Journal du
Jeudi N°1063 du 2 au 8 février 2012

Décentralisation calamiteuse: maires révoqués, mais jamais jugés
Elections couplées 2012: la clef de l'alternance ?
Dialogue: ou la chevauchée maladroite d'un onze national
En seulement un quinquennat de communalisation intégrale, le Burkina aura battu le record de maires suspendus et/ou révoqués, mais aussi de conseils municipaux dissous. Mais loin d’être l’expression d’une rigueur en vigueur au niveau du pouvoir central, ce cafouillage traduit malheureusement une calamité dans la gestion des communes urbaines et rurales. De la dizaine des élus destitués, la plupart avec «poursuites judiciaires», aucun n’a été traduit devant les tribunaux. Ceux-ci continuent de se pavaner, comme si de rien n’était. A qui la faute, si la décentralisation est sapée à la base?
A priori, on peut croire que le gouvernement joue bien son rôle de «gendarme des collectivités locales» en prononçant des suspensions et/ou des révocations de maires indélicats. Ou encore, en dissolvant des conseils municipaux qui ne fonctionnent pas bien. Ainsi a-t-on assisté, ces dernières années, à moult fatwas qui sont tombés autant à l’encontre de communes rurales que de communes urbaines; de «petits maires ruraux» que de présumés intouchables du giga-parti au pouvoir. Mais l’autorité centrale n’a jamais osé aller plus loin que le verdict du Conseil des ministres. A quoi sert donc de prendre une sanction qui ne se traduit jamais dans le champ du concret? A quoi joue finalement le gouvernement?
Pour ne citer que les derniers cas, on se rappelle que, le 27 juillet 2011, en Conseil des ministres, le maire de la commune rurale de Nagréongo, le sieur Vincent Ouédraogo, a été révoqué, avec poursuites judiciaires «pour faux et usage de faux et de malversations financières d’un montant de 15 715 500 F CFA». Le même jour, la même hache tomba sur la tête de la toute-puissante ex-maire de l’arrondissement de Boulmiougou. Séraphine Solange Ouédraogo a été destituée de ses charges d’édile «pour gestion opaque des lotissements et des ressources générées par les lotissements, la non-maîtrise et le non-suivi de la gestion des recettes collectées par un comptable de fait».
Malgré ces accusations suffisamment crues et cruelles, ces maires n’ont presque jamais été inquiétés. Du moins, ils ne font l’objet de procédures judiciaires dignes de ce nom. Ils vont et viennent et il n’y a rien au village. Certains même continuent de tirer les ficelles de leur ancienne position. Et cela saute tellement aux yeux qu’on se demande si le gouvernement ne se rend pas complice de la mal-gouvernance en se limitant curieusement à des contrôles de principe. En tout cas, cette façon de sanctionner la gestion des maires sans le faire effectivement est si licencieuse que ce n’est pas ce qui semble inquiéter le plus.
Bien au contraire, cela ne fait que renforcer, au sein des populations, un sentiment d’impunité qui ravive malheureusement l’envie de se faire justice elles-mêmes. C’est, du reste, ce qu’on a vu tout récemment dans la commune rurale de Boussouma où des jeunes, qui soupçonneraient le maire de «gestion opaque», ont choisi, arbitrairement, de mettre le feu au domicile de l’édile et à certains biens de la commune. Or, cette folie incendiaire aurait pu être évitée, pour peu que ces jeunes aient le sentiment de pouvoir légitimement demander des comptes à leur maire. Mieux, aussi longtemps qu’on n’aura pas, effectivement, poursuivi ces maires révoqués, leurs administrés n’auront d’autre recours que de se rendre justice eux-mêmes. Malheureusement, ce n’est pas demain la veille.
