Journal du Jeudi N°1223 du 26 février au 4 mars 2015


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Dossier RSP: le Prince, les commissaires, les "avocats" et le peuple !
Nominations de la transition: indignés de tous les ministères, unissez-vous!
Dialogue: pour une transition avec ou sans carats?

Dossier RSP

Le Prince, les commissaires, les "avocats" et le peuple !

Le dossier et le sort probable du Régiment de sécurité présidentielle, le RSP, ont donc été confiés, «par le fait du Prince», à une commission technique qui devra se pencher sur le dossier, si ce n’est déjà le cas en ce moment. Elle devra ensuite rendre sa copie dans un délai de trois mois au Chef de l’Etat qui avisera sans doute. Ainsi en a décidé le Président de la Transition, Michel Kafando en personne, qui dit attendre incessamment les conclusions des réflexions menées par les différents experts mandatés pour la circonstance. Pour le reste, chacune des parties en présence a pu avancer ses arguments et ses contre-arguments pour tenter de convaincre de la légitimité de ses prétentions.
C’est le quotidien “Aujourd’hui au Faso” qui l’évoque dans son édition du 23 février 2015 en reprenant une information parue sur le site “226info”, avec ce titre: «RSP: qui menace Luc Marius Ibriga?». Il y est notamment question de menaces reçues par le Contrôleur général de l’Autorité supérieure de Contrôle d’Etat, l’ASCE, après les manifestations de protestation de ces dernières semaines, notamment le meeting de la Place de la révolution auquel il a participé aux côtés d’autres organisations de la société civile. Ceci en réponse aux événements du 4 février 2015 à Ouagadougou.
En rappel, ce jour-là le conseil hebdomadaire des ministres n’avait pas pu se tenir en raison de la grogne des militaires du Régiment de sécurité présidentielle. Ces derniers avaient publiquement exigé la démission immédiate du Premier ministre, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, par ailleurs issu de leurs propres rangs ainsi que l’abandon de toute réforme les concernant jusqu’aux prochaines élections d’octobre 2015.
Dans le “Jeune Afrique” N°2823 du 15 au 21 février 2015, Michel Kafando, qui, faut-il le souligner, a un peu repris la main au gouvernail de la Transition depuis le début du mois de février et a par conséquent rééquilibré la balance des rapports de force avec son chef du gouvernement, avoue enfin la réalité de la crise entre son PM et ses anciens camarades.
Il confesse ce que tout le monde savait depuis longtemps déjà. A savoir qu’«Il y avait déjà eu, dit-il, une première crise, le 30 décembre 2014. Le lieutenant-colonel Zida, poursuit-il, qui est aussi ministre de la Défense, avait fait des promesses pour la désamorcer (l’une d’elles concernait le choix du chef d’état-major particulier du chef de l’Etat, un poste très convoité). A l’expiration du délai, les troupes se sont impatientées...»
Kafando, qui semble avoir visiblement foi en sa méthode et aux résultats que celle-ci pourrait donner dans le court terme, reconnaît certes que les revendications qui ont été posées par les soldats grognards ont finalement été acceptées. Ce qui ne signifie pas pour autant, selon lui, que cette entité formellement rattachée à l’armée de terre mais qui a fonctionné dans les faits et pendant plus de deux décennies sous l’ère Compaoré comme un véritable Etat dans l’Etat et souvent comme une police privée au service du régime, «jouera un rôle prépondérant, loin s’en faut».
En tout état de cause, Kafando et sa commission ont désormais tous les éléments en main pour apprécier et orienter leur action dans le sens de l’intérêt général et par rapport à cette affaire qui met visiblement à mal le processus transitionnel.
Ainsi, du côté des défenseurs du maintien du RSP dans sa situation actuelle, peu de gens se sont avancés sur le sujet. Et comme on n’est jamais mieux défendu que par soi, ce sont les militaires du RSP qui ont décidé de sortir de l’ombre pour plaider leur propre cause. Ils ont été suivis peu de temps après par leur ancien patron, le Général Gilbert Diendéré. Celui-là même qui n’a plus de fonction officielle depuis son limogeage mais dont Michel Kafando dit étudier le cas pour éventuellement «des fonctions à lui confier».
A contrario, c’est dans le camp des personnes favorables à une réorganisation, voire à une dissolution pure et simple, du RSP que les voix ont été les plus nombreuses à s’élever et à s’exprimer ouvertement sur la question. Leaders politiques et de la société civile, militaires à la retraite ou en activité, dignitaires religieux, diplomates, hommes, femmes, jeunes et vieux... bref, chacun y est allé de son indignation et de sa petite formule pour fustiger ce que certains ont qualifié de «danger national» et tenter ainsi de remettre les pendules à l’heure de la transition. Et comme pour montrer toute leur détermination à ne pas se laisser faire, ils ont fait la promesse de rester vigilants. Pour eux rien ne doit empêcher la Transition d’être conduite à son terme. Pour cela ils se disent prêts à faire barrage à toute tentative de sabotage.

A. Traor╚

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Nominations de la transition

Indignés de tous les ministères, unissez-vous!

