Journal du Jeudi N°1288 du 26 mai au 1er juin 2016


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Municipales 2016: pâle scrutin
Situation nationale: et si on allait à un gouvernement de sursaut national ?!
Dialogue: qui était qui et qui vaut quoi ?

Municipales 2016

Pâle scrutin

Le dimanche 22 mai 2016 était attendu pour être un grand jour au Faso, du moins sur le plan électoral. Ils étaient ainsi plus de 5 millions et demi, les Burkinabè attendus dans les bureaux de vote pour élire 20 000 conseillers municipaux. Mais contrairement au 29 novembre 2015, jour des scrutins couplés (législatives et présidentielle), il n’y a même pas eu de courts rangs, en tout cas devant la majorité des bureaux de vote à Ouagadougou, et certainement aussi à l’intérieur du pays, pour le choix des futurs exécutifs locaux.
La journée électorale du 22 mai 2016 a été marquée par une morosité quant à l’affluence devant les bureaux de vote. Il en a été ainsi tant dans la capitale Ouagadougou qu’un peu partout à l’intérieur du pays. Une situation qui suscite des questionnements: découragement des populations vis-à-vis de la classe politique? Méconnaissance des enjeux des élections locales? Candidats inconnus des électeurs? En tout cas il y a certainement quelque chose qui cloche quelque part.
Cette faible affluence électorale intervient dans un contexte où les données en termes de participation aux élections couplées (présidentielle et législatives) de 2015 ont pu faire croire que les Burkinabè sont désormais en plein dans l’appropriation du processus d’instauration des institutions démocratiques. Et que, dans cette dynamique, l’affluence devant les bureaux de vote allait être meilleure ou, à tout le moins, être au même niveau que celle d’il y a quelques mois. Erreur! L’affluence était tellement faible que des agents commis à la sécurisation du scrutin avaient, par endroits (par exemple, au lycée Péniel à Tanghin), le temps de ‘’monter du thé vert’’. Bien entendu le taux de participation risque malheureusement d’être de loin en deçà de celui de novembre 2015. Quelle légitimité alors pour ceux qui seront élus dans ces conditions?
L’autre pan de ce contexte fort inquiétant d’une affluence en baisse, c’est celui des actes de violence et de vandalisme contre des installations de la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Des actes de défiance de l’autorité de l’Etat et qui, finalement, imposent la reprise des élections dans certaines communes, en l’occurrence dans celles de Zogoré, Béguédo, Bouroum-Bouroum, Dapélogo.
Mais ce à quoi l’on pouvait le moins s’attendre, c’est l’installation des bureaux de vote -sans indication par banderoles, comme cela a toujours été le cas- dans des espaces libres en ces périodes de pluie. Ce fut le cas un peu partout dans le pays, même dans la capitale. Du reste, au niveau de l’arrondissement 4 de Ouagadougou, plusieurs bureaux de vote ont été installés sous des tentes, et même sous des arbres, devant des bâtiments qui servaient de cadre à ces bureaux de vote.
Au niveau du quartier Tampouy, les abords d’un rond-point ont même accueilli des bureaux de vote. Plusieurs provinces, comme celle de la Tapoa, dans la région de l’Est, ont également enregistré de tels bureaux de vote. Les électeurs de ces bureaux de vote se sont vus ainsi obligés d’exprimer leur choix sous les regards de passants. Ce qui porte quelque peu atteinte au secret du vote. Sinon que cela gêne tout simplement l’électeur dans l’expression de son choix. Evidemment, ces bureaux de vote se trouvaient exposés aux affres de la pluie. Qu’auraient pu faire les agents de ces bureaux de vote s’il y avait eu la pluie?
Même en cas de déménagement sous la pluie pour rallier un abri, le risque était grand que la transparence du scrutin soit entachée. Ce qui pourrait grossir le rang des sources de contestation des résultats. Surtout que cette fois encore, il y a eu très peu de délégués de partis politiques pour assurer la veille rapprochée sur le déroulement du scrutin. Et, plus inquiétant, les dépouillements sont intervenus dans la nuit, sous des lampions à luminosité approximative dans plusieurs bureaux de vote entourés de nombreux badauds, dont des bambins.
Certains agents de bureaux de vote ont dû utiliser leur téléphone portable comme source d’éclairage. Sans doute que dans les campagnes, les conditions de dépouillement ont été plus difficiles. Mais pourquoi cela? est-on tenté de se demander. Ces élections ont-elles été voulues pour se dérouler au rabais? En tout cas, l’on était en droit d’en attendre mieux de la CENI.
Qu’à cela ne tienne, les dépouillements ont été faits tant bien que mal. Aussitôt après, les centres communaux de compilation ont été ralliés par les membres des bureaux de vote. En attendant les résultats qui sortiront de ces centres, l’on peut bien noter que l’ambiance électorale de ce 22 mai n’a pas été celle des grands jours, et qu’au-delà, le bond qualitatif tant au plan organisationnel qu’au plan de l’appropriation populaire -par rapport aux élections de novembre 2015-, légitimement attendu, a manqué au rendez-vous.