La preuve? Les suspensions et les révocations se suivent et se ressemblent. Et puisque le gouvernement ne semble pas oser traîner les maires jusque devant les tribunaux, ceux-ci peuvent tout se permettre. Ce qui s’est passé ces derniers jours avec le désormais ex-maire de Koudougou atteste bien des atermoiements et des hésitations du pouvoir central à aller jusqu’au bout de sa propre logique. Dans une certaine mesure, il paraissait logique que Seydou Zagré, qui était seulement suspendu de ses fonctions de maire pour une période de trois mois, décide de se remettre en selle à la fin de son purgatoire.
Il avait tellement hâte de reprendre sa place sous le soleil du pouvoir qu’il n’a pas hésité à se présenter à une cérémonie présidée par le Premier ministre. Ce n’était donc pas de sa faute si personne n’a osé lui signifier qu’il n’avait pas le droit d’intervenir, comme il l’a fait avec beaucoup d’emphase à ladite cérémonie. Le hic, c’est qu’il a fallu en arriver à cette incongruité pour que le gouvernement se précipite à le révoquer le 25 janvier dernier pour «faute lourde de gestion».
A la vérité, ce chef d’accusation est tellement flou qu’il ne situe pas mieux sur ce qu’on reproche exactement au sieur Seydou Zagré. Ce dernier exploite tellement bien ce flou artistique qu’il ne se prive pas d’apparitions publiques très médiatisées, comme pour montrer à l’opinion qu’il n’existe pas seulement par le fauteuil de la mairie de Koudougou. Mais au-delà de la guéguerre que se mènent certains gourous du parti au pouvoir à travers la personne de Seydou Zagré, c’est la crédibilité du ministère en charge des Collectivités territoriales qui est en jeu dans ce drame où la mal-gouvernance fait bon ménage avec l’impunité.
Après près de deux décennies d’un processus de décentralisation dont les fruits sont encore trop pâles pour convaincre, il faut changer le fusil d’épaule. Surtout en matière de sanction, mais aussi du choix des hommes et des femmes dont l’étoffe de probité et d’intégrité est suffisamment épaisse pour insuffler un développement véritable. On en a marre de ces maires qu’on révoque sans véritablement les sanctionner. Aussi longtemps que durera cette comédie, il sera bien difficile d’exorciser les collectivités locales du virus de l’affairisme et la boulimie du pouvoir qui est à l’origine de tous les problèmes au niveau central.
F. Quophy
LL’opposition burkinabè joue son va-tout. Dans quelques petits mois, elle devrait connaître son poids réel auprès des populations. Avec une Commission électorale nationale indépendante (CENI) très réceptive aux propositions des acteurs politiques et déterminée à assurer au Faso une élection propre, les opposants n’auront plus l’alibi facile de la fraude. Dans sa démarche de transparence, la CENI a le soutien du gouvernement, qui est prêt à casquer plus de dix milliards, pardon... dix guiros, pour introduire la biométrie dans l’organisation de la prochaine consultation électorale, qui est un scrutin couplé des législatives et des municipales. Le terrain est donc balisé pour que l’opposition sorte enfin la tête de l’eau. Mais les contempteurs de l’enfant terrible de Ziniaré sont-ils vraiment capables de saisir cette opportunité et de bousculer sérieusement le système Compaoré?
Nombre de Burkinabè et des observateurs avisés de la scène politique en doutent. Et pour cause! La troupe que conduit l’avocat à la barbichette est comme frappée par une incapacité à parler d’une même voix et à s’entendre sur l’essentiel. Et pourtant, c’est l’un des moyens les plus sûrs de changer la donne politique au Faso.
En effet, l’alternance tant rêvée n’a de chance de se réaliser qu’à travers une maîtrise du Parlement par les formations politiques de l’opposition. Il est, en tout cas, utopique de vouloir faire le changement par le départ de l’enfant terrible de Ziniaré de Kosyam sans au préalable l’avoir contraint à la cohabitation à l’hémicycle. Mais nos opposants ne semblent pas dans cette logique qui leur impose de faire un travail solide à la base à travers des ententes tactiques. Et pourtant, sans une alliance formelle, ils pourront difficilement surmonter la question des moyens de campagne et de l’implantation locale de leurs partis respectifs.
