Journal du Jeudi N°1235 du 21 au 27 mai 2015


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Prolongation de la Transition: jamais! Pas un seul jour de plus!
FEDAP-BC: bye-bye pour le bail d'un objet politique non identifié
Dialogue: pour un désarmement des discours de campagne?

Prolongation de la Transition

Jamais! Pas un seul jour de plus!

La Transition prend fin le 17 novembre prochain. Mais au fur et à mesure que l'échéance approche, des voix s'élèvent pour exiger sa prolongation. Quelles qu'en soient les raisons avancées, cette Transition ne doit pas excéder la date prévue.
Selon les défenseurs de la prolongation de la période de transition, l'opération «mains propres» entamée et qui se caractérise par des arrestations, des détentions et déferrements dans des maisons d'arrêt, doit se poursuivre. Ces personnes disent ne pas avoir confiance aux autorités qui seront démocratiquement élues à l'issue des élections couplées présidentielle et législatives du 11 octobre 2015. N'ayant aucune garantie que celles-ci vont poursuivre le processus entrepris, elles souhaitent que la Transition termine le travail avant de passer la main. D'autres raisons sont évoquées par d'autres voies pour demander la prolongation de la Transition.
La prolongation de la Transition n'est pas un sujet nouveau. On se souvient que des Burkinabè de l'étranger avaient émis cette idée afin de leur permettre de voter. Leur participation au vote supposait que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) puisse les enrôler alors que le temps imparti à la CENI était relativement court. Là-dessus, le Président de la Transition, Michel Kafando, avait tranché: cette élection ne sera pas reportée et les Burkinabè de l'étranger n'y participeraient pas.
Voilà qu'au moment où la CENI s'attelle à boucler la révision exceptionnelle du fichier électoral le débat refait surface. Cette fois-ci, il a été posé par des gens aux premières loges de cette Transition, ou qui se jouent les conseillers occultes. Des gens qui ont tout fait pour gagner la bataille médiatique leur faisant passer pour les héros de l'insurrection. Leur opinion semble, selon certaines indiscrétions, avoir un écho favorable au côté du ministère de l'Administration. Le Premier ministre, Issac Zida, et surtout le Président de la Transition, Michel Kafando, se laisseront-ils faire?
A ceux qui souhaitent voir la prolongation de la Transition à cause de l'opération «mains proches», nous leur rappelons que l'Etat est une continuité. C'est au nom de cette continuité que les autorités de la Transition se sont basées sur les rapports des institutions de veille et de contrôle, produits avant leur entrée en fonction, pour engager leur fameuse opération. Les différentes institutions et structures de contrôle et de veille comme la Cour des comptes, l'Autorité supérieure de contrôle d'Etat (ASCE), la Commission parlementaire sur les marchés publics, les inspections techniques (finances, budget, trésor, douane, impôt) ont été mis en place sous Blaise Compaoré. Elles ont produit des rapports révélant des malversations et irrégularités de gestion d'anciens ministres, anciens Directeurs généreux, maires, etc. sous Compaoré. Ceux-ci sont poursuivis dans le cadre de l'opération «mains propres» sur la base des rapports des institutions et structures au nom de la continuité de l'Etat.
Si certains rapports lui ont été remis et rendus publics (cour des comptes, ASCE), ce n'est pas le cas d'autres (inspections techniques). Ce qui signifie que la Transition n'est pas l'auteur des rapports incriminant la gestion de l'ancien régime. On peut même dire que Compaoré a coupé le fouet pour la Transition qui l'utilise pour chicoter ses anciens collaborateurs.
Au lieu de perdre leur énergie dans des choses inutiles, les autorités de la Transition devaient au moins songer à produire des résultats en matière de bonne gouvernance. Qu'elles communiquent sur le nombre de rapports d'inspections produits. Que la justice évalue sa contribution à la lutte contre la mal-gouvernance sous cette Transition.
Rien que sur la base des dénonciations des médias, le ministère de la Justice et son parquet sont en mesure d'engager des poursuites judiciaires. A croire que les états généraux de la Justice, qui ont coûté 400 millions de francs CFA, n'ont permis qu'à des participants d'empocher juste des perdiems.
La Transition doit tenir dans les délais. La situation actuelle du Burkina Faso fait que de nombreux investisseurs observent une certaine prudence à venir investir dans le pays. Ils craignent des votes de lois contraignantes. Le Burkina Faso, malgré les assurances de son président, est considéré comme un pays à risque pour l'investissement. Alors que, sans les investissements étrangers, le pays ne dispose pas de moyens pour mettre en place des projets industriels, miniers, etc. de grande envergure. Nous sommes tous témoins de l'accroissement des richesses du pays depuis que l'or du Burkina attire les investisseurs.
La Transition ne doit pas non plus être prolongée parce que certains amis du Burkina Faso, communément appelés les partenaires techniques et financiers (PFT), ont presque gelé leur aide, attendant la mise en place d'un gouvernement démocratiquement élu pour revenir.
La prolongation de la Transition est défendue par une partie de cette soi-disant société civile qui dicte ses désirs sous cette Transition. Et c'est surtout honteux de voir les autorités de cette Transition s'agenouiller à leurs pieds. Si ce n'est pas pour continuer à jouir des avantages indus de cette Transition, nous ne voyons pas pourquoi elle  doit être prolongée un seul jour.

