Journal du Jeudi N°1241 du 2 au 8 juillet 2015


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Zida-le Balai-le RSP: trois éléments, une équation
Politique: la Transition à la loupe des activistes internationaux
Dialogue: les consommateurs et leurs réseaux façon-façon

Zida-le Balai-le RSP

Trois éléments, une équation

Entre le Premier ministre Yacouba Isaac Zida et les leaders du mouvement le Balai citoyen, c’est carrément la discorde. En tout cas, on ne voit plus les choses de la même manière sur certains points de la gouvernance actuelle. En cause, la question de l’avenir du Régiment de sécurité présidentielle, le RSP, ainsi que la justice promise aux victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.
De fait, les derniers mouvements d’humeur de soldats mécontents avec en prime des tirs en l’air au niveau de la Présidence, un lieu hautement symbolique de la gestion du pouvoir d’Etat, ainsi que la confusion générale qui s’en est suivie, ne vont sans doute pas arranger la situation pour les deux, voire les trois parties. A commencer par le chef du gouvernement, qui marche visiblement sur une corde des plus raides.
Il pensait avoir désamorcé la bombe lorsque, profitant de son discours sur la situation de la nation prononcé devant le Conseil national de Transition, le CNT, le Premier ministre s’illustrait encore négativement. En effet, brûlant sans autre forme de procès la politesse au Président de la Transition, Chef de l’Etat, il prenait sur lui d’annoncer publiquement que le RSP -dont il connaît les capacités opérationnelles et qu’il a servi, dira-t-il, deux décennies durant- ne serait pas dissous.
Mieux, il ajoutait que des missions plus importantes lui seraient confiées dans un avenir proche. Une manière d’en appeler à la bonne collaboration de ses anciens compagnons dont on sait par ailleurs qu’ils ne le portent plus forcément en estime depuis le début de la Transition.
Seulement voilà, dans tout différend, il y a parfois des positions qui peuvent profiter à un camp et pas forcément à un autre. Et c’est bien ce qui est arrivé avec cette sorte de contre-discours du Balai citoyen. Ce dernier a ainsi réagi aux propos du chef du gouvernement dont il est pourtant proche. Et ce avec une fermeté qui cache mal les difficultés à parler désormais le même langage.
Pour le rappeur Smockey et ses camarades, la revendication de la dissolution pure et simple du RSP n’est tout simplement pas négociable. Pour eux, la sortie du Chef du gouvernement est une prime à l’oubli. Et pour cause, certains parmi les leaders du Balai rappellent simplement les moments difficiles de la confrontation avec l’ancienne garde prétorienne des Compaoré. Un face-à-face tendu dans lequel la mobilisation citoyenne aura contribué à sauver la mise à Zida dont la démission était vivement réclamée par les locataires du camp Naaba-Koom.
Une situation des plus malheureuses où l’on a vu une partie de l’armée empêcher, par deux fois, la tenue d’un Conseil des ministres dans un pays  pourtant en transition politique. La situation a alors été rapidement reprise en main, aussi bien par les acteurs politiques que par les Organisations de la société civile, qui ont contribué, par leur détermination, à relancer la Transition.
En voulant se remettre dans les bonnes grâces de ses anciens camarades d’armes, Zida a pris le risque de se mettre à dos une partie de l’opinion nationale. Et plus particulièrement au niveau du Balai citoyen. Ce qui lui rend la tâche de plus en plus compliquée. Et ce à quelques mois de la fin de la Transition.
Certes, la revendication du Balai citoyen a été jugée maximaliste par d’autres acteurs du monde politique ou associatif. Cependant, on peut remarquer que les événements du lundi 29 juin 2015 avec ses tirs en provenance du RSP montrent bien la délicatesse de la manœuvre.
En se servant de leurs armes pour cette fois-ci protester contre ce qu’ils considèrent comme un harcèlement de la part des autorités de la Transition, sous-entendu de la part de YIZ, et suite à l’audition par la gendarmerie de certains de leurs responsables, les militaires du RSP montrent, si besoin en était, qu’ils constituent effectivement une équation à laquelle il faut impérativement trouver une solution. N’est-ce d’ailleurs pas l’objectif assigné à la «Commission Diendéré»?
Réagissant rapidement à l’information qui s’est répandue dans la presse comme une traînée de poudre, les soldats en colère ont, quant à eux, estimé devoir apporter des précisions. On retiendra  de celles-ci que certains éléments proches -selon eux- de Zida ont voulu profiter de la situation pour justifier une éventuelle prolongation des délais de la Transition. De quoi raviver la flamme de la contestation. Et donner ainsi du grain à moudre à ceux qui, à l’image du très sankariste Valère Somé, estiment, pour leur part, que la Transition s’est engluée dans des «contradictions insolubles».
Quoi qu’il puisse en être, cette nouvelle montée d’adrénaline fragilise davantage le Premier ministre. Ce dernier n’a de toute évidence pas réussi, dans sa volonté d’amadouement de ses ex-camarades. Pas plus qu’il n’est parvenu à redorer son image auprès des Burkinabè. Bien au contraire...