A. TraorČ

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Situation nationale

Et si on allait à un gouvernement de sursaut national ?!

Ça y est, c’est fait. Les élections municipales du 22 mai dernier ont confirmé la lassi tude des           Burkinabè face à un nouveau pouvoir qui peine à trouver la formule magique pour les faire rêver. Alors, ils ont majoritairement boudé le scrutin. Ils ont donné un carton orange au trio Roczilla-Simon-Salif. On attend désormais le signal fort en réponse à la mauvaise passe.
Et si le fond du jeu du nouveau pouvoir paraît aussi décevant, c’est bien que les joueurs qu’il a alignés depuis le début de l’année ne mouillent pas vraiment le maillot. A commencer par le capitaine de l’équipe lui-même. Malgré les efforts qu’il essaie de faire, Popaul convainc chaque jour un peu plus sa difficulté à être à la hauteur du défi. Cela peut s’expliquer soit par le fait qu’il maîtrise peu la situation nationale, soit qu’il n’a pas les coudées franches pour prendre les décisions qu’il faut, quand il faut et comme il faut.
Or, en la matière, ça ne pardonne pas. Même le grand Simon, chef suprême des Koglwéogo devant l’Eternel, manque cruellement d’inspiration pour impacter son triple département ministériel. D’abord, sur le plan de l’Administration territoriale, il a du mal à imposer sa vision, encore moins son rythme. Au lieu de réagir au quart du tour comme il en a l’habitude, ses principaux collaborateurs que sont les gouverneurs, les hauts-Com et les Présidents de délégation spéciale (PDS) n’arrivent pas à prévenir les nombreux couacs, drames et autres tragédies que le Faso a vécus en moins d’un semestre.
Sa certification des Koglwéogo a engendré plus de problème de sécurité qu’elle n’en a résolu en réalité. Jamais les Forces de défense et de sécurité n’ont été aussi démotivées et démoralisées qu’au cours de cette année. Il suffit d’oser la causette avec certains éléments pour se rendre compte que le moral des troupes est au plus bas. Avec tous les revers qu’ils ont connus à travers l’incendie de leurs lieux de travail et de leurs domiciles, sans compter la mort du policier qui ne cherchait qu’à faire son travail, les braves Forces de défense et de sécurité (FDS) sont plongées dans le doute sur la capacité des nouveaux dirigeants à leur assurer la sécurité due à la spécificité de leur mission. Elles ont l’impression d’être désormais livrées à elles-mêmes.
Justement parce que l’Administration du territoire va mal, la sécurité a perdu ses repères. Que ce soit sur les routes, dans les villes et dans les villages, elle est arrivée et arrive trop tard. Le drame du tout dernier accident de la circulation qui a encore fait des dizaines de morts sur la Nationale n°1 est la preuve de l’inconséquence dans la gestion des Transports interurbains. Les mauvaises habitudes des compagnies privées ont la peau dure, certes. Mais c’est parce qu’on a laissé faire que ça continue. Les «mesures urgentes du gouvernement» qui consistent à plomber les cars ou à interdire le transport mixte et la surcharge ne sont en fait que de vieilles recommandations jamais appliquées jusque-là.
Et pourtant, le gouverne-et-ment de Popaul 1er a eu l’originalité de créer un ministère en charge de la «mobilité». Mais à la pratique, ce n’est que du vent. On ne sait vraiment pas à quoi rime cette trouvaille. “Soul-au-carré”, le sinistre en charge des «embouteillages», paraît plus coincé dans son bureau qu’à être véritablement présent sur les routes pour décongestionner le trafic. Il a fallu que survienne l’accident de la dernière fois pour le voir au constat. Aux côtés de Simooon, il est apparu comme un médecin après la mort. Ce n’est pas comme ça qu’on peut prendre la spécificité de son département au sérieux.
Que dire des questions de l’eau et de l’énergie? Là encore, les sinistres commis à ces tâches stratégiques n’ont fait, en réalité, que gérer les affaires courantes. Les mesures urgentes et novatrices qu’on attendait ne sont pas venues. Or, il aurait fallu que des décisions fortes soient prises bien avant la période de canicule que tout le monde redoute. Mais hélas! Comme d’habitude, on a attendu que ça chauffe avant de chercher à colmater les brèches. Malgré toutes les expériences dont il se targue, le nouveau pouvoir n’a pris aucune mesure anticipatrice.
Il en est de même dans le domaine des Télécommunications. On s’attendait à ce que plus de rigueur soit exigée des acteurs de ce secteur stratégique, mais il ne s’est rien produit de nouveau sous le soleil du Faso. On continue de vivre les mêmes problèmes de réseaux paumés et d’appels qui n’aboutissent pas par suite d’encombrement. Bref, tout se passe comme avant. Et c’est bien ce qui fume les Burkinabè, qui n’ont finalement pas l’impression d’avoir marqué une rupture avec le passé.
On aurait pu continuer à égrener les manquements et les manques d’anticipation au niveau de chacun et de tous les départements ministériels. Nulle part on a vu d’actions fortes et vigoureuses à même de faire dire qu’enfin ils veulent nous montrer autre chose. Le pire, c’est que lorsque le président lui-même finit par exécuter ce qu’il a préalablement et publiquement refusé, ça donne vraiment l’impression d’un tâtonnement, voire d’un cafouillage gouvernemental. Quelques semaines seulement après avoir crié sur tous les toits que «les caisses de l’Etat sont vides», les gouvernants se dédient en mettant en œuvre la Loi 081 relative au reclassement des fonctionnaires. En plus, on fait baisser le prix du carburant sans qu’on dise où l’on a trouvé les moyens pour se livrer à cette débauche de magnanimité.
S’il est vrai qu’«on ne change pas une équipe qui gagne», on ne devrait pas non plus garder une équipe qui fait perdre la confiance. C’est une question de logique et de bon sens dont le Roczilla devrait tenir compte pour ne pas perdre complètement la face. Il faut un gouvernement de sursaut national. Et c’est peu de le dire ainsi.

