Journal du Jeudi N°1245 du 30 juillet au 5 août 2015


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Gouverne-et-ment de transition: Zinedine Zida, le “hÈros” mal-aimé?
Mise en accusation d'ex-ministres: piégés par leurs propres audits?
Dialogue: tous pour le business, le business pour tous

Gouverne-et-ment de transition

Zinedine Zida, le “hÈros” mal-aimé?

En recevant le soutien massif et inattendu du Tchokoroba Kaf', pour se maintenir à la tête du gouverne-et-ment de la transition jusqu'au bout, le Premier sinistre Zinedine Zida triomphe de son bras de fer avec les «têtes brûlées» du Régiment d'inSécurité Premier-ministérielle (RSP). Mais cela ne semble pas suffire à faire de ce lieutenant-colonel le «héros» incontesté d'une insurrection populaire dont il a su profiter pour se hisser au plus haut sommet de l'Etat, et pour cause.

Sans risque de se tromper, on peut dire que Zinedine Zida a été rattrapé par son passé de «dribleur» de ses frères d'armes. Même si la soi-disant «hiérarchie militaire» qui a fini par se liguer contre lui pour demander qu'il soit viré du gouverne-et-ment de transition, n'a jamais révélé les raisons de sa colère, on peut imaginer aisément qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Le lieutenant-colonel a probablement «déçu» ceux qui ont contribué à son ascension. Comme il devrait s'y attendre, ce genre de comportement se paie cash. Surtout dans un milieu militaire où il n'est pas aussi aisé de se contenir, et donc d'encaisser constamment des coups sans être tentés d'en donner à son tour.
Mais qu'est-ce qu'il a pu bien faire pour être haï à ce point par ceux qui l'ont pourtant imposé en lieu et place de l'ancien chef d'état-major général des armées, le général Honoré Nabéré Traoré? Telle est la question qui continue non seulement de brûler toutes les lèvres, mais aussi de faire couler encre et salive. A défaut de version officielle de la Grande muette, radio Koulouba, la FM la plus écoutée de la capitale, ne se fait pas prier pour avancer des hypothèses.
Ainsi, d'aucuns pensent que le torchon qui brûle entre Zinedine Zida et ses frères d'armes n'est autre chose qu'une affaire de sous mal réglée. En tant qu'ancien N°2 du RSP, le Premier sinistre aurait-il gardé par devers lui la clé d'un des nombreux coffres-forts abandonnés par le Blaiso lors son départ précipité vers son exil ivoirien? Le lieutenant-colonel s'étant autoproclamé, entre temps, «chef de l'Etat», il aurait logiquement hérité de tout, y compris de la signature des chèques. Seulement, en le laissant faire, ses camarades du RSP ainsi que les chefs militaires se sont dit qu'il finirait par faire les partages comme il se doit. Mais plus les semaines de la transition s'égrenaient, plus l'attente devenait longue et les frustrations s'amoncelaient.
Ceci expliquerait-il les premiers mouvements d'humeur de fin décembre 2014? On se souvient encore que l'une des explications qui avaient été données à la cause de ces bruits de bottes, c'était une affaire de non-respect du règlement militaire dans des nominations faites par Zida. Chose qu'il a dû d'ailleurs corriger par la suite. Mais cela n'a pas suffi pour rétablir la confiance, d'abord au sein du RSP et de la hiérarchie militaire. La preuve: des éléments de la garde prétorienne sont revenus à la charge fin février. Et comme satisfaction ne semble pas leur avoir été donnée, la tension n'a fait qu'augmenter en intensité jusqu'à la dernière crise qui a obligé le PF Kaf' à sortir la grande artillerie du Haut cadre de concertation des sages.
Faut-il alors penser que le différend entre Zida et ses frères d'armes a été soldé par les Sages? Difficile de le croire. A voir d'ailleurs la manière dont le Tchokoba a tranché le problème en s'engageant solennellement à «garder son Premier ministre», on ne peut raisonnablement pas parler de «paix des braves». Il n'a fait que sauver les meubles de la transition en retirant à Zinedine Zida le portefeuille ministériel qui fâche les autres. Mais les problèmes demeurent.
Certes, la hiérarchie militaire n'a pas réussi à faire sanctionner le lieutenant-colonel par le président de la transition. Il garde son poste de Premier ministre, mais il perd la sympathie, voire la confiance, de certains de ses frères d'armes. Et cela se ressent à chacune des rencontres officielles où les chefs militaires sont obligés de serrer les fesses devant Zinedine Zida sans vraiment rigoler avec lui. Comme ils ne veulent pas ou ne peuvent pas révéler publiquement les vraies raisons de cette haine cordiale, c'est alors à Zida que profite le silence.
Désormais mal-aimé par l'armée, Zida peut-il terminer la transition en héros de l'insurrection? Difficile de le croire. Car, s'il a tenté de récupérer le mouvement à travers ces accointances avec certaines organisations de la société civile comme Le Balai Citoyen et le CAR, les deals -vrais ou supposés- ont fini par s'étaler au grand jour. Tout le monde est convaincu que Zida n'a jamais été un insurgé, mais un pion du RSP. Jusqu'à un certain seuil, il a presque bien joué le jeu en essayant de maintenir l'équilibre entre sa fratrie d'origine, ses frères en Christ et ses partenaires politiques et sociaux. Mais en se mettant la hiérarchie militaire à dos à cause d'un problème dont personne n'ose parler clairement, il se trouve aujourd'hui dans la plus inconfortable des situations.
L'équation la plus difficile qu'il doit maintenant affronter est sans doute celle de savoir comment il va sortir de la transition qui s'achève seulement dans deux mois. Aura-t-il suffisamment de temps pour devenir le «héros de l'insurrection» qu'il n'a jamais été ou le «traître de l'armée» qui lui colle désormais à son costume de Premier sinistre? Les prochaines semaines nous le diront. En attendant, «Allons seulement»!

