Journal du Jeudi N°1197 du 28 août au 3 septembre 2014


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Article 37: l'opposition burkinabè rugit à proximité de Kosyam
Ebola: la fièvre qui met le feu aux fesses
Dialogue: bientôt un vaccin contre le chômage de masse des jeunes au Faso?

Article 37

L'opposition burkinabè rugit à proximité de Kosyam

Désormais sûre de son fait, l'opposition burkinabè continue de mettre la pression sur le pouvoir en place. Objectif: contraindre ce dernier à respecter les termes actuels de la Constitution qui limitent le nombre de mandats à deux. Illustration parfaite de cette stratégie, c'est la marche-meeting du 23 août 2014 qui s'est déroulée non loin de la Présidence du Faso. Pour, dit-on avec ironie du côté de l'opposition, signifier clairement au locataire actuel de Kosyam la fin prochaine de son contrat de bail.
Jusqu'au bout, le pouvoir burkinabè aura multiplié les obstacles (c'est de bonne guerre, diront certains) pour tenter de torpiller à sa manière la marche-meeting de l'opposition du 23 août 2014. Depuis les obstacles administratifs jusqu'à l'organisation de manifestations parallèles au même moment et quasiment aux mêmes heures de la journée. Comme par exemple cette manifestation de femmes du Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, opportunément réunies à la Maison du peuple, pour, selon ses organisateurs, solliciter officiellement de la part de Blaise Compaoré qu'il convoque (enfin) ce fameux référendum qu'elles attendent en vain. Du reste, au sein du parti au pouvoir, certains ne font plus mystère de leurs inquiétudes concernant une stratégie qu'ils disent ne plus comprendre.
Forts de leurs succès antérieurs, les partis politiques de l'opposition réunis autour du Chef de file de l'opposition politique, le CFOP, viennent ainsi de gagner leur nouveau pari, celui de parvenir à rassembler à nouveau leurs militants et sympathisants autour du respect de la clause limitative des mandats présidentiels au Burkina. Et cela après les déclarations faites dans la presse (internationale) depuis les USA par le chef de l'Etat burkinabè. Des propos dans lesquels Blaise Compaoré prenait le contre-pied du président américain sur la question des institutions en Afrique et maintenait par la même occasion l'idée d'un référendum au Burkina pour clarifier, selon lui, le débat actuel autour de l'article 37 de la Constitution. Une position immédiatement condamnée, de manière énergique, par l'opposition, qui y a vu une provocation de la part du doyen des chefs d'Etat de la sous-région ouest-africaine.
Résultat: une nouvelle démonstration de force mobilisatrice dans les rues de Ouagadougou. En termes de bilan et au vu de l'engouement suscité auprès d'une partie de l'opinion nationale, on peut dire que Zéphirin Diabré et ses camarades viennent sans aucun doute de réaliser, avec cette nouvelle sortie sur le terrain politique, un double et franc succès.
Primo, ils sont parvenus, en dépit des craintes exprimées en amont de l'événement, à maintenir le niveau général de la mobilisation. Au terme de la marche, certains ont avancé le chiffre de 100 000 manifestants.
De la même manière, l'image d'unité des leaders de l'opposition que l'on disait pourtant écornée par des agendas divergents est encore apparue tout au long de l'événement. Toute chose qui pourrait bien valoir son pesant d'or dans les semaines ou les mois à venir. On oublierait presque ces malheureux incidents survenus en marge de l'événement et provoqués par des éléments perturbateurs. Ce qui aurait pu, dans le contexte national actuel, conduire à d'autres débordements. Heureusement d'ailleurs que l'ardeur des uns et des autres a pu finalement être contrôlée.
Secundo, en empruntant avec succès son nouvel itinéraire dans la partie sud de Ouagadougou, c'est-à-dire non loin des bureaux du chef de l'Etat, l'opposition burkinabè est parvenue à satisfaire une partie de sa base qui réclamait à cor et à cri un message plus fort et plus ferme à l'endroit de l'homme fort de Kosyam.
C'est désormais chose faite et les "8 kil" de trajet avalés en cette période hivernale n'ont de toute évidence pas entamé la détermination des marcheurs qui, pour l'occasion, ont refait le plein de slogans et de formules pour crier leur colère et refuser, selon eux, «la patrimonialisation du pouvoir» au Burkina. 
Pour les organisateurs, il s'agit de toute évidence d'une autre victoire qu'ils mettent sur le compte de la volonté de changement des Burkinabè. C'est un point de vue repris par certains leaders de l'opposition qui ne cachaient pas leur joie de constater que leur appel à manifester a été bien suivi. Eux qui disaient croire ardemment au succès de l'organisation mise en place à cet effet. Ils ont désormais de quoi s'estimer heureux d'avoir pu donner la preuve de leur maîtrise de la situation.
Plus que vers le Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, c'est désormais vers le chef de l'Etat burkinabè que l'opposition dit avoir le regard tourné. Avec l'espoir, dit-elle, que son message a été bien compris et que le capitaine reviendra à de meilleurs sentiments en dépit des pressions qu'exerceraient sur lui les plus extrémistes de son camp. C'est l'avis d'Ablassé Ouédraogo, le président du parti le Faso Autrement. Il espère toujours, dit-il, que Blaise Compaoré acceptera de sortir par la grande porte...