A. TraorČ

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Politique

La Transition à la loupe des activistes internationaux

Inclusif, exclusif? Ce n’est pas demain la veille qu’on tranchera cette question. Pendant que le Conseil national de Transition et le gouvernement s’évertuent à
démontrer à la face du monde que la loi électorale n’est pas le monstre que veulent faire croire certains analystes, les partisans de l’ancien régime se battent aussi pour contraindre les autorités de relire le texte. Chaque camp a ses partisans, et le moins qu’on puisse dire, c’est que la réussite de la Transition est suspendue au devenir de cette loi qui divise.
La sortie pour le moins musclée d’une structure crédible comme International Crisis Group (ICG) a relancé les débats. Les fidèles du président déchu ont vu dans l’analyse de cette organisation la bouée de sauvetage inespérée. Le parti de l’ancien chef de l’Etat a particulièrement retrouvé des ailes et il faut certainement faire une relation de cause à effet entre cette déclaration de International Crisis Group et l’enthousiasme des rassemblements du CDP ces derniers temps.
Cette euphorie est-elle vraiment justifiée? En partie oui, puisque la déclaration de “I.C.G.” est sans pitié pour le gouvernement de Transition. Celui-ci est accusé de façon voilée d’incompétence, puisque ICG écrit que «le gouvernement de transition est pris au piège de ses propres errements. Il a multiplié les promesses sans pouvoir totalement les satisfaire». I.C.G. note par ailleurs que l’adoption de la loi électorale «constitue une menace non seulement pour les prochaines élections mais pour l’avenir, injectant le venin de l’exclusion politique dans un pays attaché au multipartisme et à la concertation». Analysé sous cet angle, les cdpistes ont bien raison de faire le boucan.
Cependant, les militants du CDP ont oublié qu’en bons diplomates, les membres de International Crisis Group ont donné aussi des raisons de satisfaction au gouvernement. Après la sévère analyse de la situation sociopolitique, ICG a donné l’impression d’avoir pris acte du texte. Il a alors invité le gouvernement à prendre au plus vite le décret d’application pour davantage clarifier la situation de ceux qui pourraient être frappés par les dispositions de la loi.
Le pouvoir burkinabè n’est donc pas particulièrement inquiet. C’est cela qui explique, en partie, le communiqué on ne peut plus laconique du gouvernement qui s’est contenté d’indiquer que «les dispositions du code électoral sont conformes à la volonté exprimée lors de l’insurrection populaire des journées historiques des 30 et 31 octobre 2014 et à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance». Autant de positions divergentes qui créent la suspicion autour de la réussite de la Transition.
Une chose est sûre, les quelques mois qui restent pour la tenue du scrutin présidentiel ne seront pas un fleuve tranquille. Les anciens dignitaires affûtent leurs armes pour créer le maximum de difficultés à la Transition. Du reste, c’est de bonne guerre. Par contre, ce qui crée la surprise, c’est la réaction de certaines Organisations de la société civile qui semblent dire à ICG de s’occuper de ses oignons. Une telle approche est en parfaite contradiction avec ce que certains d’entre elles ont entrepris comme action dans d’autres pays. En effet, comment le Balai citoyen peut-il remettre en cause l’implication de International Crisis Group dans la conduite des affaires du Burkina alors que cette organisation a «acheté la bagarre» de la République démocratique du Congo? On se rappelle que l’un de ses membres a été arrêté à Kinshasa alors qu’il s’y était rendu pour soutenir la contestation contre un troisième mandat du président Joseph Kabila.