A. WÈdraogo

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Mise en accusation d'ex-ministres

Piégés par leurs propres audits?

Sous le régime Compaoré, certains ont ignoré que les actes posés aujourd'hui peuvent te rattraper demain.  Ils ont usé de leur position pour vider les caisses de l'Etat. Ils font l'objet de poursuites judiciaires sur la base de rapports d'audit commandités par eux-mêmes. Que reproche-t-on à ces ex-dignitaires ?
En août 2014, répondant indirectement au président américain Barack Obama pour qui «L'Afrique a besoin d'institutions fortes, mais pas d'hommes forts», Blaise Compaoré alors président du Faso déclarait: «Il n'y a pas d'institutions fortes, s'il n'y a pas d'hommes forts». Moins de 3 mois après cette déclaration, l'homme fort, pour qui il se prenait, a pris la fuite suite à une insurrection populaire. Les insurgés étaient remontés contre les décisions des «faibles» institutions qu'il avait mis en place. En effet, une séance de conseil des ministres avait proposé une modification de la constitution que l'Assemblée nationale s'apprêtait à voter la loi. Auparavant, des marches-meetings de l'opposition politique avaient empêché la mise en place du Sénat pourtant prévu dans la Constitution. Une institution forte peut-elle faire l'objet d'une telle contestation?
Le régime Compaoré a toujours fabriqué ses hommes forts. Dans un premier temps, on a assisté au printemps de  ceux qui avaient le droit de vie ou de mort sur les autres. «On te fait et il n'y a rien» était leur slogan. Mais avec la lutte contre l'impunité engagée depuis l'assassinat du journaliste Norbert Zongo, cette race d'hommes a fait place à la montée en puissance d'un nouveau type d'hommes forts. Des ministres, directeurs généraux se sont érigés en véritables faiseurs de lois et de rois, en donneurs de leçons. Pour exceller, par exemple, dans le domaine du commerce, il fallait leur caution. Pour être nommé à un poste nominatif, leur onction était nécessaire. Pour avoir son nom sur une liste électorale, leur mot comptait. Leurs salles d'attente ne désemplissaient pas, tant beaucoup de monde cherchait à les rencontrer. Pour entretenir toute sa basse-cour ou pour se remplir les poches, chacun n'hésitait  pas à puiser dans les caisses de l'Etat, à user de conflit d'intérêt et d'abus d'autorité. Conséquences, en temps record, le Burkina Faso a enregistré des milliardaires venus de nulle part.
Confortablement installés dans leur situation, ils n'envisageaient aucunement de la quitter. Pendant ce temps, la société civile, les médias et les partenaires financiers du Burkina dénonçaient la corruption systémique du pays. Les faiseurs de rois combattaient toute idée émise dans le sens de l'alternance dans la gestion du pays, traitant au passage les dénonciateurs d'opposants, d'aigris et de jaloux.