A. Traoré

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Ebola

La fièvre qui met le feu aux fesses

Au départ, on a cru que le virus de la fièvre hémorragique n'arriverait qu'aux autres. Mais plus les jours passent, plus la menace se précise et se rapproche des frontières du Faso. Serait-ce une question de temps, comme le prédisent les plus pessimistes? Le drame dans cette affaire d'Ebola, c'est qu'on ne sait comment ni avec quels moyens thérapeutiques et financiers l'affronter. Mais la solution serait-elle de fuir pour ne pas se faire rattraper?
Difficile de ne pas comparer la trouille que provoque la menace d'Ebola à l'image de quelqu'un dont le derrière est en flamme et qui se met à courir, dans l'espoir idiot de mettre de la distance entre le feu et lui-même, même si cela n'est pas la meilleure réaction possible. Sauf que dans le cas présent, c'est le feu (du virus d'Ebola) qui court vers le Faso. Et la seule solution que les autorités ont trouvée, c'est d'éviter qu'il y arrive. Pour ce faire, on s'interdit d'aller vers les présumés foyers de la maladie et interdit à ceux qui viennent de ces foyers d'arriver chez nous. Mais cette parade est-elle aussi efficace qu'on la présente?
En décidant de reporter sine die le sommet extraordinaire qu'elle organise sur «l'emploi, l'éradication de la pauvreté et le développement inclusif» à Ouagadougou, la commission de l'Union africaine vient de prendre le même raccourci que la plupart des Etats africains face à la menace de l'épidémie. Par la même occasion, elle adopte et encourage la mise en quarantaine des ressortissants des pays les plus touchés. Ainsi, au risque de heurter la sensibilité des Libériens, Sierra-Léonais, Guinéens et Nigérians -dont la présence pourrait éventuellement s'accompagner du redoutable virus dans la capitale burkinabè-, l'UA a choisi de repousser la tenue de la rencontre à «une date ultérieure». Une manière diplomatique de ne pas soumettre les participants au risque d'une contamination pour laquelle l'organisation régionale ne prévoit aucune solution à l'horizon. C'est justement là où le bât blesse.
Pour une fois, on pouvait s'attendre à l'annonce d'un plan continental d'urgence pour endiguer non seulement la propagation de l'épidémie, mais également la prise en charge médicale des personnes déjà atteintes. Hélas, l'UA vient d'avouer son impuissance et son incapacité à faire face à ce problème de santé publique, en adoptant la politique de l'autruche. Or, ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on va faire baisser la fièvre hémorragique d'Ebola. Absolument pas. Il faut prendre les mesures idoines de prévention, mais aussi de traitement. Malheureusement, c'est ce qui manque le plus sur ce continent réduit à la mendicité internationale et à une assistance sans fin. Au-delà de la pitié ou de la sympathie internationale qu'elle inspire, la panique que suscite cet autre virus de la mort n'est que révélatrice de la sempiternelle incapacité des Etats du continent à résoudre leurs problèmes fondamentaux. En plus de se coucher sur «la natte des autres», on attend désespérément que les autres découvrent et nous apportent les vaccins et les sérums qu'il faut pour soigner nos maux. Si ce n'est pas la honte, ça, on n'y est pas loin.