Adam Igor

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Dialogue

Les consommateurs et leurs réseaux façon-façon

Il fait partie de ces veinards de l’ancien système qui ont échappé, pour l’instant en tout cas, aux coups de balai vigoureux des transitionnaires depuis leur entrée en fonction. Et pourtant l’homme avait des raisons de bien s’accrocher à son fauteuil, qui aurait pu lui échapper comme tant d’autres dignitaires de l’ancien régime qui ont été rapidement éconduits.
Surtout que dans son domaine à lui, on ne peut pas dire que les citoyens soient vraiment satisfaits de la qualité du service public. Lui, c’est Mathurin Bako, le patron de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste, l’ARCEP. Des plaintes et récriminations des utilisateurs des services de téléphonie au comportement peu honorable des opérateurs qui font l’autruche... Et pourtant rien ne bouge à la tête de l’ARCEP. Mieux, tout semble avoir changé pour que rien ne change dans les faits. Ce qui n’est pour rassurer les consommateurs.
Les consommateurs et leurs déboires, c’est justement l’affaire de Daniel Da Hien, le vice-président de la Ligue des consommateurs du Burkina. L’homme, on le sait, n’a pas sa langue dans la poche, même si parfois les actes ne suivent pas sur le terrain de l’amélioration de la qualité des services fournis aux populations. Ces dernières semaines, on l’a vu sur plusieurs fronts avec et toujours cette volonté de montrer aux Burkinabè, de plus en plus sceptiques il faut le souligner, qu’ils ne sont pas livrés à eux-mêmes. Sauf que les images de saisie de produits périmés en vente sur le marché prouvent à loisir que rien n’est encore réglé dans ce domaine où l’inconscience le dispute très souvent à la cupidité de gens qui semblent plus intéressés par l’appât du gain facile que par autre chose.
D’un côté donc, le Président de l’ARCEP qui se débat comme il peut pour rafistoler une communication électronique qui ne profite à personne, sinon qu’aux opérateurs, et de l’autre, un responsable de structure de veille souvent en retard, pour ne pas dire en veilleuse. Bref, un  échange s’impose.

Mathurin: Alors, messieurs de la Ligue, vous êtes toujours dans le réseau?
Daniel: Pouah, de quel réseau veux-tu parler au juste?
Mathurin: Oh, vous êtes trop durs avec ces gens-là, hein! Trop durs.
Daniel: Ah oui, alors!
Mathurin: Ah oui, tu sais, je les connais. Ils font de leur mieux pour nous servir. Malgré les contraintes, ils font du bon boulot.
Daniel: A ce point-là?
Mathurin: Oui. D’ailleurs j’ai bien vu que vous avez récompensé récemment les sociétés minières. Il faudrait songer aussi à le faire pour les compagnies de téléphonie pour qu’elles offrent plus de bonus et de ‘’mégas’’ aux consommateurs. Surtout aux étudiants.
Daniel: Et pour qu’elles continuent aussi de couper impunément dans le budget des consommateurs, n’est-ce pas?
Mathurin: Non, tu sais, c’est du ‘’bizness’’. Du business, je te dis! Soyons positifs et encourageons-les.
Daniel: Oui, et pendant que nous y sommes, où en est-on avec l’amende qui leur avait été infligée à l’époque pour plusieurs milliards de francs CFA?
Mathurin: Bof, ça va s’arranger, tout cela. Nous sommes entre bonnes gens, hein! Et je t’assure  qu’ils ne cherchent que le bien des consommateurs. Tu sais, ce ne sont pas des méchants loups, quand même, hein...
Daniel: Mais entre nous, tu es quand même un sacré veinard, toi, pour avoir résisté aussi facilement au balayage de la Transition. Quel est ton secret?
Mathurin: Bah, rien de spécial, je joue sur tous les réseaux. Quand l’un déconne j’active automatiquement l’autre.
Daniel: Et ça marche, apparemment.
Mathurin: Effectivement. Tant que la Transition peut continuer de communiquer de Ouagadougou à Abidjan, je n’ai aucun souci à me faire.

Propos recueillis, au siĖge de lķARCEP, par JJ

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