Pour faire plaisir aux nombreux bailleurs, quelques reformes administratives ont été faites conduisant à la mise en place de nouvelles institution de contrôle comme l'Autorité supérieure de contrôle de l'Etat (ASCE) ou le renforcement des capacités d'anciens comme les inspections techniques (finances, budget, trésor, etc.). Les rapports de contrôle de ces institutions ont toujours été bien rangés dans les tiroirs sans qu'aucune suite ne soit donnée. Tellement sûr de garder le pouvoir, aucune précaution de liquidation sérieuse de ces rapports n'a été prise. Blaise Compaoré en utilisait certains comme objet de chantage...
Voilà qu'un certain 30 et 31 octobre 2014, ils ont tous été contraints de quitter le pays. Ils sont certes partis, mais les rapports sont restés et toujours d'actualité. Au nom de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale, il n'y a pas eu de chasse aux sorcières, comme c'est le cas dans d'autres pays, après  les insurrections. A peine revenue de leur fuite, ces anciens dignitaires se sont lancés dans un activisme politique dangereux.
La mise en accusation lancée par le CNT, le 16 juillet 2015, vient calmer les ardeurs de certains ex-dirigeants sous Compaoré. Le CNT s'est basé sur les récents rapports d'audit et de contrôle de l'ASCE et des inspections techniques réalisés sous Compaoré, sous la contrainte des bailleurs de fonds, lesquels documents dormaient dans les tiroirs.
L'ex-ministre des Affaires étrangères Djibril Bassolé doit justifier l'usage de 393,499 millions de FCFA, en sa qualité d'ordonnateur principal du budget de son ministère. Il est reproché à Arthur Kafando des malversations d'un montant de  78,865 millions de FCFA, dans le budget des mesures sociales prises par le gouvernement en 2013-2014. Le cas de Bougouma Jérôme a déjà fait l'objet de plusieurs écrits dans la presse. La gestion des commandes publiques dans son ministère le rattrape. Le préjudice serait évalué à 3 milliards de FCFA. Suite à la publication du  rapport de l'ASCE dénonçant les malversations de 269,586 millions de FCFA par Joseph Paré lorsqu'il était ministre des enseignements secondaire, ce dernier avait déjà été remplacé à son poste d'ambassadeur du Burkina en France. En ce qui concerne L'ex-ministre de l'Education nationale Koumba Boly/Barry, on lui reproche des sorties d'argent sans justificatifs du ministère pour un montant de 3,218 milliards FCFA.
Le président de l'ADF/RDA, Gilbert Noël Ouédraogo, qui a géré le ministère des Transports doit justifier la somme de 600 millions de FCFA dans le marché portant réfection de l'aéroport de Ouagadougou où 14 marchés distincts ont été attribués en plus de 7 avenants. On reproche à Jean Bertin Ouédraogo -qui l'a remplacé au ministère des transports et qui a géré les infrastructures- des malversations d'un milliard de FCFA. Quant à Alain Edouard Traoré, ex-ministre de la communication, un rapport d'audit fait état de malversations et de surfacturations portant sur la somme de 100 millions de FCFA. Cette affaire concerne 12 marchés publics au profit de la RTB.
Ces mises en accusations sonnent comme un avertissement pour les ministres d'aujourd'hui. Leurs gestions seront auditées et des poursuites judiciaires engagées contre les mauvais gestionnaires.