Mais que constate-t-on? Une opposition dont les membres se vouent une inimitié plus tenace que celle nourrie vis-à-vis des partis au pouvoir. Et pourtant, le contexte politique national marqué par la bruyante sortie de bidasses qui a refroidi les ardeurs des zélés du régime et la toute dernière affaire, celle dite “Guiro”, ont donné de belles opportunités à l’opposition. Hélas, cette dernière n’a pas changé son fusil d’épaule. Chaque membre continue de se tracer son chemin en solo. On en est même à se demander si la disparition de certaines figures emblématiques n’a pas sonné son glas. Les fins stratèges comme Joseph Ki-Zerbo et les fonceurs comme Issa Tiendrébéogo ayant tiré leur révérence, l’opposition se débat maintenant entre un maître Sankara qui n’arrive pas à décoller sérieusement et qui est comme gagné par l’usure parce que trop souvent exposé aux attaques du pouvoir, des co-sankaristes et des nouveaux venus qui cherchent leur chemin. Que dire alors d’un Hermann devenu insaisissable? Nongma Ernest Ouédraogo s’est, quant à lui, complètement effacé, alors que le Lion est perçu par l’opinion comme un plaisantin. Qui alors pour porter l’étendard d’une opposition qui gagne? Devinette à multiples inconnues. Car chacun des opposants porte une étiquette sans qu’on ne déniche du groupe la perle rare.
En dépit de tout ce qu’on peut lui reprocher, le plus légitime reste Bénéwendé Sankara, en sa qualité de chef de file de l’opposition. Laurent Bado, qui a cartonné début janvier avec son interview choc sur l’affaire Guiro, reste le plus bruyant, tandis que, incontestablement, la palme de l’opposant le plus lu revient à Zéphirin Diabré. Ablass-petit-pion, le dernier venu des dissidents CDP, cherche encore à rassurer sur la sincérité de sa lutte au sein de l’opposition.
Adam Igor
Noufou Ouédraogo est une figure bien connue dans le monde sportif burkinabè. Son engagement personnel et passionnel pour le football, d’une façon générale et pour les Etalons du Burkina en particulier, n’est plus à démontrer. Fondateur du Centre Naaba-Kango de Ouahigouya, l’homme est sans doute mal récompensé de son activisme, de ses efforts et de son soutien inconditionnel en faveur d’une qualification du onze national pour le second tour des phases finales de la Can 2012 qui se déroulent en ce moment en Guinée équatoriale et au Gabon; lui qui, espérant secrètement que, pour une fois, les choses se passeraient un peu mieux pour Jonathan Pitroipa et ses coéquipiers, en est réduit à ruminer sa colère. Comme il fallait d’ailleurs s’y attendre, le “prési” - comme on l’appelle affectueusement - n’est pas du tout content, et il le fait savoir ouvertement. Il est même très très remonté, au vu de la piètre performance de ses éléments.
Mécontent également de cette sortie avant l’heure, Zembéndé Théodore Sawadogo, le président de la Fédération burkinabè de football, la FBF. Car, comme on le sait, les instances dirigeantes du sport roi au Faso doivent bientôt être renouvelées. Dans ces conditions, nul doute que la débâcle des Etalons ne fera que mettre et rajouter de l’eau au moulin des adversaires de “ZTS”. Eux qui attendaient impatiemment le coup de sifflet final de la campagne équato-gabonaise pour se lancer résolument dans le jeu ont désormais de quoi étoffer leurs arguments, et aller ainsi à la conquête du fauteuil fédéral...
Noufou: Vraiment, c’est pas la peine, quoi! Moi, je ne comprends pas cette affaire des Etalons. C’est pas du tout possible! Encore éliminés! Eh, Etalons: “Y a boin?”
Zembéndé: Eh oui... Encore une Can ratée pour nous. Et sans doute beaucoup d’espoirs déçus dans cette prestigieuse compétition continentale. Surtout que, pour une fois, on pouvait espérer qu’avec le soutien du peuple et du chef de l’Etat, mais aussi et surtout au regard de la configuration qui s’est dessinée au lendemain des phases éliminatoires, qu’on pouvait aller loin dans cette 28e Can.
