Koudougou.
Remercié sans ménagement à la suite d’un deal foireux de parcelles par certains de ceux-là mêmes qui sont aujourd’hui avec lui au MPP, il connaîtra une brève traversée du désert avant de revenir au-devant de l’actualité. A l’image de bien d’autres anciens du régime déchu, il a profité de la recomposition du paysage politique national pour se relancer.
Magistrate de formation, ancienne ministre sous Compaoré, puis ambassadeur du Burkina au Canada, Juliette Bonkoungou était citée à l’époque du débat sur le projet de modification de l’article 37 de la Constitution comme faisant partie du groupe qui devait claquer la porte du CDP et cofonder le MPP, en compagnie du trio Roch, Simon et Salif.
In fine, et selon toute vraisemblance, elle aurait fait faux-bond et décidé au dernier moment de rester dans le navire CDP et d’apporter son soutien à l’homo ziniarius. Elue récemment député sous la bannière du Congrès pour la démocratie et le progrès, CDP, son élection est fortement contestée car jugée illégale par une partie de l’opinion nationale. En cause, son statut de magistrate toujours en activité. Manifestement impassible face aux critiques émises à son encontre, elle a pourtant décidé de siéger après la validation de son mandat.
Entre Seydou Zagré, le nouveau directeur de cabinet du Président du Faso, et Juliette Bonkoungou, l’élue CDP, l’on imagine bien que les similitudes existent aussi bien par la géographie que par l’histoire passée ou récente. D’où ces échanges entre eux.

Zagré: Grande sœur, je vois que tu es passée finalement entre les mailles du filet, là! Tu as frappé un super coup d’éclat, à ce que je constate.
Bonkoungou: Petit frère de valeur, je n’ai fait que suivre ton exemple pour en arriver là. Juste ça...
Zagré: Ah oui?
Bonkoungou: Absolument. Tu peux me croire. Une affaire de ‘’pro’’, je te dis.
Zagré: Avec un peu de chance aussi, hein, je suppose? En plus je vois que Kambou et ses collègues n’ont pas osé laisser tomber le marteau.
Bonkoungou: Oui, mais crois-moi, en politique, il ne faut jamais se déclarer vaincu avant la fin du combat. C’est d’ailleurs pour cela que vous êtes au pouvoir en ce moment. Sinon, vous et nous, on se connaît parfaitement dans ce pays.
Zagré: Je vois que tu es très offensive. De toute évidence l’apprentissage de l’opposition se fait dans de bonnes conditions, apparemment?
Bonkoungou: J’espère simplement que vous allez gérer votre pouvoir avec délicatesse...
Zagré: Oh! tu sais, nous sommes là pour servir le peuple, qui nous a fait confiance en nous remettant les rênes du pays. Avec nous c’est la rupture, c’est l’éthique dans la gestion. Avec nous les deals de postes, c’est terminé.
Bonkoungou: De parcelles aussi, je suppose?
Zagré: Euh ouais... Bien évidemment que oui.  D’ailleurs, avec le MPP c’est le changement et le progrès sur du Roch et pour tous.
Bonkoungou: Chez nous au CDP en tout cas, il n’est pas question de lâcher le gourou. On avance avec lui seulement.
Zagré: Malgré le mandat?
Bonkoungou: Et tu crois que c’est le moment peut-être?
Zagré: Bon, ça c’est une cuisine interne. Nous, on a déjà assez de problèmes comme ça à régler pour nous mêler encore des questions de justice. D’ailleurs, c’est un engagement présidentiel: vous les magistrats du Faso, vous êtes désormais libres de dire le Droit, rien que le droit. Le tordu, nous on s’en occupe.

Propos recueillis, au si╦ge de lÝAssembl╚e nationale, par JJ

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