Journal du Jeudi N°883 du 21 au 27 août 2008


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Tranquillité publique : Ouaga bat le record des nuisances sonores
Hausse des prix : le coup d'épée dans l'eau des associations de consommateurs
Dialogue: il est temps de désherber!

Tranquillité publique

Ouaga bat le record des nuisances sonores

Si les nuisances sonores figuraient parmi les disciplines des jeux Olympiques, la ville de Ouagadougou arracherait de belles médailles en la matière. Incontestablement, le bruit sans contrôle, sans limite et sans respect pour le voisinage est devenu un sport favori dans cette cité. La conjoncture aidant, les bars, maquis et autres gargotes pullulent. Et quand les ateliers de menuiserie, de soudure, de mécanique s’en mêlent, cela donne une cacophonie qui piétine, à longueur de journée, le droit du voisinage au repos. Mais face à tout cela, l’autorité municipale paraît impuissante, voire aphone et atone. Et la plupart des victimes subissent curieusement la situation dans une fatalité déconcertante. Les nuisances sonores seraient-elles impossibles à combattre, sinon à réduire, à Simonville?
En effet, on n’a pas besoin de statistiques pour établir la réalité de ces désagréments sauvages qui sont devenus le lot de tous ceux qui vivent dans le centre-ville et dans les périphéries. En dehors du quartier huppé de Ouaga 2000 où on hésite peut-être encore à implanter ces commerces qui empêchent les voisins de se reposer et même de dormir, il n’y a apparemment pas de six-mètres qui soient épargnés par ce phénomène. Certains vont jusqu’à violer la mesure municipale qui veut que l’implantation d’un débit de boisson respecte au moins une distance de 200 m par rapport aux lieux de culte, les centres de santé et les écoles. Mais on s’en fout. Il n’est pas rare d’entendre des décibels insensés des maquis perturber les prêches et prières dans les mosquées, églises et temples.
Que dire de ce vendeur de cassettes qui met sa musique à fond la caisse sous les fenêtres d’un établissement d’enseignement sur l’avenue Charles-de-Gaulle? Les multiples interpellations des responsables de l’établissement n’ont apparemment pas réussi à lui faire entendre raison. Il pense chercher son pain de cette façon et s’en fout visiblement des effets nuisibles de son activité sur son entourage. Sous d’autres cieux, cela mérite bien une plainte à la police. Mais dans ce pays où l’on prétend ne pas «jeter du sable dans le couscous de quelqu’un», même si on est lésé dans ses droits fondamentaux, tout baigne dans une illogique abracadabrante. Mais bon Dieu! A quoi sert la police dans ce pays, si on hésite à la saisir pour faire respecter la tranquillité publique? Telle est aussi la question qu’on ne pose pas assez. Ceux qui préfèrent se plaindre des nuisances sonores, sans franchir le pas d’une plainte officielle, ne doivent-ils pas logiquement s’en prendre au maire?
A la décharge de l’autorité communale, il se trouve qu’il existe au sein de la police municipale une brigade spéciale chargée d’assurer la tranquillité publique aux citoyens. Il s’agit de ces fameux «policiers à vélo» qui sillonnent les quartiers et les six-mètres pour faire comprendre, appliquer et respecter les mesures municipales en la matière. Mais force est de constater que la ville de Ouagadougou est si vaste et les problèmes de nuisances sonores tellement abondants et simultanés qu’il est illusoire de pouvoir les combattre efficacement à vélo. Une chose est d’avoir une police municipale avec un numéro vert d’appel gratuit pour les plaintes, mais une autre est d’attaquer le mal à la racine. Or, le péché originel de Ouagadougou se trouve dans son urbanisation quasiment informelle et sauvage. Un maquis qui émet de puissants décibels à côté d’une parcelle d’habitation n’a pas besoin d’un dessin pour comprendre que les habitants de cette concession sont soumis à une misère sonore indescriptible. Le bon sens voudrait que le maquis déménage de cet endroit pour la tranquillité du voisinage. Hélas! Rien n’est fait pour déguerpir le dérangeur. Et pourtant, tout le monde sait que même si le tenancier venait à respecter les fameuses heures prescrites - 13 heures à 14 heures 30 et 23 heures - il est difficile d’arriver à la perturbation zéro, ne serait-ce que pour les bruits de clients ivres qui déclenchent des bagarres, parfois en plein milieu de la nuit. Sans compter les bruits des engins qui vont et viennent dans le quartier.
Le bras de fer qu’on a connu en 2006 entre la gérante du défunt maquis «La Jet 8» et ses voisins pouvait, en réalité, se démultiplier dans plusieurs quartiers de Ouagadougou, tellement les cas sont similaires. Mais ce qu’on laisse faire à Gounghin ou à Wayalgin est difficilement supportable à la Cité 1200 Logements où vivent des citoyens qui ont une conscience plus aiguë de leur droit au repos. De sources proches de la mairie, on aurait dénombré au moins 5 000 débits de boissons dans un seul arrondissement de la ville. Ces chiffres qui datent déjà de quelques années montrent que le Conseil municipal est submergé par une forte demande d’ouvertures, sans compter ceux qui exercent déjà dans l’illégalité et dans la violation permanente des textes.
Qu’il s’agisse des nuisances sonores émises par les bars, maquis et cabarets ou par des mécanos et autres artisans, ou encore par un voisin con qui transforme son salon en discothèque ou place son ‘’Nékré’’ matinal sur un mur mitoyen, tous ces comportements s’abreuvent quasiment à la même source, celle de l’incivisme. Que dire de ces minarets qui tonnent du 1000 watts à 4h30 du matin? Ce qui ne saurait dédouaner l’autorité publique de maintenir l’ordre et la tranquillité publique malgré tout. Autant les citoyens qui en sont les victimes ont la responsabilité de se plaindre par les voies officielles, autant la commune doit prendre ses responsabilités et veiller surtout à la maîtrise des causes de ce phénomène qui tend à être banalisé. Disons-le net, il faut arrêter l’ouverture anarchique des débits de boisson et autres lieux de jouissance et de réjouissance. L’artisanat non organisé étant aussi une source importante de nuisances sonores, on attend toujours la concrétisation du regroupement des artisans dans un endroit isolé des habitations. On se demande bien si Simon, visiblement excédé par les nombreuses rébellions dans la ville, n’a pas fini par ranger son projet de «marché de fer» dans les tiroirs.

