Journal du Jeudi N°1302 du 1er au 6 septembre 2016


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Présidence du Faso: ces nominations qui font jaser
PNDES: la solution miracle de Roch tarde à se mettre en place
Dialogue: les ministres à tonton

Présidence du Faso

Ces nominations qui font jaser

Alors que l'ensemble des Burkinabè attend toujours avec impatience la fameuse «relance de l'économie» promise par le Roczilla et que les fonctionnaires scrutent leurs bulletins de paie pour voir les effets de la Loi 081, les dernières nominations à la présidence du Faso ne sont pas du goût de tout le monde, et pour cause.

Deux leaders des Organisations de la société civile (OSC), Désiré Guinko et Barkissa Ouédraogo, pour ne pas les citer, ont reçu une promotion à faire pâlir d'aigreur et de jalousie leurs camarades rivaux. Il a plu au nouveau capitaine du navire battant pavillon Burkina de faire d'eux des Chargés de mission à la présidence du Faso. Sur quelles bases ont-ils été nommés et pour faire quoi concrètement? Difficile de répondre à cette question, qui ne manque pas de faire couler beaucoup d'encre et de salive sur les réseaux sociaux. Du moins, depuis mercredi dernier, date de publication officielle de ces nominations dans le traditionnel conseil des ministres, on ne parle que de ça dans les maquis, bars, gargotes et grins de thé.
Pendant ce temps, les intéressés ne se privent pas de savourer leur promotion sur leurs pages Facebook. Qui est fou? C'est à croire que les nombreuses piques lancées ici et là ne leur font ni chaud ni froid. En tout cas, ils montrent clairement qu'ils n'en ont rien à cirer. Même s'ils semblent tout à fait conscients que cela ne plaît pas à tout le monde, ils n'en sont pas moins fiers. Voici d'ailleurs ce qu'on pouvait lire vendredi dernier sur le Mur de Désiré Guinko, ci-devant porte-parole de la Coordination nationale des OSC. «Ce matin, je tiens à marquer toute ma reconnaissance à l'endroit du Président du Faso, Son Excellence Roch Marc Christian Kaboré pour sa confiance renouvelée à la jeunesse. Longtemps nous réclamions la présence de la jeunesse auprès des instances décisionnelles de notre pays. Cela se matérialise aujourd'hui dans les faits. Nous avons de grands défis à relever pour notre génération, pour notre patrie et nous les relèverons avec dextérité. Merci à tous et à toutes pour vos soutiens, pour les félicitations multiples... Dieu protège le Burkina Faso».
Comme on peut le voir, cette déclaration a l'avantage de partager les émotions qui animent le promu Désiré Guinko, mais aussi et surtout de montrer qu'il s'agit de quelque chose qu'il attendait depuis longtemps. Ce qui confirme les bruits qui ont circulé au début de l'installation du nouveau régime et qui faisaient état de l'impatience ou de la déception de certains leaders d'OSC par rapport aux promesses à eux faites par leurs parrains. C'est maintenant chose faite, comme l'intéressé l'affirme lui-même. Désiré Guinko et Balkissa Ouédraogo voulaient siéger dans les «instances décisionnelles». Et voilà que leurs vœux viennent d'être enfin exaucés par le Roczilla. Que le nom du Gros de Zorgo soit donc béni!
Mais le hic dans l'aigreur suscitée par ces nominations, c'est qu'elles ne fument pas seulement ceux qui estiment qu'il s'agit de «récompense pour service rendu». Elles font jaser au sein même des instances dirigeantes du parti au pouvoir, le aiMePéPé, ou, si vous préférez, le Mouvement du Pilim Pambé. Des cadres, et pas des moindres, estiment que les nominations à des postes aussi «stratégiques» comme ceux de Chargés de mission devraient faire l'objet de concertation préalable du Bureau politique national (BPN) afin de «mettre l'homme qu'il faut à la place qu'il faut». Or, dans le cas précis, il s'agit beaucoup de booster un «bon petit» et une «bonne petite».
Seulement voilà. Existe-t-il vraiment une politique de promotion des cadres au MPP? Absolument pas. A la vérité, tout se passe dans ce parti comme si l'essentiel n'était pas les compétences, mais plutôt les récompenses. Cela est nécessairement frustrant pour ceux qui ont du mal à contenir leur patience. Ce ne sont pas les plus méritants qui sont promus, mais ceux qui sont plus proches du président. C'est là où le bât semble blesser.
Sauf qu'à la vérité, comme cela apparaît clairement depuis la nomination du Premier ministre, Popaul 1er, et des membres de son gouverne-et-ment, on assiste à une sorte de guerre du trio RSS, entendez Roch-Salif-Simon, dans la distribution des postes politiques conquis. Ce n'est un secret pour personne que chacun d'eux a «ses ministres» qu'il a soigneusement choisis au grand dam des exigences du mérite et de la compétence. Visiblement, c'est la même logique qui se poursuit dans la nomination des collaborateurs du président, des ministres et du président de l'Assemblée nationale.
La nomination des jeunes activistes des OSC que sont Désiré Guinko et Balkissa Ouédraogo vient confirmer le fait que ces jeunes avaient toujours bossé, corps et âme, pour le Roczilla et son MPP. Et que le président n'a pas trouvé meilleur retour d'ascenseur à leur faire qu'à les nommer auprès de lui comme Chargés de mission, quitte à frustrer certains «camarades» du parti. On n'est pas très loin de la logique de l'ODP/MT qu'on pouvait aisément décliner en Office pour la Distribution des Postes/Mange et Tais-toi. Et Dieu sait que depuis le début de l'ère RSS, ils sont nombreux à avoir déjà reçu leur part de «manger». Le jeu est si pernicieux pour tout ce beau monde que les critiques les plus acerbes des Insurgés et des Transitaires se sont tues et vont se taire parce qu'il a désormais la bouche trop pleine pour parler, même de ce qui ne va pas.