Ce ne sont plus seulement les nominations du Premier sinistre Zinedine Zida qui font des gorges chaudes. D’autres sinistres, surtout ceux issus des rangs de la société civile, semblent avoir embouché la même trompette et promeuvent prioritairement des gens de leur chapelle aux postes pompeux et juteux de leurs départements respectifs. Et cela ne manque pas de faire des indignés. Faut-il en rire ou en pleurer?
Après l’Auguste Loada du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), accusé de «privilégier la nomination de ses anciens collaborateurs», c’est au tour du sinistre de la Jeunesse, de la Formation professionnelle et de l’Emploi d’en prendre pour son grade. Dans une lettre ouverte à lui adressée par médias interposés, certains de ses collaborateurs lui reprochent d’avoir fait preuve d’une «incurie grave» en nommant, entre autres, un de ses «collègues consultants au poste de chargé de missions en violation flagrante des textes y relatifs». Et ce n’est pas tout. Il aurait également procédé à «la démolition de la Direction Générale de la Formation Professionnelle (DGFP) par le changement, en un Conseil des Ministres, du Directeur Général et de tous ses directeurs de services». Curieusement, ce pavé jeté dans la mare du département géré par le sinistre transitionnel Salifou Dembélé ne porte pas de signature. Du moins, il est signé du «Groupe des Indignés des Actions du Ministre (GIAM/MJFPE)». Une manière symptomatique qu’affectionnent ceux qui ont choisi d’avancer cagoulés dans ce pays de la savane où tout le monde sait pourtant ce que son voisin fait dans la nuit noire.
Quoique ce qu’ils dénoncent paraisse suffisamment grave, ils préfèrent ne pas révéler leurs identités. Pour ne pas assumer, par peur de représailles? Ce mode opératoire de la dénonciation qui avait déjà cours du temps de la compaorose n’est pas encore exorcisé des ministères. A l’instar des militaires, singulièrement ceux du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), qui veulent profiter de l’insurrection sans se mouiller les bottes, les fonctionnaires profitent de la situation pour apprendre à s’indigner contre leurs ministres. C’est une très bonne avancée par rapport à l’ancien régime où chacun savait ce que l’autre faisait, mais personne n’osait dire un mot. Les travailleurs des ministères étaient réputés fidèles à la «sagesse du chimpanzé» qui consiste à «ne rien entendre, ne rien voir et ne rien dire». C’est ainsi qu’ils ont inconsciemment contribué à perpétuer le pouvoir du Blaiso pendant plus d’un quart de siècle.
Du reste, tant que le système permettait à certains de protéger leurs intérêts et de progresser de façon égoïste, ils n’avaient rien à foutre de des valeurs telles que la transparence, la bonne gouvernance, l’alternance, voire même la justice. Les journaleux et autres scribouillards que nous sommes étions bien payés pour savoir que les fonctionnaires n’avaient rien à cirer avec nos demandes d’informations. Tant que le régime en place les arrangeait, ils pouvaient vous envoyer vous promener dans tous les couloirs de leur département sans vous révéler ce qui s’y passait de peu catholique. Aujourd’hui, le vent a tourné. Le Blaiso s’est exilé forcé, laissant derrière lui des «orphelins» inconsolables dans l’administration publique. Sont de ceux-là ceux qui n’envisagent pas autrement leur vie et leur bonheur qu’en restant scotché à un fauteuil entre quatre murs dans un ministère. Même s’il n’a rien à faire et qu’il se gratte les couilles toute la journée, il est fier de se dire «le représentant de l’administration publique», celui par qui il faut absolument passer pour avoir gain de cause. Ceux-là ont évidemment beaucoup de mal à admettre que les choses changent radicalement, qu’on nomme d’autres à leurs places et surtout qu’on nomme des gens qui n’ont jamais été fonctionnaires comme eux. Leurs réactions est somme toute compréhensible mais pas admissible dans un pays qui a besoin des compétences de tous ses fils et filles pour se construire.
C’est justement parce que, pendant ces longues années de compaorose, ces gens-là ont fait des fameuses nominations la chasse-gardée des lèche-bottes et d’autres inconditionnés du régime déchu qu’ils ont aujourd’hui l’impression que «les dieux sont tombés sur la tête». Ils ne supportent pas d’avoir perdu des privilèges qu’ils ont longtemps considérés comme des propriétés privées, des choses qu’on ne devrait jamais leur enlever sous aucun prétexte. Mais l’arbre de ces déceptions compréhensibles ne doit pas cacher la forêt des gaffes des acteurs de la transition. Zinedine Zida étant passé champion dans l’art de ne nommer que des copains et des coreligionnaires, ses sinistres ne devaient pas en faire autant en ne promouvant que des cadres de leur ancien cabinet.
Le pouvoir transitionnel ne doit pas être synonyme de bordel où chacun fait venir ceux qu’il croit lui être le plus fidèles. Pour que plus rien ne soit plus comme avant, il faut surtout mettre la personne qu’il faut à la place qu’il faut. Il revient aussi aux fonctionnaires carriéristes de savoir reconnaître les compétences et les apports des cadres du secteur privé qui sont nommés conformément aux textes. Car, après tout, un ministre est nommé pour remplir une mission précise et non pour perpétuer un ordre établi.
Pour ce faire, il doit pouvoir se choisir des collaborateurs qu’il pense pouvoir l’aider à atteindre l’objectif qui lui a été assigné. Si indignation il doit y avoir, cela ne peut être que contre la carence du ministre lui-même et/ou de ses collaborateurs. Et non parce qu’il a nommé des gens qu’on ne kife pas. Lorsque des «indignés» choisissent d’avancer masqués, cela veut dire simplement qu’ils ont peur, qu’ils se reprochent quelque chose ou qu’ils n’ont pas foi en la légitimité de leur cause. Alors, indignés de tous les ministères, montrez-vous, unissez-vous. C’est tout le Faso qui y gagne.

