Journal du Jeudi N°989 du 2 au 8 septembre 2010


Logo Digest

Déluge du 1er septembre: un an après, les sinistrés attendent toujours «l'arche de Noé»
Site aurifère: de l'espoir à la désolation
Dialogue: à malin, malin et demi!

Déluge du 1er septembre: un an après

Les sinistrés attendent toujours «l'arche de Noé»

Ce mercredi marque le 1er anniversaire du grand déluge qui s’est abattu, le 1er septembre dernier, sur Ouagadougou. Les traces de la catastrophe naturelle sont d’autant plus vives qu’elles sont encore observables dans plusieurs quartiers de la ville. Parmi les hommes et les femmes qui l’ont subi ce jour-là, il y a toujours un bon nombre, sinon la grande majorité, qui n’ont pas encore reconstitué les moyens de subsistance qui étaient les leurs avant la pluie diluvienne qui a fait basculer leur vie.
Des inondations comme la génération présente n’en a jamais vu. Les estimations officielles faisaient état de 150 000 personnes directement ou indirectement victimes de la furia des eaux. Certains ont tout perdu. Leurs habitations (précaires ou définitives) se sont effondrées sous leurs yeux, les laissant sans la moindre couverture sur le corps. La désolation était à son comble dans les secteurs les plus touchés. Tout le gotha politique, administratif et économique s’est mobilisé pour apporter du secours aux sinistrés. Des appels ont été lancés en direction de la communauté nationale et internationale. Des bonnes volontés se sont mobilisées. Les besoins ont été officiellement chiffrés à plus de 70 milliards. Qu’a-t-on réellement fait avec les fonds qu’on a pu collecter?
Le bel élan de solidarité nationale et internationale suscité par les inondations a même fait rêver à la construction diligente d’une «arche de Noé» pour recaser les milliers de sinistrés qui ne savaient plus à quel saint se vouer. Hélas! Au lieu de l’arche, les plus chanceux ont reçu une aide en nature de 30 paquets de ciment, 20 tôles et un appui financier de 50 000 F CFA. Une goutte d’eau dans la mer de galère. Et puis, lorsque le site de réhabilitation se trouve à l’autre bout de la ville, les chefs de ménage perdent leurs repères, y postent femme et enfants, en attendant de trouver les moyens d’aller les rejoindre.
Comme pour ne rien arranger, de nouvelles inondations se produisent, cette année encore, dans les régions du Centre-Nord, de l’Ouest et de l’Est du pays, faisant plus encore des sinistrés. Alors que ces populations, essentiellement paysannes, imploraient leur ciel pour une bonne pluviométrie, ce sont des inondations qui leur coupent l’herbe sous les pieds. En pleine période de soudure, les pluies diluviennes sont venues détruire les cultures et noyer le cheptel. Pour beaucoup d’entre eux, tout est à refaire. Après le déluge, les écoles deviennent le lieu idéal de refuge. Mais il va falloir vider les lieux parce que la rentrée des classes c’est pour bientôt. Que deviendra ce nouveau lot de sinistrés?
Le moins que l’on puisse dire, c’est l’espoir de réhabilitation suscité l’année dernière qui est incontestablement en deçà des attentes. Les cafouillages, les tergiversations et les hésitations observés tout au long du processus de réhabilitation ont achevé de convaincre que le gouvernement n’avait ni l’intention, ni, peut-être , les moyens de bâtir la véritable «arche de Noé» qui poserait les fondations d’une solution globale au problème d’urbanisme et de logements (sociaux) qui se pose à la ville de Ouagadougou. Une fois encore, on s’est contenté de palliatifs momentanés. Au lieu d’attaquer le problème à sa racine, on a dû se contenter du saupoudrage... Fuite en avant?
Certes, on peut dire que la construction de logements n’est pas (ou n’est plus, c’est selon) dans les prérogatives du gouvernement. Soit. Mais à quoi ça sert de distribuer des parcelles à des gens visiblement démunis sans leur donner les moyens conséquents de se reloger? Il suffit de faire un tour sur le fameux «site de réhabilitation» de Yagma pour constater qu’il y a toujours plus d’abris provisoires que d’habitations véritables. Après le chemin de croix que la plupart ont dû endurer pour entrer en possession de la fameuse «aide de l’Etat», certains se sont retrouvés dans un véritable dilemme qui consistait à brader leur dotation en matériel de construction pour survivre ou entamer une construction qu’ils ne pourraient pas achever. Comme on devait s’y attendre, ils ont préféré survivre sous une tente que de continuer à errer sans toit.
La gestion de l’après-sinistre, voilà là où on attendait le gouvernement. Malheureusement, il est difficile de dire que les plaies du 1er septembre 2009 ont été effectivement pansées et que l’on a pris non seulement les mesures curatives qu’il faut, mais aussi des dispositions préventives pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. La preuve la plus patente - et choquante - est la persistance de l’occupation des zones notoirement inondables que sont les abords du barrage de Tanghin. Selon les habitants, un recensement a été organisé après les dernières inondations et un tirage au sort a même été organisé pour leur attribuer de nouvelles parcelles en vue de leur déguerpissement dans la zone de Pazani, dans les environs de Tampouy. Seulement voilà, ces habitants attendraient toujours leurs indemnisations avant de quitter les lieux. Certains seraient même allés se renseigner auprès de la mairie d’arrondissement de Baskuy, de la commune et du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. Mais personne n’est en mesure de leur donner un délai exact. Conséquences: ils sont encore là, attendant que de nouvelles pluies diluviennes viennent emporter le reste des pans de murs qui leur servent d’abris. Seraient-ils oubliés par les autorités communales et gouvernementales ou celles-ci tenteraient-elles de jouer avec le feu? Un an après le déluge du 1er septembre, il y a bien des leçons qu’on n’a pas encore tirées. Rien donc d’étonnant, si Noé peine toujours à achever son arche salvatrice.

