Journal du Jeudi N°1218 du 22 au 28 janvier 2015


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CDP et ex-majorité présidentielle : les apprentis tripatouilleurs sortent du bois
Transition : quel sort pour les fonctionnaires fantômes ?
Dialogue: sur un air de valse

CDP et ex-majorité présidentielle

Les apprentis tripatouilleurs sortent du bois

A la faveur de la levée de la suspension dont ils avaient été frappés, le Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, et ses alliés de l’ancienne majorité présidentielle, anciennement acquis pieds et poings liés à Blaise Compaoré, tentent un difficile retour sur la scène politique nationale. Privés de leur atout-maître,  à savoir l’administration publique, les compaoristes peuvent-ils espérer autre chose que le symbolisme et la nostalgie d’un pouvoir perdu alors même qu’ils peinent toujours à faire leur propre “mea culpa”? Pas évident...
On se demandait bien où est-ce qu’ils étaient passés et qu’est-ce qu’ils étaient devenus depuis que leur mentor a été chassé du pouvoir alors même qu’il s’apprêtait à faire dynamiter la Constitution pour tenter de conserver le pouvoir d’Etat. Eux, ce sont les anciens barons du régime déchu.
Certains parmi eux ont pris la poudre d’escampette et par voie de conséquence des congés prolongés loin du pays. D’autres ont, quant à eux, préféré se terrer dans le silence d’une honte interrogatrice, en attendant sans doute que la tempête se calme. Surtout que la menace a plané dans l’air. Et que Django Barry était prêt à dégainer le colt de la dissolution. Finalement il n’en a rien été. Juste une mesure de suspension rapidement levée grâce à la mesure de «clémence» (un désaveu supplémentaire) décidée par le «Prince» de la transition à l’occasion de son discours de fin d’année 2014.
Du coup, revoilà nos anciens barons et ingénieurs ès tripatouillites qui reviennent par petits groupes au-devant de l’actualité nationale. C’est ainsi que, profitant de la conjoncture politique actuelle et dont ils sont paradoxalement les vrais responsables, ils essaient de se rappeler au bon souvenir des Burkinabè.
Pour ce faire, toutes les acrobaties médiatiques sont bonnes pour être mises dans la balance. Des interviews opportunément réalisées aux tribunes en forme de réquisitoires, en passant par les conférences de presse et autres... Bref, l’ancien régime est à la recherche d’une nouvelle forme de “fréquentabilité” après avoir longtemps et outrageusement dominé la vie politique nationale durant plus de deux décennies.
Surfant sur les braises d’une actualité riche en rebondissements, de “nouveaux visages” apparaissent  ainsi et tiennent un discours dont on appréciera au passage la forme et le contenu. Ainsi en est-il de Léonce Koné, aujourd’hui à la tête d’un «directoire national» mais dont on a du mal à cerner véritablement les contours et surtout les termes de référence de son agenda par rapport aux organes actuels du parti.
En tout cas, et pour l’heure, le discours de rupture souhaité et réclamé par une partie de l’opinion nationale ne semble toujours pas d’actualité. Tout au plus est-il question dans les débats de la convocation prochaine des instances du parti. Et ce alors même qu’un obscur “groupe de jeunes” exige, pour sa part, ni plus ni moins que la démission immédiate d’Assimi Kouanda de son poste de Secrétaire exécutif national. Un avis que contestent certains militants proches de l’actuel “SEN” et qui ne veulent pas entendre parler de son départ pour le moment.
Pendant ce temps, et comme par enchantement, voilà que l’on annonce le retour de l’ancien Président de l’Assemblée nationale, Soungalo Apollinaire Ouattara, de son exil ivoirien. Avec la caution et les “feuilles” de Blaise Compaoré et de ses amis ivoiriens? Bien malin qui saurait le dire.
Une chose est sûre, tout cela ne peut que compliquer significativement son positionnement futur sur l’échiquier local. De toute évidence, le parti et ses alliés n’ont pas encore digéré, encore moins accepté, la manière dont ils ont perdu le pouvoir d’Etat l’année dernière. Pour eux, la logique démocratique n’a pas été respectée. Dans le contexte du Burkina postinsurrectionnel, inutile de dire que ce genre d’assertions risque d’être assimilé à de la provocation et aura bien du mal à passer auprès des populations.
Du côté des alliés de l’ancien Front républicain, c’est également la même situation de cacophonie qui domine. En effet, alors que des leaders de partis se plaignent d’avoir été, selon eux, arbitrairement recalés du Conseil national de transition, le CNT, par leurs anciens camarades, d’autres préfèrent, par contre, tirer à boulets rouges sur  les autorités de la transition.
C’est le cas d’Hermann Yaméogo, le Président de l’UNDD. Dans une de ses sorties dont lui seul a le secret, celui qui, il y a peu, proposait encore à Blaise Compaoré d’instaurer l’état d’urgence dans le pays demande désormais le report des élections de 2015 et la prise en compte du vote des Burkinabè de l’extérieur.
Une exigence qui, on s’en doute aisément, a peu de chances d’être entendue en ce moment précis. Du reste, au stade actuel des débats, les acteurs politiques nationaux admettent le principe d’un retour à l’ordre constitutionnel normal dans les plus brefs délais et n’envisagent aucunement un changement de cap. Ce qui est dit est dit...