F. Quophy

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PNDES

La solution miracle de Roch tarde à se mettre en place

A son arrivée au pouvoir, Roch a trouvé la Stratégie de croissance accélérée pour le développement durable (SCADD) qu'il a balayée du revers de la main pour mettre en place son Programme national de développement économique et social (PNDES). Cependant, à 3 mois de l'anniversaire de son arrivée au pouvoir, le PNDES tarde à se mettre en place.

La SCADD a été mise en œuvre sur une première période qui s'est étalée de 2010 à 2015. On s'acheminait vers la deuxième phase 2015-2020, lorsque l'insurrection est intervenue. En 2015, la SCADD affichait un taux de réalisation de 54% des mesures et actions de la matrice de performance. Un échec qui ne dit pas son nom, mais aucune évaluation pertinente sur les raisons de cet échec n'a été produite. Pour les ex-dirigeants de la SCADD, la mutinerie de 2011 et les crises de 2014 en sont les principales causes. En réalité, la SCADD a échoué à cause de la faible capacité des hommes chargés de sa gestion. Ils ont fait preuve d'insuffisance dans la planification, ce qui a engendré des lourdeurs administratives et des retards d'exécution. Mais comme au Burkina Faso on ne sanctionne pas les mauvais élèves, ce sont les mêmes qui sont promus à des postes de responsabilité par le nouveau pouvoir.
C'est la preuve que Roch, à sa venue, n'a pas cherché à comprendre pourquoi la SCADD a échoué. Il a eu comme réflexe de balayer du revers de la main la SCADD pour mettre en place son PNDES. Avant la SCADD, le Burkina Faso a expérimenté d'autres programmes de développement, sans succès.
La première phase du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) a été mise en œuvre de 2000 à 2005 et la deuxième phase de 2005 à 2010. Le CSLP, qui devait lutter contre la pauvreté des Burkinabè, a eu le "mérite" de rendre les Burkinabè plus pauvres. Il a accentué la pauvreté monétaire des Burkinabè, pendant que les taux de croissance augmentaient d'année en année. Que signifie un taux de croissance de 7 ou 8% si la majorité des Burkinabè ne peut pas joindre les deux bouts? On balance juste des chiffres pour faire plaisir à des bailleurs de fonds et toujours bénéficier de leur soutien.
Si le CSLP a été mis en place, c'était pour réparer les insuffisances des programmes d'ajustement structurel (PAS) mis en œuvre au début des années 90, avec comme leitmotiv la promotion du secteur privé, l'Etat devant jouer le rôle de régulateur. Les PAS consacraient le retrait de l'Etat des domaines de production pour les léguer aux privés. La manifestation de ce retrait a été la privatisation de plusieurs sociétés d'Etat. Ces privatisations ont constitué un moment fort pour brader des entreprises publiques. Aussi, des hommes politiques ont usé d'abus d'autorité pour céder des entreprises à leurs proches.
Les PAS furent un échec. Puis vint la période de remise de la dette des Etats. Le Burkina a profité de cette mesure afin de faire face à ses charges. Depuis l'arrivée de Blaise Compaoré au pouvoir, le Burkina a expérimenté des programmes politiques de développement sans qu'aucun n'ait un impact sur les populations. Entre-temps, le document Burkina prospective 2025 a été élaboré. De ce qui a été dit, ce document devait permettre une véritable émergence du Burkina à l'échéance 2025, si le plan d'action avait été mis en œuvre. Il constituait un véritable programme politique ambitieux et réaliste. Mais les dirigeants de l'époque l'ont ignoré, préférant mettre en œuvre leur petit programme de 5 ans renouvelable une fois.
Pour revenir au PNDES, il a été décrit par le pouvoir en place comme la solution au problème de développement du Burkina Faso. Tout comme les programmes précédents, il a une durée de mise en œuvre de 5 ans, c'est-à-dire de 2016 à 2020. Cependant, nous sommes en fin 2016 sans qu'on n'assiste à un début de mise en œuvre. Pire, le document lui-même n'est pas prêt, puisque son élaboration suit toujours son cours. On nous avait annoncé la tenue de la table ronde pour le mois de juin 2016. Nous sommes début septembre sans que la version définitive du document ne soit disponible. La conférence des bailleurs autour du PNDES se tiendra donc au cours du dernier trimestre de l'année. Les différents bailleurs de fonds vont à cette occasion se prononcer et on se demande à quel moment ils vont décaisser les fonds en faveur du PNDES. Le PNDES n'aura donc qu'une durée de vie de 4 ans sur les 5 prévus. Quel sera son impact à l'horizon 2020? On accusera la situation sécuritaire peut-être pour justifier la non-atteinte des résultats attendus. Le Burkina Faso devrait expérimenter des politiques de développement durables, au lieu d'exceller dans de petits projets sans effet.