Malgré cette incurie caractérielle de la gouvernance en Afrique, certains chefs d'Etat ne trouvent pas moins le loisir de s'accrocher à leur fauteuil comme des chauves-souris à leurs branches. Car l'essentiel pour eux n'est pas que leurs compatriotes arrivent à affronter quelque menace que ce soit, mais de jouir du pouvoir jusqu'à la lie. Que le virus d'Ebola, le virus du Sida ou encore le paludisme fassent tomber mille personnes à leur gauche et deux mille à leur droite, ils s'en foutent rondement. La seule chose qui leur importe est d'être président et de le demeurer ad vitam æternam. 
En mettant le feu aux fesses de la plupart des Etats de l'Afrique de l'Ouest qui se retrouvent aujourd'hui sous sa menace, la menace du virus d'Ebola révèle au moins une Union africaine par la maladie. Car, sur ce continent où les frontières sont aussi poreuses qu'incontrôlables à tout moment, on n'a pas besoin d'être un devin pour savoir que la solution du «protectionnisme médical» a des limites objectives. Les différentes populations de la sous-région sont tellement interdépendantes qu'il est quasiment impossible de les isoler longtemps. La principale équation est de savoir comment fermer la porte au virus de la fièvre hémorragique tout en maintenant les passerelles des échanges vitaux quotidiens entre les communautés africaines au-delà des frontières artificielles.
Dans l'incapacité avérée des Etats à disposer, ici et maintenant, des remèdes qu'il faut pour infléchir l'épidémie, il est absolument nécessaire d'être vigilant et d'appeler les populations à la prudence. Le virus ne se transmettant pas au hasard, on peut donc l'éviter en observant certaines règles élémentaires qui consistent à référer les cas suspects vers les centres de traitement mis en place à cet effet. Les sources de transmission et de contagion étant identifiées et donc connues, il suffit de s'en éloigner au maximum pour minimiser les risques.
Ici au Faso comme chez le voisin ivoirien d'où le virus peut transiter depuis le foyer incandescent qu'est le Liberia, on semble avoir pris la mesure de la menace et conseiller les dispositions à prendre pour épargner le pire. Mais l'apparition du virus d'Ebola vient rappeler aux Etats africains la nécessité de fédérer les énergies pour faire face aux questions de santé publique et à d'autres défis qui laissent curieusement le continent impuissant et désarmé. C'est bien de courir pour s'éloigner du feu, mais c'est encore mieux de se munir d'un dispositif de prévention pour éviter l'extension de l'incendie à l'échelle du continent.

F. Quophy

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Dialogue

Bientôt un vaccin contre le chômage de masse des jeunes au Faso?