Noufou: Oui. En tout cas, on peut pas gâter le nom de mon homologue (prononcez sans la liaison). On peut pas dire qu’il n’a pas fait tout son possible pour soutenir les Etalons. Il a même reçu toute l’équipe chez lui, dans son palais. Il a montré aux joueurs comment il faut faire pour gagner. Et voilà maintenant comment ça se passe. Les joueurs, ils ont dit oui, oui, président, alors que c’est rentré un côté, et puis c’est sorti de l’autre côté.
Zembéndé: C’est vraiment dommage, mais nous avons manqué encore de réalisme, de savoir-faire, et tout ce qu’on veut. S’il est vrai que notre groupe n’était pas le plus facile de cette Can, en revanche, je reste persuadé que nous avions notre mot à dire; et même que nous pouvions tirer notre épingle du jeu sans trop de difficultés. Malheureusement, nous revenons à nos belles illusions. Celles d’un football qui doit encore apprendre à se construire, à progresser pour mieux se développer, et enfin, gagner des lauriers sur le plan continental.
Noufou: Mon homologue et puis son gouvernement, ils ont mis la main dans la poche. Il faut les féliciter beaucoup pour ça. Ils ont débloqué deux “guiros” pour supporter les joueurs et l’encadrement technique. Donc, il restait pour les joueurs à mettre le pied sur le ballon, pour faire honneur au pays.
Zembéndé: En effet, côté moyens, je dois dire que nous avons vu une forte mobilisation des autorités. Ce qui s’est traduit par une contribution financière importante. Hélas, tout ceci n’a pas porté de fruits. Il est vrai que nous avons eu quelques difficultés sur le plan administratif et sanitaire, qui ont conduit en fin de compte à nous passer des services de plusieurs joueurs, dont la contribution aurait pu nous aider à mieux aborder la compétition. Mais cela dit, je pense que ce n’est pas une excuse, il faut, au contraire, assumer nos échecs et tenter de repartir du bon pied, pour les prochaines fois. C’est en cela que nous aurons tiré leçon de ce qui s’est passé.
Noufou: Moi, je suis vraiment fatigué de tout ça. A chaque Can, on s’en va donner la qualification aux autres équipes et puis on revient s’asseoir sur le derrière. C’est pas comme ça que nous devons envoyer le nom de Burkina et puis les couleurs nationales en avant. Même si dans l’équipe y a de petits problèmes comme dans une famille, il faut mettre ça de côté et mouiller le maillot.
Zembéndé: Les faits sont là et on ne peut pas les nier. Depuis 1998 et la Can organisée chez nous au pays où nous avons occupé la quatrième place, alors que nous aurions pu être troisièmes, nous ne parvenons plus à jouer parmi les meilleurs. Il y a lieu de réfléchir, à mon avis, assez sérieusement sur cette situation. Même si je reconnais que le cas du Burkina est loin d’être isolé, et que d’une manière générale l’on peut s’accorder sur le fait, comme l’a si bien dit le Président du Faso, premier capitaine des Etalons, quand il recevait l’équipe avant son départ, le niveau général du football africain est en progrès. Par conséquent, il nous fallait aborder toutes les rencontres de groupe avec le maximum de sérieux et de concentration.
Noufou: Moi, je veux que on a qu’à se parler “gbê”. Y a plus temps de discuter encore. On a construire une nouvelle équipe avec de nouveaux joueurs qui peuvent nous aider à remporter des trophées. Les anciens qui ne peuvent plus courir comme les jeunes Etalons-là, ils n’ont qu’à dire en même temps et puis se mettre immédiatement sur la touche. Dans pays-là, au niveau de petites catégories, on peut trouver de bons éléments. Y en a beaucoup qui sont bons et qui n’attendent que le moment pour monter sur le terrain.
Propos recueillis, dans Ýles vestiaires, par JJ
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