Journal du Jeudi N°1301 du 25 au 31 août 2016


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Crise au Paren: jusqu'où ira le duel entre le fondateur et le président?
Armée nationale: éviter le syndrome RSP
Dialogue: PARENté sans plaisanterie

Crise au Paren

Jusqu'où ira le duel entre le fondateur et le président?

Alors que le front sociopolitique baigne dans un calme plat et que le Faso scrute toujours l'horizon pour voir poindre le soleil de l'espoir, voici que la tempête s'abat sur le Parti de la renaissance nationale (Paren).

Laurent Kilachiu Bado, son fondateur et propriétaire, n'est pas content de la «gestion» de son président actuel, qui n'est autre que Tahirou Barry, le "sinistre de la Culture hétérosexuelle". Le hic dans ce duel au premier sang, c'est que chez les Paren le linge sale ne se lave pas en famille mais sur la place publique.
Ainsi, depuis la semaine dernière, les internautes, principalement les Facebrouteurs, pardon les Facebookeurs, ont eu un accès (fortuit?) à un «document interne au parti» dans lequel le fondateur Laurent Kilachiu Bado n'y est pas allé de main morte. C'est à croire qu'il voulait en finir -au propre comme au figuré- avec ce qui reste encore de l'honneur du président de son parti et sinistre dans l'actuel gouverne-et-ment de Popaul 1er. De mémoire de journaleux, on n'avait jamais eu droit à la publication de critiques aussi sévères et vulgaires du comportement et des actions d'un chef de parti politique.
Dans ce pays de savane où l'on a pourtant l'habitude de voir des vertes et des pas mûres, jamais quelqu'un n'a osé traiter son camarade de la sorte. Et pourtant, Bado a terminé son fameux «document interne» par une sentence qui achève de convaincre de la profondeur du conflit qui l'oppose à celui qui était pourtant considéré jusque-là comme «frère-président», si ce n'est son «fils»: «Une conclusion s'imposer: Barry est un pervers qui n'a que la ruse pour arme au service d'une ambition politique inversement proportionnelle à sa taille physique, morale, spirituelle et intellectuelle».
Comme on peut le constater dans cet écrit qui fait les choux gras des réseaux sociaux depuis sa «fuite» -organisée?-, le discours du fondateur du Paren est d'une violence inouïe. Pour en arriver là, même en privé, il faut vraiment une déception très profonde envers une personne pour se permettre de la traiter ainsi. Or, dans le cas présent, il ne s'agit pas uniquement d'un conflit interne à un parti comme certains «petits esprits» ont voulu le comprendre. Tout ce qui touche à une organisation politique, qui est de surcroît représentée au gouverne-et-ment et à l'Assemblée nationale, revêt un intérêt public, voire national. En ce sens, l'opinion publique y a un droit de regard, peut même se permettre de faire des commentaires.
On veut bien comprendre que la «stratégie langagière» de Bado est de «choquer», comme il prend plaisir lui-même à le souligner très souvent. Mais force est de constater qu'il est allé cette fois-ci un peu trop loin. La preuve? C'est qu'après s'être rendu compte de l'imprudence qui a conduit à la publication du «document interne» sur les réseaux sociaux, il s'est fendu d'une conférence de presse qui n'a pas été faite pour arranger les choses. Une fois encore, le fondateur du Paren et actuellement député au Parlement, n'a pas été du tout tendre avec les journaleux qu'il n'a pas hésité à traiter de «lézards».
Au moins une conclusion s'impose au regard de ces «écarts de langage» d'un homme politique qui se considère de surcroît comme l'un des «intellectuels les plus intelligents de son époque». Malgré tout le respect qu'on peut devoir à cet argument nombriliste, celui-ci ne saurait guère justifier le droit de s'en prendre aussi brutalement aux autres. Un intellectuel, un vrai, sait d'abord respecter les autres. Il évite surtout la violence, aussi bien dans son langage que dans ses actes.
Or, ici, il est évident qu'aussi bien dans sa «lettre» contre le président Barry que lors de la conférence de presse organisée unilatéralement par lui, sans même consulter le président de son parti, il y a bel et bien une inflation de violence. Des signes qui montrent clairement que l'homme politique et député Bado se prend pour le «centre de l'univers», il croit que son discours est unique et inexpugnable. Et veut par conséquent l'imposer aux autres et à tout le monde comme la seule vérité qui soit. Il croit qu'il a raison, qu'il a toujours raison et qu'il aura toujours raison parce qu'il prétend être «plus intelligent que tout le monde».
A la question de savoir pourquoi et comment on en est arrivé à cette situation conflictogène au sein de ce parti qui compte pourtant dans le paysage politique du Faso, on n'a point besoin de chercher midi à quatorze heures. Laurent Bado, le fondateur-propriétaire du Paren, souffre incontestablement d'un ego démesuré. Malgré le fait qu'il feint d'accepter un soi-disant principe d'«alternance», il ne supporte guère la contradiction et veut que ses différents lieutenants pensent, agissent intellectuellement et moralement comme lui. C'est sur ces seules bases, qu'il veut de surcroît intangibles, qu'il a pétri «sa» formation politique. Son principe: «Celui qui n'est pas comme moi est contre moi.» 
C'est à la lumière de cette grille de lecture qu'il faut comprendre que le duel qu'il a engagé avec Tahirou. Comme pour demeurer dans la logique du duel, c'est lui, Bado, qui demande «réparation» à Barry. La balle est donc dans le camp de ce dernier. Que va-t-il faire maintenant? Donner un coup de pied dans la fourmilière et prendre le large, ou bien continuer d'encaisser les coups et se soumettre? Les prochains jours et/ou d'autres «fuites» de «documents internes» nous situeront sur la suite du duel d'hivernage entre le fondateur et le président du Paren.

