Journal du Jeudi N°1200 du 18 au 24 septembre 2014


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L'invite des députés au Blaiso: un appel qui ne change rien
Démissions supposées au MPP: dans une mise en scène de qui?
Dialogue: l'Afrique de l'Ouest maux à mots

L'invite des députés au Blaiso

Un appel qui ne change rien

Par la volonté des députés CDP, le Burkina Faso serait à la veille de la convocation par le président du Faso d’un scrutin référendaire pour trancher la question de l’article 37 de la Constitution, qui fixe à deux le nombre de mandats présidentiels. A tout le moins, c’est à ce scénario qu’il faudrait s’attendre.
La conférence de presse du groupe parlementaire ayant levé toute équivoque quant à la nature de la proposition, les yeux sont de nouveau rivés sur Kosyam et sur les faits et gestes de son principal locataire. En effet, dans un premier temps, il avait été annoncé que le groupe du parti majoritaire avait initié une proposition de loi qui, logiquement, devait être votée au Parlement. Il semble finalement qu’il ne s’agit que d’un appel. En cela, rien de bien nouveau, puisque, depuis belle lurette, c’est le même appel qui est lancé au chef de l’Etat.
Après ces précisions opportunes du groupe, l’opinion revient à la question de départ: que mijote l’enfant terrible de Ziniaré? Va-t-il céder à la sirène de ceux (comme les députés de la majorité) qui le poussent au référendum? ou au contraire va-t-il aller dans la direction de son parti, le CDP, dont la direction donne l’impression de toujours rechercher un consensus politique national? On note en tout cas qu’à la veille de la publication par la presse du projet de proposition de loi, Assimi Kouanda était l’hôte du principal parti de l’opposition. A en croire les confidences, il s’est agi pour les deux principaux partis de prôner le dialogue, la concertation et le consensus. L’initiative des 81 députés de la mouvance présidentielle vient donc comme un cheveu sur la soupe, qui donne l’impression que du côté de Kosyam on veut ruser avec les acteurs politiques. Car étant donné que les parlementaires n’ont pas la solution à cet obstacle, il aurait fallu qu’ils attendent sagement la décision finale prise par l’enfant terrible de Ziniaré. A l’évidence, en effet, la réaction des députés n’apporte rien de nouveau au débat.
Ils ne veulent pas franchement rentrer dans la danse, car s’ils le voulaient, ils auraient maintenu l’idée de proposition de loi et la question était réglée. Cette solution du vite fait n’est pas retenue parce que l’équation est plus compliquée que lors des autres modifications constitutionnelles par la voie législative. Pour 2014, les forces politiques en présence ne donnent pas un avantage franc au CDP. Le chef de l’Etat lui-même a certainement compris que malgré les mises en scène qui sont données à voir, le groupe parlementaire CDP a vraisemblablement, en son sein, des partisans du MPP, qui, face à leur conscience avec le bulletin secret, n’hésiteraient pas à dire non à cette énième révision constitutionnelle.
C’est pourquoi, en ce mois de septembre 2014, comme du reste depuis sa fracassante sortie de Dori en décembre 2013, le Blaiso reste le seul à même de décider de la suite du débat. Du reste, l’exposé de motif du texte des députés rappelle constamment qu’il s’agit de permettre au président actuel de poursuivre son œuvre de construction. Le sujet est donc loin d’être épuisé et l’on attend encore que le vrai propriétaire de la bagarre se prononce.
Mais fidèle à lui-même, Blaise Compaoré continue de garder le flou autour de ses intentions. Certes, il a toujours affirmé et réaffirmé que pour toute question qui divise, le meilleur arbitre est le peuple. Mais, en médiateur averti, il sait aussi que les textes ne règlent pas tout. Il sait également que du lot de tous ceux qui s’agitent, ils seront nombreux à retourner leur veste en cas de situation difficile. Le mieux sera donc le consensus, à tout le moins un dialogue qui évite les conflits. Le Faso est à la croisée des chemins. 

Adam Igor

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DÈmissions supposées au MPP

Dans une mise en scène de qui?