F. Quophy

Retour en haut de page

Vie chère

De la valse des prix au tango du gouvernement

Chassez le naturel de la vie chère, et il revient au galop. Cette remarque pourrait bien s'appliquer au contexte national burkinabè. En cause, une hausse vertigineuse du coût de la vie, avec en prime des pénuries de produits de première nécessité, que le gouvernement tente péniblement  de juguler.
Dures, dures, ces vacances 2010, pour les poches des Burkinabè. Mais surtout pour leur moral. Eh oui, l'affaire est grave. Difficile de trouver des produits de consommation à des prix abordables sur le marché local.
A gauche, à droite, dans les grandes surfaces tout comme dans les boutiques de quartier, et même chez les tabliers les plus douteux, c'est le yoyo général. Les prix ont emprunté l'ascenseur.
C'est le cas du sucre, dont on connaît pourtant l'importance en cette période si particulière du jeûne musulman. Abondamment sollicité, le produit voit sa demande croître. Ce qui en principe devrait se traduire par une disponibilité à un coût assez raisonnable.
Mais, visiblement, il en fallait plus pour attendrir le monde économique burkinabè. Lequel, on s'en doute aisément, est loin d'être celui de la philanthropie. Mais tout de même! Faire ainsi les poches à des citoyens dont le pouvoir d'achat est réduit à sa plus simple expression par la conjoncture, voilà qui est bien dommage! Le risque étant de compliquer davantage la situation de millions de personnes qui sont loin d'être des proches de Crésus.
Surtout que l'enchaînement est manifestement infernal: à la pénurie de gaz butane s'est ajoutée l'augmentation du prix du carburant. Ce qui, par effet d'entraînement, provoque inévitablement le renchérissement du coût de la vie. On connaît l'incivisme notoire qui caractérise nombre de nos concitoyens, toujours à l'affût. Ces derniers, devenus par la force des choses des spécialistes des répercussions immédiates de hausse, auront vite fait de s'illustrer encore une fois, de la plus mauvaise des manières.
Le problème, c'est que le plus dur reste à venir. Et pour cause, dans deux semaines, ce sera la fin des vacances scolaires. Une période qui rime naturellement avec sacrifices, et donc dépenses. Scolarités, fournitures, accessoires, transport, alimentation, cotisations diverses, mais aussi endettements, seront inévitablement à l'ordre du jour, dès cette rentrée, si ce n'est déjà le cas.
C'est clair, la bourse des parents d'élèves va donc saigner. Autant dire que la surchauffe sociale est à craindre. D'où l'initiative prise par le gouvernement de communiquer, question de faire baisser un peu la pression.
Dans le fond, la stratégie de défense adoptée par les autorités n'a pourtant pas varié d'un dossier à un autre. Elle consiste à s'aligner derrière l'effet de conjoncture continentale, voire internationale, pour donner la preuve de sa bonne foi. C'est le cas à la Sonabhy, la nationale des hydrocarbures. Son patron, Jean Hubert Yaméogo, espère religieusement que tout sera remis en ordre d'ici peu. Quand exactement? Personne ne le sait et n'est en mesure de le dire.
Le dernier communiqué de la société n'a pas été précis sur ce point. Aucune date probable n'a été avancée. Rien qui puisse indiquer un intervalle de temps à scruter. Tout au plus en appelle-t-on à la patience de la population.
Cotonou nous ayant momentanément fermé les vannes de sa gentillesse, pour on ne sait combien de mois, d'autres possibilités, dit-on, seraient en train d'être explorées. C'est notamment le cas de la piste ghanéenne, perçue comme une possible alternative crédible. Elle pourrait, si elle s'avérait concluante, nous aider à pallier les difficultés d'approvisionnement actuelles, selon les assurances fournies en haut lieu.
Sauf qu'en attendant un hypothétique retour des vaches grasses, c'est la vraie galère en ce moment pour  les consommateurs burkinabè, dans leur grande majorité. Ces derniers, à l'évidence, cachent de plus en plus mal leur colère face au durcissement du «viima ya kanga». Et même qu'ils le font savoir publiquement.
Leurs angoisses sont compréhensibles, à dire vrai. Car un peu partout en ce moment, c'est le pied de guerre, pour tenter de trouver de quoi faire le plein de sa bouteille, pour ceux qui ont la malchance d'être en rupture. Pour les autres, par contre, c'est le moment de se serrer la ceinture, en réduisant de façon sensible la consommation de gaz domestique. Question de gérer au mieux cette période délicate qui s'est invitée dans le quotidien des ménages.
De l'étudiante amatrice de chaleur hydrique à la vendeuse de beignets assise au bord de la voie publique et abonnée aux miracles de la bonbonne, chacune espère pourtant  encore. Elle veut croire que tout ceci n'est qu'une mauvaise blague. Il faut pourtant se rendre à l'évidence, et se retrousser plutôt les manches. Car cette fois-ci, c'est du sérieux!
Dans sa stratégie de riposte, le gouvernement burkinabè a envisagé un certain nombre de mesures, tendant à maîtriser la situation dans un bref délai. Dans cette perspective, un contrôle des prix n'est pas à exclure, selon la version officielle. Par rapport au constat général sur l'évolution de la situation, le ministre Léonce Koné, chargé de la mission délicate d'explication, a semblé pourtant ne pas très bien comprendre son propre texte.
Selon toute vraisemblance, l'optimisme n'a pas totalement refait surface chez les Burkinabè, si l'on en juge par leurs différents points de vue. Ils attendent de toucher du doigt l'effectivité des mesures de décrispation annoncées. 