Djénéba Sangaré

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FEDAP-BC

Bye-bye pour le bail d'un objet politique non identifié

Fin de bail ou de parcours -attendue et prévisible- pour la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré, la FEDAP-BC. L'OPNI, entendez par là "objet politique non identifié", a été officiellement dissout par le gouvernement de transition, tandis qu'au sein de l'ancienne majorité, on réclame qu'il en soit de même ailleurs, suivez notre plume...
La dissolution de la FEDAP-BC a été l'un des points essentiels qui ont retenu l'attention de l'opinion dans le compte-rendu du conseil des ministres du 13 mai 2015. Cette date restera à jamais gravée dans la mémoire politique du pays. Et pour cause, une association comme la FEDAP-BC dissoute, cela était attendu et réclamé par une partie des Burkinabè. Mais en réalité, cette «OSC chauve-souris» ou «granivore» -comme certains la qualifiaient ironiquement- proche du CDP, avait donné des verges pour se faire fouetter.
En 2007, à sa création, elle avait une seule ambition:  redonner une belle image à Blaise Compaoré. Ce dernier voulait s'offrir une virginité politicienne après le tragique événement du 15 octobre 1987 suivi, plus tard, en 1998, par la boucherie de Sapouy et de bien d'autres crimes. Pire, pour Compaoré, en 2007, Mariam Sankara rentrait pour les 20 ans de l'assassinat de son mari. Le régime (déchu), n'ayant pas supporté cela, a préféré créer sa chose pour tenter de reprendre du poil de la bête au niveau de sa communication.
En 2008, au premier anniversaire de la FEDAP-BC, l'outrecuidance a été poussée à son paroxysme jusqu'à célébrer cet anniversaire dans le courant du 15 octobre. Une attitude perçue comme provocatrice, voire culottée, dans les milieux sankaristes! Pour effacer la mémoire de Thomas Sankara? Sans doute, diront certains. Mais rien n'y fit...
Blaise Compaoré, salué par ses thuriféraires comme le rassembleur, le médiateur, l'homme de paix et de dialogue, le promoteur des droits humains, le bâtisseur, bref, était prêt à tout pour entrer dans les bonnes grâces de la communauté internationale. Tout était mis en œuvre pour ne mettre en valeur que les qualités du Capitaine. Et cela, les Fedapbcistes devaient y contribuer, appuyés dans leur démarche par les feuilles craquantes et sonnantes qui tombaient de Kosyam.
Le 13 mai 2015, nombreux sans doute sont ceux des Burkinabè qui ont donc vu dans la décision du conseil des ministres un certain soulagement. Pour ces derniers, il s'agissait ni plus ni moins que d'une entreprise de salubrité politique.
Du reste, ses principaux responsables savaient leur mouvement en sursis. Un dicton affirme d'ailleurs que «la fin de la saison pluvieuse est toujours précédée d'orages». Aussi la fin de la FEDAP-BC a-t-elle été précédée d'actions qui ont parfois irrité au plus haut point. Comme si elle savait pertinemment que son sort était intimement lié à celui du régime qu'elle servait.
En effet, la FEDAP-BC, aux dernières heures du règne de Blaise Compaoré, s'est illustrée de façon très négative en prenant fait et cause pour la modification de l'article 37 dans un discours sans concession. Et ce n'est donc pas étonnant qu'avec le gouvernement de la Transition cette association hybride et «politicienne» soit rayée du paysage associatif burkinabè.
Mais en réalité, c'était un secret de Polichinelle, cette dissolution. D'abord, l'existence même du mouvement ne se justifiait plus dès lors que le Blaiso national, l'objet de son activisme, n'était plus aux commandes.  Alors, par qui allait-il promouvoir la paix et autres valeurs, puisqu'il n'existait que par son mentor?  Ensuite, les dérives politiques de son parrain l'ont conduit à sa perte. Dès lors, il ne lui restait plus qu'à tirer les conséquences de sa turpitude. Même si certains parmi l'ex-majorité réclament désormais la même rigueur avec d'autres associations qu'ils estiment fautives.
En tout cas, c'est une autre page de l'histoire politique et/ou associative du Burkina qui vient d'être ainsi tournée. C'était d'ailleurs une exigence formulée aussi bien par des leaders politiques que par la société civile ayant contribué à l'insurrection populaire d'octobre 2014. L'ex-CFOP, qui en avait fait la demande au ministre Bougouma, n'avait pas eu de suite favorable. Avec Barry, c'est désormais chose faite.
Alors, si l'insurrection a eu pour but de redonner à la politique au pays des Hommes intègres un autre goût, il va falloir, dès maintenant, prendre les mesures les plus courageuses. Cela incombe inévitablement au ministère en charge des libertés publiques, qui doit s'y pencher sérieusement.
Si la FEDAP-BC a été dissoute après enquête, il n'y a pas de doute que d'autres OPNI doivent également se déterminer. Comme souligné plus haut, certains membres de l'ancien pouvoir compaoréiste en ont fait leur cheval de bataille. Passé le cas des amis de Blaise Compaoré, d'autres actions sont-elles possibles dans le contexte actuel? Pourquoi pas, mais le problème avec la FEDAP-BC -qui ne prenait pas de gant dans son affaire-, c'est qu'elle se réclamait association en théorie mais soutenait, dans les faits, et à coups de vuvuzuelas, un Homme politique. Et de ce fait agissait au vu et au su de tout le monde comme un parti politique. En témoigne l'OPA qui a finalement été faite sur le CDP. Autant dire que les défenseurs ne se bousculeront pas forcément au portillon pour lui porter secours. Surtout si, au lieu de plaider son cas, elle se borne à mettre à l'index les autres. C'est connu, nul n'est censé ignorer la loi.

