Journal du Jeudi N°1285 du 4 au 11 mai 2016


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Situation nationale: le Rocco peut-il encore rebondir ?
Alliances politiques au Faso: bienvenue au gomboïstan
Dialogue: des Panama papers au Zidagate...

Situation nationale

Le Rocco peut-il encore rebondir ?

L’histoire politique récente du Faso retiendra qu’il a été élu à un coup K.O. Mais qu’après 100 jours au pouvoir, il a toujours du mal à démarrer au quart de tour comme promis, preuve que «c’est au pied du mur qu’on reconnaît le vrai maçon». A présent que son désormais allié politique, Laurent Kilachiu Bado, a dit qu’il sera «mangé vif» s’il continue à ne rien faire, il y a vraiment lieu de se demander si le Rocco peut encore rebondir. Ou s’il a simplement atteint ses limites.
La question est d’autant plus pertinente que le premier trimestre du règne du trio RSS -entendez Rocco-Simooon-a’Salfo- a consisté à «mettre le mal de la Transition». Comme si tous les maux que connaît le Faso avaient pris leur source dans cette parenthèse politique; comme si les nouveaux tenants du pouvoir nourrissaient un secret regret de ce processus qu’ils ont pourtant cautionné et auquel ils ont participé de bout en bout à travers les ministres qu’ils avaient dans le gouverne-et-ment de Transition, et aussi par les députés qu’ils avaient au Parle-et-ment intérimaire. Que voulaient-ils donc signifier par cette tactique du bouc émissaire?
Pour les uns, cette façon de rejeter systématiquement tous les problèmes sur les Transitaires n’était ni plus ni moins qu’une stratégie pour se dédouaner de leur impréparation à prendre véritablement les rênes du pouvoir.
Les opposants alignés, une fois encore, derrière Zèph n’ont pas hésité à enfoncer le clou en dénonçant ce qu’ils considèrent comme des «tâtonnements, des hésitations, des recyclages d’anciennes mesures de la Compaorose». De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui ont toujours pensé que le RSS étant le concepteur et l’artisan du secret de la longévité du Blaiso au pouvoir, il ne pouvait pas montrer autre chose qu’à reprendre leurs anciennes copies. Ils ne seraient donc pas venus pour une quelconque rupture, mais pour reprendre les choses là où l’ancien régime les avait laissées. Ceci expliquerait leur ressentiment contre la Transition.
Difficile de ne pas le croire. Du moins jusqu’à ce que survienne, en fin de semaine dernière, l’affaire dite de l’annulation -et non de la levée- des mandats d’arrêt contre le Blaiso, le «petit gros d’Abidjan», l’Enfant REK, Fatou Diendéré... Pour le Rocco, c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase dans le bon sens. Et comment donc? Pour une fois, il s’est franchement érigé en défenseur d’un des principaux acquis de la Transition, à savoir l’inculpation de son ancien mentor dans le dossier Thom Sank, ainsi que le lancement de la justice aux trousses de tous les présumés putschistes de septembre 2015.
Depuis la cité de Naaba-Zoungrana où il présidait l’édition 2016 de la Journée nationale du paysan (JNP), la mise en garde du «Gros qui gouverne le Faso» aura été on ne peut plus claire. Tellement claire et vigoureuse qu’on se demande quelle mouche l’a piqué, et pour cause. Il déclara dans un premier temps qu’au nom de la «séparation des pouvoirs», il n’avait pas à «commenter une décision de justice».
Mais il ne s’est pas arrêté là. Il a tout de suite piétiné le principe qu’il venait juste d’énoncer en martelant, sous forme de menace: «Ni Blaise Compaoré, ni ceux qui ont fait le coup d’Etat ne pensent que nous allons lever les mandats d’arrêt pour donner une suite à l’impunité et à la déstabilisation de notre pays.»
Voilà qui est clair et qui donne une image autre du président que celle qu’il a donné à voir jusque-là. Même si on peut déplorer le fait qu’il ait écorné le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire, on peut se réjouir de voir enfin le Rocco s’émouvoir par cette affaire qui défraie la chronique. Pour cela, il a fallu qu’il se trouve à Tenkodogo, loin de Ouagadougou et loin du shadow-président a’Salfo.
Ce qui est sûr, c’est que, pour une fois, le Rocco s’est retrouvé en phase avec l’une des aspirations profondes qui ont poussé à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, à savoir la lutte contre l’impunité. Au regard du lieu symbolique où il a fait cette «courageuse» déclaration, certains observateurs de la scène politique se demandent s’il n’envoie pas du coup un message fort à certains compagnons du Blaiso qui sont mêlés dans le dossier de l’assassinat du capitaine Thom Sank. En tout cas, la JNP de Tenkodogo semble avoir donné naissance à un Rocco nouveau.
Et pas seulement sur le terrain de la justice. Dans ses envolées lyriques au milieu des milliers de paysans réunis pour l’écouter, il s’est permis de lancer la chasse contre les soi-disant «agro-businessmen» qui ont fait main basse sur des terres cultivables à l’intérieur du pays. Séance tenante, il a pris l’engagement de «retirer ces terres» et de les mettre à la disposition de ceux qui méritent de les mettre en valeur. Et cela, au nom de la justice sociale et de l’équité.
Les Burkinabè ne pouvaient pas attendre mieux d’un président démocratiquement élu à l’issue d’une insurrection populaire et d’une transition considérée comme la mieux réussie jusque-là sur le continent. C’est à croire que le Rocco vient d’amorcer une nouvelle étape de son pouvoir. Et qu’après 100 jours d’une gouvernance au gasoil, le Gros de Zorgho décide de changer d’énergie afin de passer à la vitesse supérieure. C’est tant mieux pour lui et pour certains de ses alliés qui commençaient à émettre de sérieux doutes sur sa capacité à faire bouger les lignes dans le bon sens. Pourvu maintenant que le nouvel élan dure. Et aille jusqu’au bout.

