Journal du Jeudi N°1250 du 3 au 9 septembre 2015


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Présidentielle 2015: et les candidats retenus sont...
Insécurité: une dangereuse remontée du fléau
Dialogue: Ouaga-Abidjan-Accra-Ouaga

PrÈsidentielle 2015

Et les candidats retenus sont...

Sur vingt-deux au départ, le Conseil constitutionnel burkinabè a retenu seize dossiers «provisoires» à passer à la loupe du nouveau Code électoral. Objectif final pour les uns et les autres, le premier tour de la présidentielle du 11 octobre 2015, celle qui doit permettre au pays des Hommes intègres de trouver un successeur à Michel Kafando, dont on dit qu'il serait particulièrement pressé de passer le témoin.
Après avoir réceptionné les vingt-deux dossiers de candidature à la présidentielle d'octobre 2015, les neuf juges du Conseil constitutionnel burkinabè vers qui tous les regards sont tournés en ce moment ont commencé leur travail de validation, sous la présidence de Kassoum Kambou, bien évidemment.
Depuis plusieurs jours, on sentait monter la pression autour des "sages". Une pression qu'ils ont voulu gérer à leur manière, en partageant habilement et utilement, sans doute, le lourd fardeau qui pèse sur leurs épaules avec le gouvernement de la Transition, mais également avec les autres institutions de la république. Un partage des tâches avec, en toile de fond, une communication renforcée aussi bien dans la forme que dans le fond. Question de mettre chaque acteur face à ses responsabilités, en l'obligeant notamment à œuvrer dans le sens d'une acceptation de ses décisions.
Ironie de l'histoire, certains des acteurs politiques de l'époque sont toujours présents, plus d'une décennie après, devant cette même institution qu'est le Conseil constitutionnel. Un Conseil remanié certes, mais agissant toujours dans le sens de la continuité de l'administration. Pour la petite histoire, en effet, on se souviendra qu'en 2005, à l'occasion de la présidentielle de la même année, les candidats Bénéwendé Sankara, Philippe Ouédraogo, Ali Lankoandé, Norbert Michel Tiendrébéogo et Ram Ouédraogo introduisaient un recours aux fins de demander l'annulation de la candidature de Blaise Compaoré car étant inéligible, selon eux.
Toujours pour le même scrutin, le candidat Hermann Yaméogo introduisait, de son côté, un recours pour exiger son retrait de la liste des candidats, pour, disait-il, ne pas cautionner la candidature de Blaise Compaoré, qu'il jugeait tout aussi inconstitutionnelle.
Tous furent déboutés et le chef de l'Etat sortant autorisé à briguer un nouveau mandat. Sauf que les temps ont changé et que l'insurrection populaire est passée par là. La situation a donc nettement évolué sur le plan politique et les règles du jeu ont pu épouser l'air du temps.
On peut donc dire que c'est sans conteste le moment de vérité pour les seize postulants à la magistrature suprême en 2015 au Burkina Faso. Ils ont pu passer assez aisément d'ailleurs la première partie du marathon qui doit conduire l'un d'entre eux ou l'une d'entre elles à la Présidence du Faso. C'est donc maintenant que la situation va véritablement se décanter.
Seize personnalités au profil et au parcours aussi différents, voire atypiques, les uns que les autres. Et qui, après avoir donné la pleine mesure de leurs ambitions individuelle et collective, vont devoir se soumettre à présent au tamis du nouveau Code électoral, afin de savoir s'ils sont autorisés ou non à concourir.
Ce Code électoral, parlons-en justement. Il est l'objet de tant d'invectives et de tiraillements entre tous les acteurs de la vie publique nationale, au point de déborder sur la scène internationale. Un document voté par le Conseil national de la Transition, le CNT, promulgué par le Chef de l'Etat et que certains candidats à la candidature, anciens comme actuels, ont vite fait de dépeindre sous toutes les facettes. Pour ensuite appeler leurs partisans à la modération et à se soumettre à la décision de la justice constitutionnelle. Quel que soit le verdict.
Une solution de réalisme qui, à y regarder de prés, s'imposait d'elle-même. Etant entendu qu'elle permet de faire l'économie des mots et des maux. Même si çà et là des irréductibles continuent encore de prêcher vainement la confrontation.
Du reste, et à l'étape actuelle du processus électoral, bien des Burkinabè fondent leurs espoirs sur la nouvelle gouvernance qui va bientôt s'instaurer. Etant entendu que les défis à résoudre pour le nouveau Président sont immenses et qu'il n'y aura pas d'état de grâce pour ce dernier. On le voit avec les multiples sollicitations et mouvements de revendications qui attendent impatiemment aux portes du palais présidentiel. Par conséquent, il serait plus intéressant pour tout le monde de se remettre dans le sens de l'intérêt général.
En tout état de cause, ce sont plutôt les jeux d'alliance qui se dessinent résolument et se renforcent sur le terrain. Chaque jour apporte ainsi son lot de ralliement dans un sens comme dans un autre. L'intérêt étant, finalement, de savoir si les candidats recalés peuvent, par leur poids électoral, influer valablement sur le cours des élections. Une perspective qui s'apparente, pour certains, à un jeu d'équilibrisme, pour ne pas dire un vrai casse-tête à la burkinabè.