A. Traoré

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Dialogue

Pour un désarmement des discours de campagne?

Ancien ministre et historien de renom, Domba Jean-Marc Palm est l'un des principaux démissionnaires de janvier 2014 du Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP. Actuellement cadre du Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP, il en est le 3e vice-président.
Aux premières heures de contestation au sein de l'ancien parti majoritaire, c'est lui, Jean-Marc Palm, qui faisait office d'avocat défenseur des démissionnaires. Expliquant en long et en large la stratégie utilisée par lui et ses camarades pour claquer la porte au nez des Compaoré. Passé la démarche explicative, le chercheur s'est un peu éclipsé pour laisser la place à Salif Diallo et Simon Compaoré. Ces derniers, on ne le sait que trop, sont engagés dans un tour politique du Faso en quête de voix, en vue des prochaines élections d'octobre 2015.
Louis Armand Ouali, par contre, est l'un des lieutenants de Zéphirin Diabré à l'Union pour le progrès et le changement, l'UPC. C'est L'homme qui n'hésite pas à monter au front pour empoigner le crachoir public. Ancien élu au verbe trempé sous l'ancien régime déchu, Louis Armand Ouali est un animateur des plénières au CNT.
A ce que l'on dit de lui, l'homme serait capable de se faire élire sous n'importe quelle couleur  politique! Autant dire alors que c'est un pion essentiel pour l'UPC, dans la perspective des élections à venir.

Entre Jean-Marc Palm et Louis Armand Ouali, c'est une affaire d'élections dans laquelle personne ne fera de cadeau à l'adversaire. Et ce sera tant mieux pour le débat public, si la forme et le fond y sont.

Palm: Camarade, vous avez déclenché les hostilités avant l'heure, à ce que je constate. Ce n'est pas ce qui était convenu entre nous.
Ouali: Camarade, ne serait-ce pas plutôt vous qui avez ouvert le feu des critiques? Et puis, vous le savez bien, le lion n'a pas pour habitude d'attaquer en premier, ici au Faso.
Palm: Oh! mon cher, le lion est trop susceptible! Ce n'était pas vraiment une attaque comme vous le pensez, juste un essai politique et pas nucléaire. D'ailleurs, toi-même, tu connais Gorba, quand il est lancé on ne peut plus l'arrêter. Il est comme ça, depuis toujours!
Ouali: Justement, voilà pourquoi nous avons réagi avec un simple tir de dissuasion. Pour que les forces soient en équilibre.
Palm: Cela dit, je ne t'entends plus ces derniers temps, là. Ou bien il y a trop de choses à faire dans ton CNT?
Ouali: Bèh, toi aussi, tu ne dis plus rien, hein! On dirait que les choses ont changé également de votre côté. Toi qui expliquais abondamment les raisons de votre fuite du bateau battant pavillon CDP.
Palm: Rien n'a changé dans aucun côté. Nous poursuivons tranquillement notre marche victorieuse vers Kosyam. Le bateau est aux couleurs rassurantes du MPP.
Ouali: Tu peux toujours causer, mon cher! Un lion reste un lion. Mais il semble aussi que qu'on t'a aperçu à la Convention des Sankaristes. Un brin de nostalgie ou quoi?
Palm: J'ai été envoyé par mon patron pour le représenter, mais j'avoue que je me sens bien dans le discours du gars-là.
Ouali: Je te vois venir; tu ne vas pas démissionner encore, toi?
Palm: Tu rêves ou quoi? Nous sommes plus proches de Kosyam que ces gars aux poings levés?
Ouali: Je te rappelle que nous aussi, nous ne sommes plus très loin de Kosyam. Les clés sont à portée de main pour nous.
Palm: Puisque Gorba a dit que Roch sera à Kosyam en octobre 2015!
Ouali: Du calme, camarade, Zéphirin y est presque... Depuis cinq ans il y pense en se rasant tous les matins.
Palm: Donc tu penses que vous allez gagner?
Ouali: En douterais-tu, par hasard?
Palm: Ce qui est sûr et pour l'instant, je pense que nous devrions réactualiser notre pacte de non-agression.
Ouali: Ça me semble une bonne base de négociation. Je vais en parler à Gorba pour voir ce qu'il en pense. Il est sorti pour un meeting de précampagne!

Propos recueillis, au stade du 4-Août, par JJ

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