Basga Emile Dialla, c'est un peu l'exception à la burkinabè et dont tout le monde semble s'accommoder tant bien que mal. Et pour cause, c'est à ce “tonton” qu'échoit depuis 2011 la résolution des questions de jeunesse au Burkina. En lien avec l'emploi et la formation professionnelle. Comme pour dire que dans le gouvernement Compaoré-Tiao personne ne connaît mieux les problèmes des jeunes que les doyens. Et tant pis si cela peut paraître old school. Pour le reste, le successeur de Justin Koutaba et d'Achille Tapsoba au “MJFPE” tente, avec les moyens limités dont il dispose, de donner aux jeunes du Burkina la place qu'ils méritent dans le débat public. Des jeunes qui, lorsqu'ils sont à bout de patience, n'hésitent souvent pas à hausser le ton pour bien se faire comprendre.
Un autre ministre du gouvernement Tiao, qui n'a pas non plus la tâche facile en ce moment, est bien celui de la Santé. En effet, avec les événements actuels liés à la résurgence de l'épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola, l'homme ne dort plus que d'un œil. Et il y a de quoi. Car entre rumeur, intox et informations souvent contradictoires, chaque jour qui passe apporte avec lui son lot d'actualité liée à ce problème qui concerne aujourd'hui toute la sous-région ouest-africaine et qui s'étend désormais aux autres parties du globe. Toute chose qui justifie bien le fait que le patron de la Santé au Faso se tienne prêt à donner aux Burkinabè les éléments d'informations utiles. Ce qui ne va sans quelques désagréments. Comme par exemple le report sine die du sommet de l'Union africaine sur l'emploi et le développement qui devait initialement se tenir à Ouagadougou.
Entre le ministre de la Jeunesse et celui  de la Santé, on peut donc aisément comprendre que l'heure soit à la concertation en ce moment pour partager quelques éléments de confidence. L'avenir du pays en dépend.

Emile: Léné, vraiment tu es contre mon développement!
Léné: Comment, et pourquoi donc?
Emile: Vous avez annulé mon gombo, toi et tes gars de l'Union africaine. Ce n'est pas bien. Ne réduisez pas ainsi notre pôle de croissance individuel.
Léné: Je te comprends parfaitement. Mais toi même tu sais qu'on ne pouvait pas prendre un tel risque actuellement. La situation risquait d'être hors de portée pour nous.
Emile: Ouais. C'est vrai. Mais tu sais que les opportunités de développement sont de plus en plus rares dans le pays. Surtout dans un ministère comme le mien.
Léné: Oui, mais les occasions ne manquent jamais dans ce Burkina émergent. D'ailleurs, j'ai vu que tu es allé prendre du bon temps dans les cascades et sous les rôniers.
Emile: Oh oui! J'ai juste répondu à l'invitation de “Vuvuz”. Comme tu sais, c'est le protégé du patron et il faut l'encourager un peu. Sait-on jamais. En cas de remaniement ça peut toujours servir.
Léné: Effectivement, c'est très important. Raison pour laquelle moi aussi je m'active pour sortir le grand jeu sur le terrain. J'ai même fait venir une combinaison spéciale du Canada.
Léné: Contre Ebola?
Léné: Non. Pour lutter contre la mal-gouvernance dans le secteur de la santé.
Emile: Ton vaccin est-il efficace pour y parvenir?
Léné: Heu... Je dois dire que pour l'instant nous sommes en phase d'essai. Mais j'ai bon espoir qu'on parviendra d'ici peu à trouver la solution.
Emile: Un vaccin contre les deals dans la santé ici au Faso? Par la barbe d'un sociologue... En tout cas, bonne chance
Léné: Tu ferais mieux d'en chercher un, toi aussi, contre le chômage des jeunes, mon cher.
Emile: Oh, tu sais qu'au MJFPE on en a beaucoup qui sont en étude en ce moment. Y a le PSCE, y a le FAIJ, le Fasi, le FNJ... Y a aussi les djandjoba, les concerts de coupé-décalé, les reboisements. Sans oublier la rencontre des jeunes avec le boss. Tout cela pour les jeunes.
Léné: Oui, mais au fait, quel est le taux de chômage exact au Burkina en ce moment?
Emile: Tu sais, mon cher, le chômage au Burkina Faso, c'est une question subjectivement objective et objectivement subjective comme le disait quelqu'un. Donc, pas de panique, nous on gère.

Propos recueillis, au Building Lamizana, par JJ

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