A. Houédraogo

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Hausse des prix

Le coup d'épée dans l'eau des associations de consommateurs

Les consommateurs du Burkina sont en colère. En cause: la hausse exagérée des prix des tickets de voyage. Sur certaines lignes, comme celle de Ouagadougou-Gaoua, les usagers des cars doivent débourser 2 500 F CFA supplémentaires. Les explications données par les sociétés de transport pour justifier cette montée vertigineuse des prix seraient la récente augmentation des prix du carburant. Cette flambée des tarifs de voyage illustre parfaitement les déboires des Burkinabè, submergés par des problèmes de tous ordres. Il est évident qu’à ce rythme, ils ne pourront plus tenir longtemps. Déjà, les rares salariés qui utilisent leurs vacances pour aller à la découverte de quelques régions du Burkina seront obligés de revoir leurs ambitions à la baisse. Pour autant, ils n’échapperont pas au rouleau compresseur de l’augmentation du prix du carburant et de ses effets collatéraux.
Les syndicats et propriétaires de taxi ne sont-ils pas eux aussi en train de concocter quelque chose? Même s’ils traînent les pieds pour augmenter leurs tarifs, ils risquent d’être contraints par la loi économique de relever les prix de la course. Les populations sont donc prises en sandwich et elles ne savent plus où donner de la tête. En désespoir de cause, certaines n’ont pas hésité à user de la rue pour exprimer leur ras-le-bol.
Ainsi, à Pô, ‘’la citadelle imprenable de la Révolution d’Août’’, des consommateurs ont voulu faire entendre raison aux responsables des sociétés de transport qui desservent leur ville. Il est un fait que le prix à la pompe a connu une hausse, mais de là à propulser les prix des tickets comme c’est le cas actuellement, c’est difficile à comprendre. Les transporteurs donnent plutôt l’impression de se servir d’un  prétexte pour écumer (proprement) les voyageurs. C’est cette attitude mercantile qui n’a pas été du goût de certaines organisations de consommateurs.
La semaine dernière, la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) est montée au créneau. Lors de sa rencontre avec la presse, elle a crié son indignation face à cette nouvelle difficulté imposée aux consommateurs. Elle ne s’explique pas la proportion dans laquelle les prix ont augmenté. Elle regrette par ailleurs l’existence d’une sorte d’entente tacite entre les sociétés de transport. Ce qui, si cela se vérifie, serait une violation des textes dans une économie libérale et de concurrence. La loi communautaire (Uemoa) interdit toute entente entre concurrents pour fixer les prix, car cela reviendrait à vider la liberté des prix de toute sa substance et le pays serait dans un monopole de fait.
La LCB est dans son bon droit. Créée pour défendre les droits des consommateurs, elle ne peut pas rester insensible à cette situation à peine supportable pour la majorité des Burkinabè. Mais quelque part, sa colère prête à sourire. On peut en effet se demander si cette sortie médiatique aura un quelconque impact sur la réalité des choses. C’est peu probable. Et c’est à ce niveau que résident les problèmes des structures de la société civile. Dans la majorité des cas, leurs actions se limitent à une gesticulation. L’action semble relayée aux calendres grecques. C’est tout le contraire de pays occidentaux où les structures de défense des consommateurs dictent par moments leurs lois aux gouvernants. Or, il n’y aura de recul des décideurs que par l’action. Les associations de consommateurs ne sont pas pour autant condamnées à leur statut d’observateur passif. Elles peuvent faire bouger les choses, à condition de changer leur fusil d’épaule et de revisiter leur  méthode de lutte.