A. Traoré

Retour en haut de page

Dialogue

À malin, malin et demi!

L'UNDD, à la tête de laquelle maître Hermann Yaméogo ne semble pas disposé à faire économie de la pugnacité qu'on lui connaît pour "pimenter" la campagne à venir, est non partante pour la présidentielle prochaine. "Maître" aura mis du temps pour expliquer à ses militants pourquoi il avait décidé de briser avec fracas ce tandem, pourtant envié, en son temps, dans la sous-région...
Pour l'heure, ce sont les motifs qui auront poussé Hermann Yaméogo à s'imposer une année sabbatique qui font l'objet de commentaires divers. Pour nombre de militants, qui auraient sans doute voulu, encore, crier U-N-D-D, ce sera donc l'attente... pour 2015?
Comme son frère et ami que de nombreux liens unissent, Gilbert Ouédraogo aura connu très tôt les difficultés qu'entoure la passion de servir son pays, en politique. C'est ainsi qu'il succède à Hermann Yaméogo à la tête du "parti de l'éléphant".
Au contraire de son frère Hermann qui a effectué une "entrée-sortie" dans les couloirs de l'exécutif du Faso, Gilbert, dont on pensait qu'il aurait pu être chef de file de l'opposition, aura provoqué de nombreux questionnements, en entrant au gouvernement. Simple collaboration ou vision stratégique?

La "fusion circonstancielle" que vient d'effectuer l'ADF-RDA par son soutien à la candidature de Blaise Compaoré ne manque pas d'étonner, d'animer bien des débats! Et Hermann Yaméogo cherche à comprendre...