F. Quophy

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Dialogue

Qui était qui et qui vaut quoi ?

En 1998, Frédéric Guirma défiait Blaise Compaoré pour la conquête du fauteuil présidentiel que ce dernier remettait en jeu.
Notons que dans l'affaire, il y avait aussi un certain Ram Ouédraogo pour le compte des Ecologistes.
Finalement, l'ancien ambassadeur fut largement battu par l'homo ziniarius. Apres quoi, l'ex-diplomate décida de se retirer en France. Non sans avoir auparavant croisé le fer avec certains de ses anciens camarades du Front de refus/RDA, qu'il présente comme étant des manipulés à la solde de l'ancien pouvoir déchu,  dans une ténébreuse histoire de sous de campagne.
Qu'à cela ne tienne, dès que l'occasion se présente à lui, l'octogénaire n'hésite pas à voler dans les plumes de ses adversaires, qui en prennent pour leur compte.
Universitaire et homme politique au verbe haut, Laurent Bado est le père fondateur du Paren, le Parti de la renaissance nationale. C'est ainsi qu'après avoir longtemps roulé son crâne dans l'opposition au point d'y perdre ce qu'il en reste encore de cheveux, il a décidé de faire cause commune avec la nouvelle majorité présidentielle, incarnée par le MPP, le Mouvement du peuple pour le progrès de Roch Marc Christian Kaboré. Une situation qui permet de facto au Paren de faire l'expérience de la gestion du pouvoir d'Etat. Et ce en dépit des critiques faites à son encontre.
Entre Frédéric Guirma et Laurent Bado, la politique se conjugue nécessairement au temps de l'actualité. Et les mots pour le dire n'en arrivent qu'aux pas de charge.

Guirma: Alors, monsieur le soufflé, ou plus exactement le boursoufflé de Ouagadougou, devrais-je dire! Ainsi donc on se fait refaire le portrait format numérique et en pleine rue?
Bado: Quoi! Qui? Moi? Moi Laurent? Il a de la chance, ce faux type! Il a de la chance que je n'ai pas vu le coup venir. Sinon je lui aurais cogné et ratatiné le front. A tel point qu'il aurait été refusé et rejeté par les siens.
Guirma: «Front»? «refusé»? Pas d'amalgame possible, mon cher politicard. Le Front de refus, c'est et ça reste une marque déposée pour Son Excellence. C'est l'affaire des Hommes politiques humbles et modestes comme moi. Pas pour les politiciens abonnés à la soupe populaire.
Bado: Mais justement, tu ne sais pas que la politique ce sont surtout les idées? C'est le crâne. Pareil au mien. Un crâne qui ose et qui propose.
Guirma: Et c'est pour cela que tu as décidé de conduire ton parti au banquet "saliféen" pour bouffer un peu avec la compagnie et le système?
Bado: Tu sais, je vais te dire quelque chose. Le Paren n'a jamais été et ne sera jamais à vendre comme dans un yaar de quartier. Le Paren, c'est le parti des partis.
Guirma: Zut alors... C'est pour cela d'ailleurs que le petit Samo t'a envoyé un OBUS téléguidé à distance...
Bado: Mais moi, au moins, je n'ai pas eu besoin de filer du pays à la quatrième vitesse comme d'autres. Je suis resté droit et constant comme un castor au sec avec le pouvoir. D'ailleurs, je te rappelle que ce n'est pas moi qui suis allé à la majorité comme certains le pensent, c'est plutôt la majorité qui est venue jusqu'à moi.
Guirma: Mais alors, qui t'a dit que j'ai fui le pays? Je parie que c'est encore une idée abondamment répandue par Yéro Boly et ses associés putschistes.
Bado: Mais ça, c'est toi qui l'as cherché. Tu n'avais qu'à laisser la première place tout en continuant de tirer les ficelles dans l'ombre.
Guirma: Quoi! Tu parles. Avec des barbouzes comme Yamba Sonmanda et Cie, c'était déjà peine perdue.
Bado: En tout cas, moi Bado, mon Tahirou, je l'ai à l'œil.

Propos recueillis, à Ouagadougou, par JJ

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