Adam Igor

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Dialogue

Il est temps de désherber!

Il  ne reste plus que quelques jours pour la fin des vacances gouvernementales, mais certains ministres n’en ont pas encore fini avec quelques nuits blanches: Jérôme Bougouma, par exemple, ministre du Travail et de la Sécurité sociale qui, tout en attendant le remaniement annoncé par Dame Rumeur, doit préparer la rentrée sociale. Il doit scruter de l’oreille le bruit des souliers des employés qui ne ratent pas l’occasion de battre le pavé pour réclamer de meilleures conditions de vie et du fric. Un autre souci pour une rentrée qu’on dit de mille surprises...
Où sont donc passés le «général» et ses troupes? C’est la question que se posent nombre de citoyens qui crient toujours «à la vie chère», malgré la chute du coût du baril du pétrole sur le marché. Jusque-là, les marches répétées et les concertations ne semblent avoir eu que des promesses comme résultat: le panier de la ménagère, bien «re»-nommé «sachet de la ménagère», reste quasiment vide. A l’approche des rentrées multiples pavées de nombreux points d’interrogations, que concocte le Collectif contre la vie chère, à la tête duquel Tolé Sagnon?
Deux hommes soucieux qui ont de nombreuses raisons de se rencontrer...


Jérôme: Ça fait du bien, le calme?
Tolé: Ça veut dire quoi?
Jérôme: Disons que sans la parenthèse des étudiants, on aurait connu une fin d’année douillette!
Tolé: Toi, peut-être! Tu penses qu’on peut dormir lorsqu’on a des pigeons dans le ventre?
Jérôme: En ce moment, les paysans ont de quoi manger!
Tolé: Ah, ah, ah! Voilà que je suis en train de faire une découverte!
Jérôme: Pourquoi dis-tu ça?
Tolé: Si je comprends bien, il faut savoir hiberner si l’on veut survivre au Faso!
Jérôme: J’ai l’impression que la tendance à l’exagération est un trait commun à tous ceux qui aiment à revendiquer...
Tolé: Nous n’exagérons pas! Les faits, les faits! Comme disent nos journalistes...
Jérôme: Enfin... moi je ne vois rien de scandaleux!
Tolé: Ah, oui? Même lorsque de prétendus «fils à papa» jouent les personnalités sur des avenues?
Jérôme: Y a un problème d’éducation qui se pose, alors!
Tolé: Moi, je trouve plutôt qu’on ne met pas les gens qu’il faut aux places qu’il faut!
Jérôme: Pourtant, le Premier ministre...
Tolé: Il est sans doute de bonne volonté! Seulement, il a eu un héritage qui demande à être revu!
Jérôme: On attend de voir...
Tolé: Quelles sont tes chances dans le jeu?
Jérôme: Ça, c’est la plus grande question piège qu’on puisse poser!
Tolé: On attend tous de voir! On verra aussi combien de portefeuilles seront distribués!
Jérôme: Tu veux dire...
Tolé: Qu’il faut simplement bannir les portefeuilles «calme cœurs»!
Jérôme: Tu oublies qu’il y a...
Tolé: Tu sais bien que certains responsables sont là, parce que... parce que! Or le développement d’un pays ne devrait pas s’embarrasser du copinage et autres...
Jérôme: Tu parles en bon syndicaliste et tu oublies...
Tolé: Non... Je n’oublie pas! Si tu veux savoir, je souhaite seulement qu’il y ait moins de politique dans tout ça. Regarde ce qui se passe dans les villages...
Jérôme: Quoi encore?
Tolé: Le politique prime sur tout! Et puis... il faut avoir la bonne étiquette!
Jérôme: Pourtant, avec la décentralisation...
Tolé: Tu parles! Que fais-tu des sous-produits du parti majoritaire?
Jérôme: Je pourrais te renvoyer la balle, syndicalement parlant! On se demande d’ailleurs ce que vous concoctez actuellement...
Tolé: Sais-tu quelle différence il y a entre un homme politique et un syndicaliste?
Jérôme: Pourquoi cette question?
Tolé: Pour te dire qu’au contraire du premier, très généralement, le second n’agit jamais dans l’ombre...

Propos recueillis, Bourse du Travail, par JJ

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