A. Traoré

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InsÈcurité

Une dangereuse remontée du fléau

On savait la zone ouest-africaine dans la tourmente sécuritaire depuis les guerres et autres rébellions des années 1990 à nos jours qui ont occasionné la “libre circulation” des armes dans cet espace. Le Burkina Faso a donc été frappé de plein fouet et est aujourd’hui encore à la recherche de ses marques. Le point culminant de cette insécurité est la récente attaque d’un poste de gendarmerie dans la partie nord du pays. Ce n’est pas que cette attaque de Oursi ait fait plus de victimes, mais c’est le fait que le symbole de l’Etat ait été pris pour cible qui inquiète.
Jusqu’à présent, les bandits se contentaient d’en découdre avec les forces de l’ordre sur les axes routiers, ou lors des opérations ponctuelles. L’attaque de Oursi fait d’autant plus peur qu’elle a été revendiquée par des individus se réclamant du groupe terroriste Boko Haram. A moins que ce ne soient de vulgaires bandits qui veulent se donner plus d’importance.
Dans un cas comme dans l’autre, la situation est grave car les assaillants ont emporté avec eux des armes qui renforceront leur arsenal de guerre pour davantage troubler la quiétude des populations. Si le Burkina devait faire face à Boko Haram, ce serait un contexte nouveau auquel les forces de l’ordre ne sont pas particulièrement habituées. Ce serait une difficulté supplémentaire, aggravée par un contexte de transition qui plombe l’activisme des administrations publiques, dont la police et la gendarmerie. Celles-ci ont déjà fort à faire avec le banditisme traditionnel qui, lui aussi, prend de l’ampleur.
De plus en plus armés, les délinquants n’hésitent plus à attenter à la vie de leurs victimes. Elles sont nombreuses, les personnes qui ont payé de leur vie, parce qu’elles ont eu le malheur de croiser le chemin de ces délinquants. Certains exemples font froid dans le dos, comme le cas récemment vécu par les populations de la région des Cascades, qui ont été tenues en respect par des bandits de grand chemin pendant plusieurs heures. Les brigands ont pratiquement pris le village en otage et ont dépouillé complètement les habitants.
Dans la région de l’Est, les populations ont fini par intégrer les attaques à main armée dans leur quotidien. Pratiquement chaque semaine amenait son lot de désolations.
Par le passé, l’Etat a tenté la riposte, à travers des ratissages du pays, mais les opérations menées par les forces de l’ordre n’ont pas donné les résultats escomptés. Le ministère en charge de la Sécurité avait même acquis des hélicoptères pour traquer les bandits par les airs. L’Etat a de nouveau tenté de reprendre les choses en main avec le ministre Barry, mais cette tentative a fait long feu. Aujourd’hui, les forces de sécurité sont reparties en guerre contre le banditisme, mais avec les moyens du bord. Pas étonnant que les bandits fassent de la résistance et essayent même de désarmer les gendarmes, comme ce qui a été rapporté par les pandores qui étaient en opération commando dans la région Est du pays. Faut-il alors désespérer de cette lutte contre le banditisme?
Peut-être pas, mais l’inquiétude est de mise, surtout à cause de l’attitude de certaines populations qui refusent la collaboration et vont même jusqu’à être des complices des bandits appréhendés. C’est la difficile situation qu’ont vécue les agents de police qui avaient mis la main sur des personnes indélicates à Tanghin-Dassouri. Celles-ci ont bénéficié d’un coup de pouce de certains habitants de la ville pour se fondre dans la nature au moment où elles étaient convoyées sur Ouagadougou. Quand on sait que le combat contre la délinquance sera un vain mot sans la participation effective des populations, cette attitude des populations de Tanghin-Dassouri est désespérante.  

