Journal du Jeudi N°1205 du 23 au 29 octobre 2014


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Situation nationale: avec ou sans le Blaiso, on fait quoi maintenant ?
Modification de la Constitution : pile ou face avec ou sans l'ADF/RDA
Dialogue: l'Economie burkinabè à la loupe des "ex-pairs"

Situation nationale

Avec ou sans le Blaiso, on fait quoi maintenant ?

On a beau se lasser du sujet, il demeure le seul, sinon le principal, qui nous pompe l’air au Faso. Les différentes médications, médiations et dialogues ne sont pas arrivés à bout de l’équation de l’alternance en 2015. Plus on avance vers l’échéance fatidique, plus les tensions entre majorité et opposition montent. En moins d’un mois, on sera à une année de l’organisation de la prochaine élection présidentielle. Et il fallait trancher la question de savoir ce qu’on fera avec un président sortant qui ne semble pas prêt à sortir du jeu.
Cette question s’adressait prioritairement à lui-même en tant que principal concerné. Même s’il est passé jusqu’ici maître dans l’art de feinter ses adversaires politiques, le Blaiso national ne pouvait plus continuer à tourner en rond. Le temps jouait contre lui. L’impatience commençait à gagner les rangs de ses partisans. Plus il retardait l’échéance du déverrouillage de l’article 37 qui bloque la possibilité de prolongation de son bail au palais de Kosyam, plus il sèmait le doute dans les rangs de ses propres partisans. Ce qui pouvait se retourner contre lui en termes de frustrations, mais aussi de déceptions de ceux qui mettent tout en œuvre, depuis 2009, pour le maintien du statu quo dans le secret espoir de préserver leurs privilèges politiques, sociaux et économiques. Mais à force de se faire «supplier» instamment sans donner la réponse appropriée à son «fan club», le Blaiso n’avait-il pas fini par tomber dans son propre piège?
Difficile de ne pas le croire. Car, plusieurs fois, même si on faisait croire que l’organisation du référendum n’était qu’une question de jours, les annonces se suivaient et se ressemblaient. Les meetings de réclamations aussi. Tout se passait comme si l’enfant terrible de Ziniaré avait peur de se jeter à l’eau. Ses hésitations récurrentes étaient la preuve que la décision n’était pas aussi facile que l’imaginaient ses partisans. Il avait besoin de peser et de sous-peser avant de passer à cet acte délicat qui consiste à tripatouiller, une fois encore, la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. C’est son avenir d’homme d’Etat et de facilitateur -qu’il a voulu être ces dernières années- qui se joue en ce moment. Et la question que l’on se posait était de savoir s’il allait accepter de sacrifier son œuvre au profit de la paix en Afrique sur l’autel du désir de ses partisans de le voir confisquer le pouvoir.
Plus le temps passait, plus le Blaiso manquait d’arguments pour justifier la modification de la Constitution de son pays pour s’octroyer le boulevard du «pouvoir à vie», comme le soupçonnent ses adversaires politiques, une bonne partie de la société civile et l’opinion internationale. Car il savait qu’en acceptant de déverrouiller l’article 37, il faisait incontestablement l’option d’un certain égoïsme politique aux conséquences désastreuses pour la gouvernance au cours des prochaines années. Car, dans tous les cas de figure, son maintien au palais de Kosyam ne pouvait être interprété autrement que comme une manière de ne préserver que ses intérêts personnels et ceux de son clan au détriment de l’intérêt général. Alors le Conseil des ministres extraordinaires de ce 21 octobre semble avoir tranché en évoquant le terme “référendum”...
Parce qu’il aura pensé plus à lui qu’au Faso, ceux qui ont poussé le Blaiso à se diriger vers son maintien au pouvoir n’hésiteront pas à se remplir les poches et les panses en guise de contrepartie au forfait commis. Comme on peut l’imaginer, lorsqu’on a été obligé de faire appel aux hyènes et aux loups pour vaincre ses adversaires, il ne faut pas s’étonner de voir ces mêmes prédateurs faire irruption dans sa cour pour faire main basse sur les animaux de sa propre basse-cour. Le tripatouillage de l’article 37 n’aura pas seulement des incidences politiques. Le joyeux bordel qu’il va entraîner autour d’un président décrié comme “illégitime” aura des conséquences désastreuses sur tous les efforts consentis jusque-là pour la bonne gouvernance en général et pour la lutte contre la corruption en particulier.
Par ailleurs, et c’est cela qui devrait effrayer le plus, certains Partenaires techniques et financiers (PTF) du Faso pourraient être amenés à réviser l’enveloppe qu’ils mettaient jusque-là à la disposition du gouverne-et-ment. Et cela ne sera pas sans incidence sur des caisses d’un Etat qui vit jusque-là sous perfusion de l’aide internationale.
A l’instar de certains dirigeants africains qui ne peuvent prendre part aux rencontres internationales que le Blaiso affectionne tant, il pourrait devenir persona non grata à Paris, à Washington ou à Londres. Son image risque d’en prendre un sérieux coup. Son héritage politique aussi.
Enfin, en tenant à jouer la «carte Blaise Compaoré» jusqu’au bout, le parti présidentiel et ses affidés courent le risque de ces crises profondes dont les stigmates restent toujours vivaces au Togo, en Côte d’Ivoire et au Gabon où des «pères de la nation» se croyaient tellement indispensables qu’ils n’avaient pas prévu un autre terme à leur règne que la mort.
Faut-il se réjouir que le canari se soit enfin cassé sur la tête de Blaise Compaoré? Cela fait déjà longtemps, sinon trop longtemps, que tout le Burkina attendait que le Blaiso national se détermine clairement. La grossesse n’avait que trop duré. Il fallait qu’il accouche maintenant, que ce soit par la césarienne, par la voie normale, ou par toute autre voie. Les masques sont tombés. Alea jacta est... 