F. Quophy

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Armée nationale

Eviter le syndrome RSP

Un des secteurs de la vie qui a été fortement ébranlé ces dernières années est bien l'armée nationale. Mais où en est-on avec les réformes promises afin de faire de cette armée nationale une armée républicaine?

Dans la composition du gouvernement -qui ne comporte pas de militaire-, le président du Faso s'est attribué le portefeuille de la Défense. Roch n'a pas voulu faire l'exception en nommant un militaire à ce poste, parce que l'armée a traversé une forte turbulence ces dernières années. Au moment de son arrivée au pouvoir, il a hérité d'une armée plus que divisée. La nouvelle loi sur le statut des Forces armées votée sous la Transition n'est pas du goût de tous les militaires. Cette loi qui a permis au Premier ministre de la Transition, Isaac Zida, d'être élevé au grade de général frustre plus d'un parmi les hauts et les moins gradés.
Le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), qui faisait la pluie et le beau temps, a tenté un coup d'Etat qui a raté. Ce qui a conduit à l'emprisonnement de plusieurs militaires appartenant non seulement à ce régiment, mais à d'autres du pays. Cet évènement malheureux a conduit à la dissolution du RSP et à l'affectation de ses éléments. Toute l'armée nationale ne peut pas cautionner une telle décision.
Un dépôt de minutions a été attaqué par des soi-disant éléments de cet ex-régiment. Certains parmi ces éléments, qui ne semblent pas digérer la dissolution de leur régiment, projetaient même de libérer leurs patrons emprisonnés depuis le coup d'Etat raté. Pendant ce temps, l'opinion spéculait sur une éventuelle implication des chefs militaires installés par les autorités de la Transition dans l'affaire du coup d'Etat raté. Une campagne de plaidoyer en faveur de la nomination d'ex-ministres de la Transition à des postes, dont certains au sein de l'armée, a été menée, mais Roch n'en a pas tenu compte. Surtout qu'il était en possession d'indices sur la mauvaise gestion qui a émaillé la Transition.
Il n'a pas voulu non plus confier le ministère à un civil. Dans ces conditions, à qui confier un poste aussi stratégique? En tant que chef de l'Etat, Roch s'est adjugé le poste, en attendant de voir clair. Il a occupé les postes de ministre, Premier ministre et président de l'Assemblée nationale, et à ce titre, il n'est pas un novice du fonctionnement de l'armée. En son sein, il compte de nombreux amis et anciens collaborateurs.
A son arrivée, Roch a promis une armée républicaine forte. Mais quelque temps après la formation du gouvernement, voilà qu'il doit faire face à la menace terroriste, aux convocations adressées aux chefs militaires par le juge d'instruction du dossier du putsch. Il a également mis en place une commission pour réfléchir sur l'armée. Au sortir du dernier Conseil d'administration du secteur de la défense, Roch a insisté sur les réformes de l'armée dans le cadre d'un plan stratégique 2017-2021. Il a rappelé qu'une armée assure les fonctions que lui assigne la Constitution.
A l'écouter, tout va bien. Cependant, il devrait prêter attention pour que cette armée ne tombe pas dans les travers du passé.
Pendant que le Burkina Faso fait face à la menace terroriste, pendant que le manque d'hommes pour sécuriser les frontières et les centres urbains se pose, les responsables de l'armée continuent de déployer des troupes à l'extérieur, surtout au Darfour. Il est vrai qu'ils y vont pour faire face à un drame humanitaire, mais en interne, le Burkina est-il mieux nanti? Ce qui interpelle, c'est la coordination de l'envoi de ces troupes. On a constaté, à travers les reportages, que dans la même période 850 hommes ont été envoyés au Darfour et le même nombre au Mali. En somme, 1 700 soldats burkinabè ont quitté le pays en un laps de temps. Pendant ce temps, le même nombre prenait le chemin inverse en entrant au pays. Ces 1 700 entrants ont un léger temps de repos avant de reprendre le travail. On peut dire que le pays a connu un léger manque d'effectifs de près de 3 400 hommes avant de se ressaisir.
Aussi, la gestion de la nouvelle garde présidentielle interpelle. Les premiers responsables doivent faire en sorte de nous éviter le syndrome RSP où une partie suréquipée et choyée lance des défis au reste de l'armée et se comporte en super-hommes. Pour ce faire, il est nécessaire de répondre à certaines questions pour pouvoir prendre les bonnes décisions. Qui doit-on y envoyer? Des novices qui sortent de l'école? Si oui, n'auraient-ils pas tendance à se comporter comme le RSP, puisqu'ils se sentiront supérieurs aux autres dans l'armée? Si ce sont des anciens qu'il faut y affecter, combien de temps devront-ils y passer pour ne pas devenir comme des fonctionnaires du RSP?
Roch doit donc ouvrir le bon œil pour ne pas être confronté à de mauvaises surprises un jour.