A. Traoré

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Transition

Quel sort pour les fonctionnaires fantômes ?

Le Pr Augustin Loada, ministre de la Fonction publique dans le gouvernement de transition, doit s’atteler à corriger les dysfonctionnements dans l’organisation des concours de la Fonction publique et veiller à une meilleure utilisation des agents publics aux tâches pour lesquelles ils sont recrutés et payés.
Des fonctionnaires qui sont payés à ne rien faire, il en existe dans la Fonction publique burkinabè. Nombreux sont les anciens directeurs ou chefs de service qui ont été remplacés sans être affectés. Ils se tournent les pouces, profitent des ateliers et séminaires pour se faire de l’argent.
On rencontre également une autre race d’agents publics qui ne servent pas. Ceux-là ont déserté les bureaux pour s’occuper de leurs affaires. Si on prend le cas des médias publics, combien de journalistes sont affectés à Sidwaya, à la télé ou à la radio nationale? Mais dans la réalité, une poignée de personnes travaillent sans que l’on ne sache ce que font les autres. La télé nationale et sa web diffusion ont plus d’agents que canal3 ou BF1. Mais ces deux chaînes privées concurrencent la chaîne publique en matière d’informations. L’Observateur paalga, Le Pays et les autres quotidiens n’ont pas l’effectif de Sidwaya, mais ils informent parfois mieux que Sidwaya. Doit-on continuer à recruter des journalistes alors qu’une partie chôme? 
Dans la Fonction publique, il suffisait d’appartenir au parti majoritaire pour être payé à ne rien faire ou venir au service pour faire des affaires. La femme d’un ex-ministre de la République, un cadre A, affectée dans un service, ne vient au bureau que pour entrer en possession de son carburant et des autres avantages. Pourtant, dans ce service, plusieurs dossiers économiques y sont traités.
Le cas d’un autre agent est aussi illustratif. Il travaille dans une association, mais continue de percevoir son salaire de fonctionnaire public et bénéficie du carburant comme les autres. Et ces nombreux fonctionnaires devenus consultants qui désertent les bureaux pour ouvrir leur cabinet ou vendre leur savoir-faire aux cabinets privés? Ce personnel enseignant ou de santé qui passe plus de temps dans les établissements et les cliniques privés. Ces travailleurs qui arrivent toujours en retard, s’ils ne se caractérisent pas par leur absentéisme. La liste est longue.
Les textes encadrent le travail extra-services des agents publics. La loi doit être appliquée. Pour y arriver, le ministre de la Fonction publique se doit d’être rigoureux. La Fonction publique ne compte pas plus de 150 000 agents. Tracer leur position et évaluer leur contribution au travail est facile.
L’enrôlement biométrique réalisé en 2012-2013 a identifié 140 077 agents, soit 130 761 agents toujours en activité, 5 479 en détachement, 936 en disponibilité/suspension de contrat, 2 901 agents en cessation définitive de fonction. Des agents fictifs ont aussi été identifiés. C’est déjà une bonne base de travail.
La Fonction publique ne peut pas continuer à recruter dans certains corps alors que des personnes sont payées par les ressources publiques à ne rien faire. Il y a lieu de recycler un bon nombre de fonctionnaires qui cumulent plusieurs années d’expérience et les redéployer. On comprend aisément la position des Instituts de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale) qui avaient proposé le système de contractuel dans la Fonction publique. Ce système permettait de rompre à tout moment le contrat d’un travailleur défectueux. C’est aussi au regard de cette situation que ces mêmes institutions avaient proposé la privatisation de certaines sociétés parce que les charges dépassaient le rendement. Des compressions de personnes ne sont-elles pas intervenues après la privatisation de certaines entreprises?
Quel travailleur du secteur privé, des ONG peut se donner le loisir de s’adonner à d’autres activités ou refuser de travailler et rester à son poste? Pourtant, ce sont les mêmes compétences que l’on retrouve aussi bien au privé qu’au public et dans ces ONG.
Revenons aux concours (directs et professionnels) de la Fonction publique. La session 2015 débutera bientôt avec le dépôt des dossiers de candidatures. On n’oublie pas que les sessions passées ont été émaillées de fraudes. En témoignent les annulations et reprises de certaines compositions et les procès qui ont suivi.
Chaque année, des rumeurs font état de circuit de fuite de sujets pour ce qui concerne les épreuves de certains concours, comme la douane, l’Enaref, etc. La transition doit mettre fin à cette pratique, s’il s’avère qu’elle existe, afin de donner à tous les Burkinabè les mêmes chances d’accéder à un emploi.