F. Quophy

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Alliances politiques au Faso

Bienvenue au gomboïstan

Etre ou ne pas être de la majorité présidentielle. Telle semble être la ligne de conduite adoptée par les acteurs politiques burkinabè depuis l’arrivée aux affaires du Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP. Dans le premier cas, il s’agit pour les principaux concernés d’AJIR le plus subtilement possible pour ne pas rester les PAREN pauvres du partage du succulent gâteau national. Une attitude qui vaut sans aucun doute son pesant de revirement, si ce n’est de formules parfois alambiquées pour tenter d’expliquer pourquoi ce qui a été dit hier n’est plus forcément d’actualité aujourd’hui. Reste à savoir si les populations, elles, se retrouveront dans toutes ces logorrhées politiciennes.
Le Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP, du Président Roch Marc Christian Kaboré est-il “fréquentable” dans le contexte post-insurrectionnel du Burkina? Question à un bol de soupe électorale  bien assaisonnée.
Mais alors, d’où vient cette question? Sans doute de la part de ceux-là même qui tentent d’expliquer par diverses tournures les raisons pour lesquelles ils sont devenus des mouvanciers. Un terme que certains affirmaient exécrer de toute la force de leur combat militant. Manifestement, le vent a changé de direction et ces derniers ont décidé d’en faire de même. Comme dirait l’autre, qui est fou?
Ainsi, ces politiciens made in Burkina ne cesseront donc jamais de surprendre leur petit monde. Capables, comme ils le sont, de dire une chose et d’affirmer son contraire dans les jours qui suivent. Prêts à dire que la limitation des mandats est anti-démocratique, puis à revenir quelques années plus tard pour défendre l’alternance et le droit d’être enfin président. Le tout à travers des mises en scène qui donnent à réfléchir sur le niveau réel de professionnalisme des acteurs politiques locaux.
A l’AJIR, l’Alliance des jeunes pour l’indépendance et la République, le leader du parti, Adama Kanazoé, le «petit-frère» qui voulait faire main basse sur les terres de son kôrô en exil, lors de la présidentielle de novembre 2015, s’habitue progressivement au langage en zigzag de ses devanciers. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, après de vraies fausses hésitations ponctuées par des saillies médiatiques sur le thème du changement générationnel perçu comme sa «réponse» à lui aux problèmes des Burkinabè, il a finalement fait ce à quoi l’on s’attendait depuis belle lurette. C’est-à-dire rallier tout bonnement la majorité présidentielle avec armes, doctrine, sifflets et bagages. Oublié, le temps de l’affirmation des principes de rupture et des formules prêtes à consommer pour les électeurs.
Désormais l’indépendance tant chantée, si elle est encore d’actualité, se fera à l’intérieur des cercles du pouvoir. Officiellement ni de Gauche ni de Droite selon ses dirigeants, ce parti opte ainsi pour une approche de raison. «Alimentaire», selon ses adversaires. Une chose est certaine, il a agi en fonction des circonstances du moment et du rapport de forces qui s’est dessiné sur l’échiquier politique national. A moins d’avoir décidé de suivre le plus disant ou le plus offrant.
Cette attitude de non-aligné officiel, le PAREN, le Parti de la renaissance nationale fondé par Laurent Bado a été l’un des premiers à la professer publiquement. Préférant, disait-il à l’époque, opter pour une troisième voie, celle du grégarisme. Durant la campagne pour la présidentielle du 29 novembre 2015, le fondateur et le candidat du PAREN ont constamment volé dans les plumes du MPP. Celui-ci étant décrit comme l’autre face de l’ancien régime déchu et chassé par la rue. Aujourd’hui, et à la surprise  générale, voilà que les deux parties font cause commune.
Mieux encore, c’est la mariée qui vient expliquer publiquement les raisons pour lesquelles elle est finalement tombée sous le charme d’un prétendant avec lequel elle disait pourtant ne pas avoir le moindre petit atome crochu. Au passage, le PAREN, dont on ne sait plus réellement qui en est le vrai patron, met bruyamment le divorce sur la table au cas où l’autre partie ne respecterait pas ses engagements. Ultime tentative de diversion en réalité pour masquer un revirement qui passe mal au sein de l’opinion nationale. D’où cette volonté de sauver encore ce qui peut l’être. Sauf que cela fait un peu désordre.
En effet, peut-on appartenir à un gouvernement et se comporter comme si l’on était toujours de l’opposition? En tout cas, c’est une situation de cafouillage orchestrée par le prophète de Zoula en personne, et qui montre bien que la reconfiguration de l’espace politique post-insurrectionnel au Burkina est loin de se faire sereinement.   
Du reste, la majorité présidentielle n’est pas la seule à être confrontée à ce problème. Au sein de la nouvelle opposition construite autour de l’UPC avec l’appui du CDP, de la NAFA et autres, bref, des pro-Compaoré, le nouveau discours d’opposant a également du mal à être accepté par tout le monde. En particulier par ceux-là qui estiment que les anciens dirigeants du pays n’ont pas de leçon de conduite à donner.