L’espace politique burkinabè est marqué, ces dernières semaines, par l’irruption au-devant de la scène médiatique de personnes se réclamant du Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP, et annonçant leur démission du parti dirigé par Roch Marc Christian Kaboré. Tout en faisant savoir par la même occasion leur retour au Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, leur ancien parti. De quoi diviser l’opinion nationale à propos du sérieux de ces démarches politiciennes.
Mais qu’est-ce qui fait donc courir autant les prétendus démissionnaires du Mouvement du peuple pour le progrès? Une chose est sûre, c’est toujours à grand renfort médiatique qu’ils se signalent d’un bout à l’autre du pays. Comme dans une stratégie parfaitement orchestrée, les organisateurs commencent d’abord par fustiger le MPP, leur nouveau parti, tout en insistant sur leur déception et leur frustration par rapport à leurs attentes. Pour ensuite annoncer leur volonté de retourner dans leur ancienne formation politique avec armes et bagages.
Au début, la méthode a arraché quelques sourires ironiques et amusé les observateurs de la scène politique nationale. Ce d’autant plus que cela ressemblait, à s’y méprendre, à une réponse faite aux dirigeants du MPP. Ces derniers avaient, on s’en souvient, claqué la porte du parti au pouvoir avec fracas avant d’aller créer leur propre parti. C’était il y a quelques mois de cela.
Plusieurs semaines durant, l’actualité nationale avait régulièrement vibré au rythme des vagues successives de personnalités qui décidaient de quitter le navire du Capitaine Compaoré. Et d’aller renforcer les rangs de l’opposition.
Cela avait eu le don, il est vrai, de provoquer la recomposition de l’échiquier politique local, à travers notamment un net rééquilibrage des forces en présence. Toute chose qui a contribué à redonner un supplément de motivation à une opposition politique qui en avait beaucoup besoin. Celle-ci est conduite depuis lors par Zéphirin Diabré, le président de l’UPC.
Autant dire alors que l’annonce de ces démissions au sein du MPP aurait pu apparaître, à certains égards, comme une “simple” affaire d’arroseur arrosé. Et, bien entendu, une traduction concrète de la lutte pour la conquête de l’opinion entre partis politiques au Burkina.
Seulement voilà, bien des choses ont manqué par moments aux nouveaux démissionnaires dans leur rendez-vous avec les Burkinabè. A commencer par les mots pour justifier leur démarche. Ou plutôt leur rétropédalage sur fond de récriminations. Eux qui affirmaient avoir quitté le pré du CDP pour celui du MPP, car mécontentement de la supposée mal gouvernance qui y régnait, n’auraient donc pas trouvé l’herbe fraîche qu’ils recherchaient chez Roch et les siens. Par conséquent, et plutôt que d’aller brouter plus loin, ils ont préféré revenir sur leurs pas. Avec l’assurance que la porte ne leur sera pas fermée dans le camp présidentiel. Quitte pour cela à éveiller les soupçons sur une possible mission commandée dont ils seraient les exécutants. Surtout que dans le deal, des bruits de billets craquants ont bruyamment fuité par endroits. Selon toute vraisemblance, l’objectif recherché par la manœuvre est de tenter de retourner des éléments ciblés comme étant de possibles meneurs.
Autre incohérence qui n’est passée inaperçue, c’est la comptabilité très approximative du nombre de personnes présentées comme faisant partie du mouvement. Finalement, de la centaine de noms signalés, les journalistes ont parfois été surpris de ne trouver en face d’eux qu’une poignée de personnes. Et bien souvent incapables de justifier de leur appartenance au parti dont ils disent pourtant se réclamer.
Plus grave encore est le fait que par moments l’affaire s’est transformée en une curieuse partie de cache-cache entre journalistes et conférenciers. Toute chose qui n’a pas été du goût des premiers. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas manqué de le faire savoir.
En fin de compte et au vu des incohérences qui ont caractérisé l’attitude de ses responsables, le mouvement des démissionnaires du MPP a fini par rendre incrédules certains Burkinabè. Dans les lieux publics, on discute ainsi à longueur de journée de cette manière atypique de faire de la politique au Faso. Partout les jugements sont sévères et sans concessions. Quelques-uns encore épiloguent longuement sur les noms de certains meneurs connus, dit-on, pour leur passé trouble du temps où ils étaient sur les bancs de l’université.
Sur le plan politique par contre, il n’est pas certain que la méthode du retournement de veste profite entièrement au parti au pouvoir. Lequel pourrait bien pâtir d’une situation qui n’arrange en rien son image. Surtout qu’il est question de corruption supposée.
Du reste, le parti au pouvoir n’a jusque-là pas encore officiellement livré sa version des faits, alors même qu’il est présenté comme étant au moins le principal bénéficiaire du dossier. Le MPP pourrait y laisser également quelques plumes. Et pour cause, la situation actuelle, loin de le dédouaner totalement, dénote au contraire d’une forme d’amateurisme et de légèreté dans un casting qui laisse à désirer.