Hermann: Alors, tu es décidé à préférer le "trois-pièces" au détriment de la robe!
Gilbert: Oh! Toi, tu as "largué" la tienne depuis belle lurette! Non... pour moi, l'essentiel reste d'être utile là où je me trouve; où l'histoire me place...
Hermann: Mais oui! Seulement, n'oublie pas les luttes que nous avons menées!
Gilbert: Attention, toi, tu en as tellement mené qu'on s'y retrouve difficilement!
Hermann: Bien sûr... Quand on lutte pour la démocratie, diverses étapes s'imposent!
Gilbert: Ah... Voilà pourquoi, aujourd'hui, tu en es à la refondation!
Hermann: Je vois que tu apprends très vite les leçons que tu reçois!
Gilbert: Parce qu'il y a des leçons que je reçois? J'aimerais bien savoir de qui! Tu sais bien qu'au sein de notre parti, la liberté d'expression est sacrée, que les décisions sont prises par vote ou par consensus...
Hermann: Je le sais tellement  bien, pour l'avoir dirigé, et appris qu'en politique rien, alors rien, n'est joué à l'avance...
Gilbert: Que veux-tu dire exactement? N'oublie pas qu'il fut une époque, ici, où tout le monde était RDA! Je pense que le plus vieux parti du pays a une certaine sagesse à professer...
Hermann: Humm... Combien pourraient-ils te suivre dans pareil raisonnement?
Gilbert: Et pourtant! Tu sais bien que notre assiette politique est grande...
Hermann: Oh... J'ai vu qu'à la cérémonie d'investiture de votre candidat, y avait de beaux lots...
Gilbert: Ça veut dire quoi, des lots?
Hermann: Ecoute, il faut de tout pour faire un monde, non? Alors, je parie qu'il y avait, là-bas, les partisans, les admirateurs, sans compter les débiteurs de la reconnaissance vis-à-vis du candidat...
Gilbert: Quand je vois qu'il fut un temps où notre candidat et toi c'était "ton pied mon pied"...
Hermann: Je pense avoir été explicite sur la question! Ce n'est pas pour rien qu'il y a, de plus en plus, des partisans de la refondation!
Gilbert: Ça, c'est toi qui le dis! Notre parti ne dérogera jamais à ses principes de tolérance et de gestion des malentendus par le dialogue...
Hermann: Hélas, cher maître, la réalité est tout autre sur le terrain, et tu ne tarderas guère à t'en apercevoir...
Gilbert: Je pense qu'il te faudra relire, de temps à autre, les notes figurant dans les archives du RDA. Tu y trouveras un nombre important de problèmes, de pièges auxquels certains responsables furent confrontés et comment ils les ont réglés ou évités...
Hermann: Alors, ça veut dire que tu es préparé pour les combats à venir?
Gilbert: Je ne vois pas de quel combat tu veux parler!
Hermann: Laisse-moi rire! J'imagine que si je ne suis plus à la tête de ton parti, si tu as été mis là, c'est sans doute en prévision de 2015 ou 2020!
Gilbert: Oh... Je ne puis empêcher qui que ce soit de penser ce que bon lui semble! Chacun est libre de jouer les charlatans politiques...
Hermann: Je veux bien! Tu sais cependant qu'en politique la place du hasard est quasi inexistante...
Gilbert: Tu comptes sans le débat qui anime la classe politique, à propos de l'article 37...
Hermann: Un problème pour la solution duquel ton parti a donné une "réponse de Normand!"
Gilbert: Tu sais bien quels sont les principes fondateurs du parti!
Hermann: Je ne voudrais pas avoir l'air de te renvoyer à tes bouquins, mais quand on cherche à donner à des institutions républicaines une définition qui cadre uniquement avec ses intérêts, cela s'appelle faire des amalgames, ni plus ni moins.
Gilbert: Je pense qu'il faut asseoir tout le monde et en parler franchement!
Hermann: Je me rends compte que tu as fini par trouver une nouvelle conception de la place de ton parti dans le paysage politique...
Gilbert: Ecoute, pour parvenir à la démocratie, il faut d'abord écouter toutes les voix, non?
Hermann: Et lorsqu'«on prend les mêmes et on recommence», comment on peut appeler ça?
Gilbert: Beaucoup reconnaissent que le Burkina Faso a changé et connaît, chaque jour, des améliorations...
Hermann: Bien sûr! Des améliorations effectuées par la grâce de la désintégration du pouvoir d'achat des Burkinabè! Avec une rentrée scolaire à l'horizon, qui ne sera pas gaie pour certains ménages, une présidentielle sans surprise, je ne sais pas s'il faut te dire courage, ou bonne chance!
Gilbert: Enfin... Je prends acte de ton intention...

Propos recueillis «Av. de la Résistance» par JJ

Retour en haut de page