DjÈnÈba SangarÈ

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Dialogue

Tous pour le business, le business pour tous

En peu de temps, Mahamoudou Bonkoungou s'est fait un nom dans le monde des affaires au Faso. Avec son groupe Ebomaf, l'homme s'est construit une réputation en latérite. Du temps de l'ancien régime déchu, rares étaient les gros marchés de BTP qui lui échappaient. Au point que l'entrepreneur qui, dit-on, ne connaissait pas la crise auparavant, s'est parfois attiré les foudres de personnes dont on ne sait si elles émanent de concurrents jaloux de sa fulgurante ascension ou au contraire de personnes bien introduites. Une chose est sûre, c'est qu'avec la chute et la fuite des Compaoré, l'homme a dû se hisser de tout son long pour monter au créneau et tenter d'expliquer, à tous ceux et à toutes celles qui en doutaient encore, que sa réussite était avant tout le fruit de son dur labeur.
Inoussa Kanazoé, richissime opérateur économique burkinabè, lui non plus n'aura pas échappé aux critiques de la part de ses détracteurs.  Il est vrai que parti de pas grand-chose, le PDG de Kaniss roule désormais sur le commerce et le ciment. Pour ne pas dire sur une expansion en or. Du solide au propre comme au figuré selon les spécialistes du domaine. Et il s'impose, à l'heure actuelle, comme l'un des entrepreneurs les plus prospères au pays des Hommes intègres.  Pour lui, les affaires, ça ne connaît pas de pause. Ainsi, après le riz et une cimenterie de plusieurs milliards de FCFA implantée au Burkina, il est question d'une autre cimenterie en Côte d'Ivoire. Bref, il fonce...
Entre Mahamoudou Bonkoungou, PDG d'Ebomaf et Inoussa Kanazoé, patron de Kaniss, ce sont avant tout les affaires qui constituent le meilleur moyen d'entrevoir la situation actuelle dans le pays. D'où ces quelques échanges entre barons...

Mahamoudou Bonkoungou, Ebomaf: Mon cher, je constate que tu nages dans la bétonneuse maintenant. On dirait que ça va hein !
Inoussa Kanazoé, Kaniss: Absolument. Je confirme que la bétonneuse tourne à plein régime. Ma carte de visite a besoin d'être renforcée et je suis à l'œuvre.
Ebomaf: T'es donc pas en transition, toi?
Kaniss: Oh non...  Je suis prévoyant. Il faut éviter de renverser tout son ciment dans la même brouette. Et puis tu as vu ce que les gens ont fait de mes magasins de riz en octobre 2014? Fallait bien que je réagisse. J'ai donc dégainé les vraies feuilles, je te dis.
Ebomaf: En effet. Tu veux parler de la fameuse révolte du riz? Il paraît que tu as beaucoup perdu dans le deal, hein!
Kaniss: Bof, c'est du passé tout ça. Faut tourner la page. Faut aller de l'avant. L'argent n'aime pas trop le bruit...
Ebomaf: Oui. Mais, entre nous, tu es sûr qu'on n'a rien à craindre du shérif et de ses hommes?
Kaniss: Lequel?
Ebomaf: Celui du CNT voyons!
Kaniss: Ah bon? Et pourquoi donc devrions-nous avoir peur de lui et de ses hommes, comme tu sembles le dire?
Ebomaf: Il paraît qu'il est en train de mettre sur pied une opération mains propres en ce moment...
Kaniss: Mais où est le problème? C'est son droit. Et nous serions donc concernés? Nous, on n'a rien à voir dans leur politique.
Ebomaf: Justement. Il semble que ce ne sont pas seulement les hommes politiques qui sont concernés. Mais tous ceux qui auraient eu affaire aux caisses de l'Etat sous l'ancien régime.
Kaniss: Tu es certain de ce que tu dis?
Ebomaf: Aabah! Puisque je te le dis. J'ai mes réseaux aussi hein! Moi aussi, j'ai mes entrées dans la transition... Qui me filent les docs. Qui est fou si ce n'est pas le fou lui-même?
Kaniss: Comme le dit le proverbe: «si tu te fais coiffer dans le noir, c'est que tu as sacrifié tes oreilles, quoi!»
Ebomaf: Exactement!
Kaniss: Ceci dit je vais appeler ''asso'', le ''Kouand'', pour mieux comprendre. Lui, doit avoir quelques infos à me filer aussi sur ce point.
Ebomaf: Tu peux l'appeler, car je suis certain qu'il t'en dira plus.
Kaniss: Mais, en attendant, je crois qu'il ne faut pas céder à la panique. Encore moins à la provocation.  Surtout venant de la part de la petite concurrence affolée.
Ebomaf: Je sais. Tu veux parler de la concurrence des petits tabliers comploteurs de nuit? Ceux qui passent leur temps à critiquer mes routes et goudrons. Comme le disait quelqu'un, rendez-vous devant l'histoire...

Propos recueillis, ý la ZAD ý Ouagadougou, par JJ

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