Djénéba Sangaré

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Dialogue

Sur un air de valse

Elle est l’actuelle Directrice générale de la Caisse nationale de sécurité sociale, la CNSS. Juriste de formation, elle est aussi une CDPiste bon teint qui, jusqu’à une période toute récente, s’assumait totalement dans ses choix et ses options politiques.
Au sein du parti de Blaise Compaoré, elle a même tenté de briguer un poste de député, alors même que sa candidature était aussi contestée que celle d’un autre cacique de l’ex-parti au pouvoir. Boureima Badini, pour ne pas le nommer. Finalement elle n’aura pas obtenu le siège qu’elle convoitait à l’hémicycle.
 Pour autant, et contrairement à ses autres camarades du CDP, elle a conservé son fauteuil de DG. Du moins pour l’instant. Pour autant, ce ne sont pas les critiques qui manquent à l’intérieur de la maison CNSS. Même si madame la DG fait pour l’instant des pieds et des mains afin de rester dans son sujet.
A la Direction du parc automobile de l’Etat également, c’est un autre cadre du CDP, l’ex-parti majoritaire, qui tente de se faire oublier. Dans cette atmosphère empreinte de chamboulements, Jacob Daboué pourra-t-il continuer de jouer tranquillement les airs qu’il affectionne tant? Wait and see.
Toujours est-il que le compositeur de l’hymne du CDP attend, lui aussi, de savoir ce que les autorités de la transition lui réservent, précisément par rapport à la suite des événements politiques au Faso.
 A moins que l’homme ne se décide finalement, et comme bien d’autres avant lui, à franchir le pas et à se chercher de nouveaux points de chute. Toute chose qui ne manquera pas de susciter des vagues.
De la CNSS au parc automobile de l’Etat, l’heure est donc à l’attente en ce moment. Par rapport à la vague de changements actuels au sein de l’administration. Mais également en lien avec les velléités de rebondissement de l’ex-parti présidentiel, aujourd’hui en pleine déroute. De quoi mettre les uns et les autres dans une situation des plus inconfortables.

Somkinda: Alors, le grand maestro international, on dit quoi? Tu as la pêche apparemment, à ce que je constate. Tu devrais songer à composer une chanson autour de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.
Daboué: Quoi? Dis-moi que tu ne parles pas sérieusement, camarade!
Somkinda: Pourquoi donc? Tu as toutes les qualités et les compétences requises pour le faire. Comme tu l’as d’ailleurs fait avec brio au CDP. Lorsque Blaise était encore l’homme fort du pays.
Daboué: Non, c’est trop tôt pour l’instant.
Somkinda: Et pourquoi donc?
Daboué: On me prendrait pour un gâteau.
Somkinda: Un Judas, tu veux dire!
Daboué: Hey! Faut pas aller chercher des poux sur la tête d’un crâne rasé! Je n’en dirai pas davantage.
Somkinda: En tout cas, moi, pour l’instant, je tiens ferme. Et je ne vais pas me laisser faire. Je suis là et je veux y rester. Si les gens ont voulu modifier leur chose et ça n’a pas marché, ça c’est leur problème, hein! Ou bien, maestro?
Daboué: Euh... Oui, en effet. Mais chut... Il faut parler moins fort. On pourrait nous entendre à quelques pas d’ici.
Somkinda: Ah oui! Tu as bien raison. Je comprends ce que tu veux dire. C’est vrai également que par ces temps qui courent, il ne fait pas bon être DG de l’ancien régime, hein!
Daboué: Toi-même, tu connais la réalité et puis tu parles ainsi!
Somkinda: Mais comment on va faire, alors? Tu penses qu’on doit commencer à ranger nos cartons, nous aussi?
Daboué: Pour l’instant, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de continuer à cultiver notre petit jardin de discrétion.
Somkinda: Et tu penses que ça suffira?
Daboué: Euh... J’en sais rien, moi. Mais au moins faisons comme tous les autres, alors!
Somkinda: Faire comme tous les autres, tu dis bien?
Daboué: Ab-so-lu-ment!
Somkinda Et que devons-nous faire, justement?
Daboué: Bèh, rien de mal. Juste attendre le prochain conseil des ministres!

Propos recueillis, au siège de la CNSS à Ouaga, par JJ

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