F. Quophy

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Dialogue

Pour une transition avec ou sans carats?

Juriste et acteur quasi incontournable de la société civile au Burkina, Siaka Coulibaly fait partie de ces leaders d’opinion made in Burkina dont l’expertise compte dans le débat public.
Notamment pour tout ce qui tourne autour de la gouvernance publique et de la moralisation des mœurs politiques. Il est vrai que l’Homme a de l’étoffe, au propre comme au figuré, et qu’il ne rate jamais l’occasion de faire entendre ses points de vue sur divers sujets. Même si cela peut ne pas plaire à tout le monde. Une situation qui ne l’a pas empêché de prendre part aux travaux de rédaction de la charte de la transition qui est aujourd’hui au cœur de toutes les attentions médiatico-politiques. Désormais à la tête d’un groupe d’organisations de la société civile pour le suivi de la transition, il est de ceux qui souhaitent maintenir la pression sur tous les acteurs en présence afin que l’objectif d’organiser des élections à brève échéance soit respecté. Mais pour en arriver là il faut bien que la machine administrative tourne.
Jonas Hien, lui, est bien placé pour apprécier également les événements actuels au Faso. Acteur de la société civile particulièrement présent et engagé dans le domaine de la gouvernance minière, il est de ceux qui, au moment des débats houleux autour du projet controversé du régime Compaoré de se maintenir au pouvoir vaille que vaille, avait souhaité publiquement que l’ex-Chef de l’Etat sache raison garder et qu’il ne conduise pas le pays dans une aventure sans lendemain. Sourd, le Capitaine a préféré foncer droit dans le béton. La suite des événements a donné raison à celui qui assume sa profonde amitié avec Thomas Sankara, le père de la révolution burkinabè, dont il est sûrement l’un des meilleurs connaisseurs pour ne pas en dire plus. Au moment où le gouvernement Zida s’apprête à engager des réformes autour de l’avenir de ce cher Burkina, en particulier sur la question de la Justice, on peut estimer que Jonas Hien et ses camarades de la société civile auront bien évidemment leur mot à dire.
Entre Siaka Coulibaly et Jonas Hien, l’identité remarquable c’est d’abord et avant toute chose  cette affaire d’engagement intellectuel et citoyen. On peut donc comprendre qu’ils aient forcément leur mot à dire par apport à l’actualité nationale.

Siaka: Jonas, on n’a pas le choix, il faut absolument sauver le “soldat Transition”.
Jonas: Et pourquoi pas le soldat Zida aussi?
Siaka: Le pays passe avant tout. Même avant le RSP.
Jonas: En effet. Et c’est pourquoi nous devons rester fermes et déterminés. Pareils à des sentinelles de la démocratie. Toujours en alerte et sans peur.
Siaka: Oui. A bas les ennemis de la transition, mon cher!
Jonas: A bas les ennemis de la démocratie et leurs mains invisibles!
Siaka: Pour que vive l’après-Compaoré.
Jonas: Pour que vive un CNT désargenté, sankarisé et sans carats...
Siaka: Mais, dis comment tu apprécies la Transition actuelle? Tu crois que ça va marcher et qu’elle est sur la bonne voie?
Jonas: Bèh, tu as vu le sondage, non?
Siaka: Le sondage de Cherif, euh pardon, de Bendré, je veux dire?
Jonas: Ouais! Et qu’est-ce que ça t’inspire?
Siaka: Bèh, je pense que les jeux n’ont jamais été aussi ouverts qu’ils ne le sont depuis que l’autoroute Ouagadougou-Yamoussoukro-Abidjan a été lancée.
Jonas: Ah! je te vois venir. Pour l’instant chacun peut avoir une idée de ce qu’il pourrait représenter au moment des élections. Il y aura forcément des lions, des rats et des écureuils dans la compétition.
Siaka: Par conséquent chacun aura bien évidemment le score qu’il mérite et qui sera à la hauteur de ses efforts ou de son manque d’imagination.
Jonas: En tout cas certains ont eu la réponse qu’ils attendaient les 30 et 31 octobre 2014.
Siaka: Pour n’avoir pas écouté le prophète Jonas,  n’est-ce pas?
Jonas: Oh! je dirai plutôt pour avoir voulu être plus fort que le peuple.
Siaka: Vox populi, vox dei.

Propos recueillis, au si╦ge du CNT ř Ouagadougou, par JJ

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