F. Quophy

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Modification de la Constitution

A pile ou face avec ou sans l'ADF/RDA

Le Burkina est entré dans une zone de hautes turbulences du fait que le commandant de bord, fidèle à son principe de bal masqué, a filé les commandes de la manœuvre à ses aides-mécaniciens. Pendant quelques jours, le chef de l’Etat donnait des signes qu’il aurait jeté son dévolu sur la voie parlementaire pour modifier directement la loi fondamentale. Les députés pourraient-ils avoir la lourde responsabilité de procéder au charcutage de la Constitution pour ouvrir le boulevard qui conduira le Blaiso sur la ligne de départ pour la présidentielle de 2015? Et par quelle voie? Feinter l’hypothèse du référendum aurait été une manœuvre à haut risque pour l’enfant terrible de Ziniaré qui est habitué au Tuk-gulli.
 Cette fois, sa marge de manœuvre est bien étroite. La modification de la Constitution par voie parlementaire exigeait l’adhésion des trois quarts des parlementaires au projet. Or, mathématiquement, ce nombre était difficile à atteindre par le pouvoir. La majorité parlementaire ne faisait pas le poids, car elle compte juste les 70 élus du CDP auxquels il faut ajouter les 10 du groupe parlementaire de la Convention des Forces républicaines et le député non-inscrit de l’UNDD. Cela fait 81 voix, loin des 3/4, c’est-à-dire 96 voix.  Le groupe parlementaire UPC et celui de l’ADJ étaient dans une position sans équivoque de rejet de cette modification. Pendant quelques jours, tous les regards se sont de ce fait tournés vers le parti de l’éléphant, et plus précisément vers les députés de ce parti. Au nombre de 18, ce sont eux qui pouvaient faire la décision. Théoriquement, ce groupe est dans une opposition à la modification de l’article 37. Le chef du parti a martelé, plus d’une fois, qu’il était pour le respect strict de la Constitution actuelle, mieux, que l’ADF/RDA aura son propre candidat en 2015.
Cependant, certains faits et gestes des premiers responsables du parti invitaient à la prudence. Ceux-ci étaient en effet dans une position d’équilibriste. Ils réaffirmaient leur opposition au déverrouillage de l’article 37 mais apparaissaient, en même temps, aux côtés de représentants du Front républicain qui appelaient de tous leurs vœux à la tenue d’un référendum pour modifier ledit article...
Quelle position va maintenant adopter celui qui apparaissait comme faiseur de roi? A-t-il été trop gourmand ou n’était-il pas en mesure d’offrir assez de garantie? Toujours est-il que, ce mardi 21 octobre, le Conseil des ministres réuni en séance extraordinaire annonçait «avoir examiné un projet de loi portant révision de la Constitution conformément aux dispositions des articles 161 à 165 du titre XV de la Constitution». Le gouvernement a «marqué son accord pour la transmission de ce projet de loi à l’Assemblée nationale, conformément à l’article 163 de la Constitution en vue de la convocation d’un référendum».
Le mot est lâché: “référendum”. Même si le cercle présidentiel s’est beaucoup investi pour rallier les députés ADF/RDA et même s’il se susurre que les espèces sonnantes et trébuchantes auraient “travaillé”, le P.F. ne devrait pas faire l’économie d’un scrutin national. Les perspectives de Gilbert Noël Ouédraogo de succèder à Luc Adolphe Tiao à la primature deviennent caduques. L’avenir de son parti passera-t-il par un retour rapide au sein de l’exécutif, comme le demandaient ses sages, depuis Fada N’Gourma? La formation politique fera-t-elle la promotion de l’accession des libéraux au pouvoir, ce qui justifierait une alliance naturelle avec l’UPC?