Djénéba Sangaré

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Dialogue

Les ministres à tonton

C'est l'un des «jeunots» du gouvernement, pour emprunter une expression chère à Béatrice Damiba, l'ancienne Présidente du Conseil supérieur de la communication. Et pourtant c'est bien à lui, Smaïla Ouédraogo, que la santé de ce cher Faso a été confiée. Bien coaché par son mentor, qui n'est personne d'autre que Salif Diallo, le Président de l'Assemblée nationale, l'ambitieux ministre a pris très à cœur la mission qui lui a été confiée. Un peu trop, aux yeux de ses détracteurs, dont certains n'apprécient que très modérément sa volonté supposée de tout régenter. Mais l'on imagine mal que ces critiques arrêteront la détermination de cet élu du Yatenga. Bien décidé qu'il est à aller résolument de l'avant.
Lui également est un protégé. Un filleul de luxe tiré du monde de la banque pour en faire un ministre dans un secteur tout aussi stratégique que celui de la santé: les infrastructures, dont on peut aisément deviner l'importance pour un pays enclavé comme le Burkina Faso. Un pays dont le besoin en termes de débouchés pour son économie est extrêmement important. Et qui, mieux qu'un proche, un ''bon petit'' comme les Burkinabè aiment à le dire, pour faire le travail et rendre compte à qui de droit. Il est vrai qu'au moment du bilan chaque point comptera et vaudra son pesant d'or. De quoi susciter un supplément de motivation chez le quadra.

De Smaila Ouédraogo à Eric Bougouma, c'est le Faso postinsurrectionnel qui est en chantier. Avec sa part de lumière et d'ombre. De quoi susciter quelques échanges entre ministres.

Smaïla: Alors, jeune ambitieux! Elle avance, cette route du développement?
Eric: Oh, jeune collègue, dis-moi plutôt comment tu gères tes dossiers en béton en cette saison pluvieuse. Puisque je constate que toi aussi, tu as eu ta dose de polémiques à gérer.
Smaïla: Eh oui! Comme d'habitude, il y a toujours des gens qui sont réfractaires au changement et qui veulent casser le thermomètre pour calmer leur fièvre. Mais ne t'en fais surtout pas; car chez moi c'est ''petit marteau qui casse gros caillou''. Nous avons un bilan à produire et rien ne doit arrêter notre détermination.
Eric: Oui. C'est pour cela que nous devons prendre l'argent là où il se trouve pour travailler. Car, comme tu le sais, l'argent n'a pas de forme, ni de couleur, encore moins d'odeur. Pourvu qu'il aide à bien travailler et à avoir des résultats. Tout le reste c'est du blabla.
Smaïla: Pourvu que le pays se porte bien et que les affaires marchent correctement.
Eric: Mais dis-moi, ton type, pourquoi il nous vole dans les plumes comme ça avec fracas? Franchement je ne sais pas ce qu'il recherche, hein! Mais c'est pas bien.
Smaïla: Tu sais, tonton Gorba, c'est un dur gars. Un vrai professionnel de la politique comme on a en rarement vu dans ce pays. Et je peux t'assurer que j'apprends à ses côtés. Viens à son école et toi aussi, tu en apprendras beaucoup plus que tu ne le crois.
Eric: En attendant, nous avons du pain sur la planche. Toi et moi. Le reste on avisera par la suite. Tu ne crois pas?
Smaïla: Mais qu'est-ce que tu crois, mon frère? Le travail que nous faisons en ce moment, c'est la politique. Et nous devons l'assumer. Moi en tout cas, je place mes gars là où il faut et je tape aussi quand il le faut.
Eric: Je crois que tu as raison. Nous sommes en mission et le pays nous regarde.

Propos recueillis, sur le boulevard de la Circulaire, par JJ

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