Journal du
Jeudi N°892
du 23 au 29 octobre 2008

C'est un monde: zíoutez-moi pension!
«Moi engagé militaire, moi pas besoin galon, z’outez-moi du riz!» La complainte des anciens tirailleurs est bien connue. Casimir Zoba, alias Zao, avec l’humour caustique qu’on lui connaît, et dans l’une des mélodies qui l’a rendu célèbre, a certainement fait toucher du doigt, avec sa chanson «Ancien combattant», la réalité de ces gens qui ont fait «la guerre mondiaux» et que l’on a oubliés, abandonnés à leurs tristes sorts. Et puis, le film «Tasuma» (le feu), du réalisateur burkinabè Kollo Sanou, a fini de montrer, au-delà du rire et de la dramaturgie d’une situation injuste et révoltante, combien les droits de ces braves Africains, morts pour leur patrie d’au-delà l’Atlantique, sont simplement bafoués.
Et vint la sortie de «Indigènes», un autre film sur cette terrible réalité de la justice à double visage dont usait la France dans le traitement des anciens combattants, qu’ils soient Français ou... indigènes, pour que la lumière fût! On se rappelle, en effet, qu’à la surprise générale le président Jacques Chirac a décidé, en Conseil des ministres, le jour même de la sortie en salles du film, de «mesures importantes concernant les pensions des anciens combattants des ex-colonies françaises qui se sont battus pour la France». On revenait de loin. Seulement, la «décristallisation» n’a concerné que les retraites de combattants et les pensions d’invalidité, dans le cadre de la loi de finances 2007, et non pas «la pension de retraite militaire, qui est la part la plus importante des prestations» dues aux tirailleurs.
Mais bon, pour six anciens combattants «indigènes» marocains, c’est la fin du... parcours de combattant. Le tribunal administratif de Bordeaux a, en effet, décidé, pour la première fois en France, de revaloriser leurs pensions de retraite! Les heureux «indigènes» réclamaient, à juste titre, un alignement sur le montant perçu par les anciens combattants français, et devraient à présent voir leurs pensions multipliées par huit à dix. Une cinquantaine d’autres Marocains, dans la même situation, devraient bénéficier du même ajustement.
Une note bémolisante cependant: les tirailleurs sénégalais, eux, n’ont pas eu le même bol... Affaire de texte-là, ça va nous «cadavere» complètement!
Phil