Adam Igor

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Dialogue

Ouaga-Abidjan-Accra-Ouaga

Moussa Dadis Camara, ancien chef de la junte guinéenne qui a régné d’une main de fer sur Conakry à la fin de l’ère Conté, est un réfugié qui n’en démord pas. Et pour cause, l’Homme, qui est manifestement retenu à Ouagadougou, au Burkina Faso, contre son gré veut mettre fin à son exil.
Du reste, la Justice de son pays l’a officiellement inculpé dans l’affaire dite du 28 septembre 2009, événements durant lesquels de nombreux partisans de l’opposition furent violentés et massacrés. Malgré cela, le Capitaine affirme vouloir faire face à la Justice pour y répondre. Mais en plus il souhaitait être candidat à la prochaine élection présidentielle dans son pays. Mais de toute évidence, c’était mal connaître les impondérables de la politique politicienne sous nos tropiques. Résultat de la course -ou plutôt du vol: un aller-retour rapide sur Ouaga. Et une colère indescriptible de l’ancien putschiste.
Adama Kindo est, quant à lui, le Consul de Guinée au Faso. Pour l’homme d’affaires burkinabè, c’est sans doute une marque d’amitié et de confiance qui lui est ainsi témoignée par les autorités de Conakry. Avec à leur tête le premier d’entre eux, dont on connaît par ailleurs les liens plus qu’étroits qu’il entretenait avec le Burkina du temps de sa traversée du désert dans l’opposition. Pour le P-DG du Groupe Somika, la tâche est d’autant plus ardue en ce moment que le pays dont il défend les intérêts est en période électorale. Tout comme le sien, d’ailleurs. Toute chose qui accroît naturellement la pression. Tant le dialogue entre pouvoir et opposition tient sur un fil. Avec toutes les incertitudes que cela peut comporter en pareille occasion.
Entre Dadis, qui veut retourner dans son bled pour tenter de renverser la calebasse de lait des Conté, et Kindo, le Consul de la Guinée au Burkina, le dialogue est d’autant plus nécessaire que l’avenir du pays en dépend.

Dadis: Kindo, tu as vu ce qu’on me fait? Moi le grand Dadis? J’ai dirigé la Guinée! Le pays de mes ancêtres! J’ai redressé le pays! Et voilà comment on me remercie aujourd’hui! C’est de l’ingratitude!
Adama: Il faut te calmer, Dadis. Comme ça on pourra mieux s’expliquer. La colère n’est pas bonne conseillère.
Dadis: Me calmer? Moi un ancien Président extraordinairement plénipotentiaire? Refoulé comme un vulgaire bagage sans propriétaire! Interdit de me présenter à la présidentielle de mon pays! Interdit même d’atterrir à Conakry auprès de mes partisans! C’est une hérésie.
Adama: Oui, mais je pense que ce sont les autorités ivoiriennes qui n’ont pas accepté de te laisser atterrir sur leur sol.
Dadis: Des histoires, oui! Montées de toutes pièces par Alpha et son groupe. Et tu sais pourquoi? Parce qu’il connaît ma force de frappe. Il sait que je peux frapper dans les urnes avec fracas pour le faire battre. C’est pour cela qu’il agit ainsi.
Adama: Ahan? Sauf que dans le fond ce n’est pas aussi grave que cela. En plus il me semble que c’est juste une petite incompréhension qui va s’arranger entre vous.
Dadis: Je suis Dadis Camara de la Guinée forestière! Et je suis très populaire. Et Alpha est au courant de ça. C’est grâce à moi qu’il a été élu en 2010. Mais cette fois-ci ça ne va pas se passer comme ça.
Adama: Mais, dis-moi, tu te sentais bien à Ouagadougou, n’est-ce pas? J’ai même cru entendre que tu t’y plaisais assez bien pour ne pas vouloir rentrer de sitôt.
Dadis: C’est un deal qui m’a envoyé ici à Ouaga. Et tu le sais bien! Mais moi, je ne suis pas un dealer! Et puis, d’ailleurs, mon ami et associé, le parrain Compaoré, n’est plus là. Par conséquent je n’ai plus de raison de rester ici plus longtemps. En plus Condé n’a pas tenu ses promesses envers moi. Et maintenant il veut mes électeurs de force. C’est du régionalisme, c’est de l’ethnicisme, c’est du tribalisme. Et pour ça Dadis dit niet!

Propos recueillis, au Consulat de GuinÈe ý Ouagadougou, par JJ

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