A. Traor╚

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Dialogue

Des Panama papers au Zidagate...

D’elle on dit qu’elle aurait raté de justesse la Primature dans son pays. Tout simplement parce que trop proche, dit-on, de Salif Diallo, l’influent Président de l’Assemblée nationale
burkinabè.
De fait Rosine Coulibaly a pu se consoler avec le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement qu’elle s’emploie à marquer de son empreinte. Au point de donner une touche très féministe à son affaire. Pour le reste, il faut espérer que les caisses de l’Etat qui, dit-on, seraient vides en ce moment retrouvent assez rapidement des couleurs plus fraîches et argentées pour profiter à tous les Burkinabè sans exception.
Lui, par contre, ne devrait pas crier famine. Et pour cause, Alpha Barry, le feuillu ministre des Affaires étrangement rentables du Faso, a de quoi ne pas trop s’inquiéter pour son quotidien. Assez en tout cas pour s’occuper convenablement de la diplomatie burkinabè dont il a hérité lors de la formation du gouvernement de Paul Kaba Thiéba.
Ce domaine de la vie publique nationale étant reconnu habituellement dans tous les pays du monde comme celui réservé prioritairement du Chef de l’Etat, on peut se faire à l’idée que le journaliste ministre et le banquier président n’auront pas de difficultés majeures à parler le même langage pour hisser les couleurs nationales sur le toit du monde.
Entre la ministre de l’Economie, des Finances et du Développement et le Chef de la diplomatie burkinabè, c’est l’actualité nationale avec ces multiples bruits de casseroles qui reste le sujet majeur de discussion. Surtout dans un contexte d’intense pression sociale.

Rosine: Alors, mon cher Crésus, comment vont les business en ce moment?
Alpha: Etrangement compliqués, ma chère. Surtout qu’apparemment tes caisses sont vides, selon ce que j’ai entendu dire.
Rosine: C’est bien cela, en effet. Mais ne t’en fais surtout pas. J’ai la situation bien en main. Totalement maîtrisée pour que demain soit meilleur.
Alpha: Tu en es certaine?
Rosine: Mais oui, puisque je te le dis. D’ailleurs, tu sais, il est prouvé que les femmes sont de bons gestionnaires. Avec nous aux finances et au budget, rien à craindre, les sous du pays seront bien calés.
Alpha: Aucun risque qu’ils ne soient décalés vers des îles Croco ou Caïman?
Rosine: Non. En tout cas, pas maintenant. Je peux te l’assurer. Et tu sais pourquoi? Elle est révolue, l’époque des petits arrangements. Puisqu’il n’y a rien à arranger, d’ailleurs.
Alpha: Je vois. Tu veux me dire que le changement  est donc en marche.
Rosine: Effectivement. Mais entre nous, dis-moi, Crésus, tes gars de la Transition-là, apparemment ils avaient un trop grand appétit, hein!
Alpha: Bof, tu sais, c’est la fin des haricots pour eux. Et ils ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes et à leur manque de retenue.
Rosine: Oui, mais tout de même. La faim saurait-elle justifier à elle seule tous ces nids de poule dans les finances publiques?
Alpha: Tu sais, je retiens une chose. C’est que même quand on a un appétit de loup, il faut savoir manger correctement. Avec finesse et classe. Sinon, bonjour l’indigestion.
Rosine: Apparemment ils ont utilisé la louche pour se servir copieusement. Tu imagines la suite s’ils étaient restés encore à la tête du pays, comme ils en avaient l’intention?
Alpha: Je n’ose même pas l’imaginer. En tout cas on aura beaucoup de boulot pour corriger tout ça. Eh, oui! En attendant, on peut le dire, tel est pris qui croyait prendre.

Propos recueillis, au minist╦re de lÝEconomie, des Finances et du D╚veloppement, par JJ

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