Djénéba Sangaré

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Dialogue

PARENté sans plaisanterie

Politicien atypique, Laurent Kilachiu Bado est un intellectuel reconnu pour son bagage académique autant que pour ses déclarations iconoclastes. Professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques, ancien commissaire à la Réforme de l'Administration et chef du département de Droit public, le concepteur du «grégarisme africain» fut aussi, en 2000, le fondateur du Parti de la renaissance nationale (PAREN). Le franc-parler de cet ancien candidat à la présidentielle -le seul qui insultait ses électeurs- est-il incompatible avec les combinaisons politiques durables? En 2005, son OBU (Opposition burkinabè unie) portée avec le Chat noir du Nayala explosa. Un tandem avec Tahirou Barry pourra-t-il survivre davantage?
Aussi impénétrable que son mentor est transparent, Barry, dernier présidentiable en date du PAREN, est celui qui aura conduit le parti au pouvoir, par le biais de la coalition avec le MPP. Né à Gagnoa, en Côte d'Ivoire, ce juriste qui serait bien devenu journaliste, ancien élève admiratif de l'enseignant Bado, prit les rênes -ou "reçut les rênes", c'est selon- de leur formation politique en 2010. Si le maître fut même le directeur de mémoire de maîtrise de l'élève, le disciple semble aujourd'hui s'émanciper; au grand dam d'un mentor manifestement froissé. Il faut dire que Tahirou Barry a gravi le podium de la dernière présidentielle, obtenant la médaille de bronze. Il est même devenu ministre de la République, au portefeuille de la Culture.

Avant que le PAREN n'implose, et après que Laurent Bado a craché sa vérité en conférence de presse, samedi dernier, Tahirou et Kilachiu gagneraient encore à échanger...

Tahirou: Maître, on peut se parler?
Bado: Vade retro Brutus!
Tahirou: Voyons, frère Bado, parlons pour crever l'abcès.
Bado: Tu n'as pas dit tu es bête? Je ne suis pas ton frère! Je suis plutôt ton père, celui qui t'a fabriqué! Je suis le cerveau brillant qui t'a enfanté politiquement! C'est pour ça que je t'appelle Brutus, parricide que tu es!
Tahirou: Sans vouloir vous vexer, c'est plus un infanticide qu'un parricide. C'est vous qui voulez m'assassiner politiquement en me traitant de "pervers".
Bado: Imbécile, moi, je voulais juste laver le linge sale en famille. Ce n'est pas de ma faute si ce document confidentiel s'est retrouvé dans la lessiveuse diabolique d'Internet.
Tahirou: C'était à prévoir. Et je ne comprends pas votre hostilité à mon égard. C'est vous qui m'avez demandé de prendre la tête du parti...
Bado: C'est moi qui t'ai dit de devenir un autocrate?
Tahirou: Vous aussi, professeur! Je ne peux pas passer mon temps à faire le point de la moindre petite dépense. Reconnaissez le travail que j'ai abattu: j'ai hissé le PAREN à la troisième position, à la présidentielle, et j'ai fait entrer le parti sous les ors de la République.
Bado: Voiiilà! On y est! Imprudent prétentieux! Ce sont les faux honneurs de la République qui t'ont tourné la tête! Le luxe est en train de te pervertir!
Tahirou: C'est interdit d'avoir un chauffeur, tout simplement parce qu'on roulait en mobylette bleue?
Bado: Oh, moi, tu sais, je me contente de mon vélo dans les six-mètres de nos bons vieux quartiers populaires. Les fèfès de Kosyam, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre!
Tahirou: Je n'en suis pas si sûr. Cette hargne à mon égard ressemble à de la jalousie... Vous n'avez pas dépassé le stade de député...
Bado: Vraiment, ta bouillie est mal cuite! Je te rappelle que s'il y avait un concours pour être président, je serais le correcteur! Toi, tu n'es qu'un pauvre d'esprit qui se contente de l'argenterie des dîners mondains. Un conseil: accroche-toi à ton marocain. Sinon, moi, n'en déplaise aux lézards, je reprendrai ma chose.
Tahirou: Le Paren ou le ministère? Et comment c'est possible? Un putsch? Vous voyez, professeur, c'est vous qui jouez les autocrates, maintenant...
Bado: Oh, tu sais, aucun de ces pouvoirs ne m'intéresse. Mais je ne suis pas un caprin, moi. Je vais juste faire le ménage avant d'aller mourir au village. Dieu reconnaîtra les siens...

Propos recueillis, au parking de l'Espace Gambidi, par JJ

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