A. TraorÈ

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Dialogue

L'Afrique de l'Ouest maux à mots

Troisième Président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Cheikh Hadjibou Soumaré est aussi le deuxième Sénégalais à diriger l’institution depuis sa création, en 1994.
Discret et effacé, l’homme poursuit tranquillement sa mission en dépit des difficultés rencontrées dans la gestion de cet espace communautaire vaste de plus de 80 millions de consommateurs. Sauf que ces derniers mois n’auront pas été de tout repos pour lui et son équipe. En raison notamment des problèmes rencontrés dans la gestion quotidienne de l’organisation: Instabilité politique, crise économique, épidémie, insécurité, bref, les enjeux sont nombreux. Et tendent parfois à faire douter de la capacité des Etats membres à être à la hauteur des enjeux.
Le Burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo, lui non plus, n’est en reste. Et pour cause, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qu’il dirige, doit faire face actuellement à l’épidémie à fièvre hémorragique Ebola qui menace sérieusement ses fondements. Au point de créer des frictions entre les différents Etats. Partagés qu’ils sont entre, d’une part, ceux qui estiment nécessaire de fermer leurs frontières, d’autre part, ceux qui s’estiment au contraire abandonnés par le reste de la communauté. Et cela sans compter les autres menaces qui pèsent sur la stabilité dans la zone CEDEAO.
Comme on peut le constater, Cheikh Hadjibou Soumaré et Kadré Désiré Ouédraogo ont du souci à se faire en ce moment. En pareille occasion, rien de mieux donc qu’un bon échange pour partager les points de vue.

Hadjibou: Président, l’heure est vraiment grave pour notre sous-région!
Kadré: Dur! Je ne sais pas s’il y a un mot plus fort pour qualifier la situation qui prévaut en ce moment dans notre zone.
Hadjibou: C’est vraiment compliqué. Et je pense que cela va remettre beaucoup de choses en cause.
Kadré: Je t’assure que moi-même je ne dors plus que d’un œil.
Hadjibou: En tout cas, cette affaire d’Ebola est en train de mettre à mal les relations entre Etats. Et cela n’est pas bien du tout.
Kadré: Oui, mais ton pays est l’un de ceux qui ont fermé ses frontières avec les pays touchés, hein!
Hadjibou: Tu sais, moi je n’y suis pour rien. Je suis à Ouagadougou. Et ce qui se passe à Dakar, tu sais bien que ce n’est pas moi qui le décide.
Kadré: Il faut plutôt de la solidarité entre Etats au lieu d’ajouter des barricades aux frontières. Ce n’est pas cela qui pourra arranger la situation.
Hadjibou: Je comprends bien la réaction des uns et des autres. Et je milite ouvertement pour un dialogue constructif et la recherche de solutions pérennes. Sinon, je constate encore une fois que sur ce dossier, comme sur bien d’autres encore, l’Afrique de l’Ouest a été devancée par d’autres pays.
Kadré: C’est effectivement la triste évidence. Nous devons apprendre à agir plus et à parler moins. Sinon nous n’arriverons jamais à bout des problèmes que nous rencontrons. Et nous aurons toujours recours à l’extérieur pour les résoudre. Notamment sur les questions de sécurité de menace terroriste et autres qui ne font que nous enfoncer dans les abîmes.
Hadjibou: En tout cas, pour l’instant, moi j’ai eu la promesse d’un gros chèque à Dubaï et je peux t’avouer que je suis très content.
Kadré: Et en plus 16 projets sur 17, c’est du balaise, mon cher!
Hadjibou: Si les promesses faites se concrétisent, on peut espérer un vrai décollage. Mais dis-moi, paraît que tu es candidat?
Kadré: Candidat? Mais j’ai été reconduit récemment.
Hadjibou: Non, pas cela. J’ai entendu dire que tu as des ambitions présidentielles chez toi au Burkina. Tu confirmes ou pas?
Kadré: Bof! Tu es à Ouaga et tu dois être habitué aux rumeurs maintenant. Tu sais bien qu’elles courent parfois plus vite que la vérité.
Hadjibou: Ce qui veut dire?
Kadré: Que je ne confirme pas. Mais j’observe néanmoins la situation.
Hadjibou: Donc, tu pourrais être tenté un jour?
Kadré: Tout dépendra. Il ne faut jamais préjuger de rien. Surtout par ces temps compliqués.

Propos recueillis, au siËge de líUEMOA ý Ouagadougou, par JJ

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