Adam Igor

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Dialogue

L'Economie burkinabè à la loupe des "ex-pairs"

Amadou Yaro est sans doute l’un des heureux bénéficiaires de la fameuse mesure d’appel à candidature pour les postes de Directeurs généraux lancée il y a quelques années de cela, à l’époque où Tertius Zongo était encore Premier ministre. Elle visait, à l’époque, à remettre la méritocratie au centre de la gouvernance administrative au Burkina. Pour en finir, disait-on, avec des pratiques clientélistes qui tenaient lieu de méthode de travail. Depuis, l’ancien DG du Centre d’enseignement à distance de Ouagadougou, le CEDO, est aux commandes de l’Enaref, l’Ecole nationale des régies financières. Et contrairement à certains de ses pairs, il mène plutôt bien la barque qui lui a été confiée. Avec en prime des innovations qui font la fierté de l’Ecole et de l’ensemble des administrations financières du Burkina. Et cela dans un contexte global particulièrement difficile.
Filiga Michel Sawadogo serait-il, quant à lui, l’exception qui confirmerait la règle? En tout cas, l’homme a, selon les spécialistes, donné un coup d’accélérateur magistral aux impôts dont il a brièvement assuré la Direction générale après avoir été Juge au Conseil constitutionnel. Sous son impulsion, l’assiette fiscale nationale s’est, selon toute vraisemblance, élargie de manière qualitative et quantitative. Donnant ainsi des raisons d’espérer. Et pourtant, cela n’a pas empêché qu’il soit débarqué de son poste. Selon les indiscrétions faites autour, il s’agirait de divergences de vues avec le beau-frère national. Depuis, l’homme est retourné à l’enseignement du Droit. Côté politique, il s’est encarté dans l’opposition. Plus précisément au sein du Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP. Une formation au sein de laquelle il s’évertue à donner sa lecture de la situation nationale.
Pour Amadou Yaro comme Filiga Michel Sawadogo, c’est sans doute la situation économique du pays des Hommes intègres qui est la préoccupation du moment. En lien évidemment avec l’actualité nationale. Eux qui sont habitués aux chiffres. Autant dire une affaire d’experts.

Yaro: Professeur, comment allez-vous? Le pays est chaud et pourtant on ne vous entend pas beaucoup.
Filiga: Ah bon, le pays est-il vraiment chaud en ce moment? Personnellement je ne le savais pas.
Yaro: A ce point? Vous n’êtes pas sérieux, je suppose. Vous plaisantez...
Filiga: Mais puisque tout va bien, semble-t-il, au pays de l’émergence. J’ai écouté le Président, le Premier ministre et le ministre de l’Economie. C’est la même chanson partout: tout va bien, selon ce que j’ai entendu dire, et que nous serions même sur la voie du développement.
Yaro: Ce sont des paroles de politiciens, tout cela, et vous le savez aussi bien que moi. Sinon, vous voyez que la situation politique actuelle a mis l’économie au ralenti.
Filiga: C’est normal. On n’investit pas dans un contexte d’incertitude politique. Et les gens se posent beaucoup de questions sur la suite des événements et surtout la volonté du régime à favoriser une transition pacifique.
Yaro: Oui, mais je suppose que vous avez sans doute entendu les prévisions alarmistes de votre fiston-là?
Filiga: Sango?
Yaro: Oui, il dit que les salaires risquent de ne plus être payés d’ici peu dans le pays. Vous y croyez, vous?
Filiga: Il doit sans doute avoir ses raisons et sa grille d’analyse de la situation actuelle. Mais je pense que son point de vue reflète celui de bien des gens dans le pays en ce moment.
Yaro: Ceci dit, je trouve qu’il exagère un peu. Vous devriez même le rappeler à l’ordre. Vous savez que le Burkinabè ne joue pas avec son affaire de salaire et que le gouvernement en a fait la priorité des priorités.
Filiga: Au moins son point de vue a l’avantage de tirer la sonnette d’alarme. Ceci dit, il faut bien admettre qu’il y a beaucoup à faire en ce moment pour améliorer les indicateurs économiques et sociaux.
Yaro: C’est l’opposant qui parle ou est-ce le Professeur?
Filiga: Les deux. Puisque l’un ne va plus sans l’autre en ce moment. C’est bien pour cela que je suis sur les deux fronts.
Yaro: Que faut-il faire alors, selon vous?
Filiga : Attendre et espérer que la raison l’emporte sur l’entêtement. Mais surtout que les bonnes personnes soient aux bonnes places. Tant qu’il n’en sera pas ainsi, ce sera difficile de créer le déclic.
Yaro: Comme moi par exemple, n’est-ce pas?
Filiga: Euh... Quand nous serons au pouvoir nous aviserons.

Propos recueillis, au siège de l'Enaref, à Ouagadougou, par JJ

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