Journal du Jeudi N°892 du 23 au 29 octobre 2008


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Cross du 15 octobre à Ouaga: quand les organisateurs piétinent les lois de la république
Contrôle douanier: Ouaga avec char fraudé, c'est la galère !
Dialogue: silence, on "francote"!

Cross du 15 octobre à Ouaga

Quand les organisateurs piétinent les lois de la république

Au pays des Hommes intègres, dès que s’annonce le mois d’octobre, les observateurs de la scène politique nationale ont les yeux rivés sur la date du 15. En cela, rien de surprenant pour qui connaît l’histoire mouvementée du pays. Cette crainte du 15 octobre a culminé l’année dernière du fait que l’an 2007 correspondait aux vingt ans de la disparition tragique de Thomas Sankara, le chef de la Révolution d’août, donc jour de grand deuil pour les uns, mais aussi jour d’espoir pour ceux qui pensent que Blaise Compaoré a été le messie qui a délivré le Faso ‘’des affres révolutionnaires’’. Grâce à Dieu et aux mannes de nos ancêtres, il y a eu plus de peur que de mal. Depuis lors, les démocrates burkinabè se sont mis à rêver d’un climat politique désormais plus démocratique et plus respectueux de l’Etat de droit.
Ce fut une grande erreur d’avoir eu une telle approche, car le 15 octobre dernier, des nostalgiques de l’Etat d’exception et ceux de la pensée unique allaient se révéler au grand jour. Prétextant leur connexion avec l’enfant terrible de Ziniaré, certains commis au sommet de l’Etat ont posé des actes dignes d’un Etat d’exception. Au nom de leur attachement au chef de l’Etat (et peut-être à leur ventre), ils ont violé les lois de la république pour décréter pratiquement un après-midi du 15 octobre chômé et payé. Ils ont organisé un cross populaire aux heures de service. Idem, d’ailleurs, pour les sankaristes qui étaient au cimetière de Dagnoën. Les militants CDP de la région du Centre ont le droit de donner de la voix. Mais ce qui s’est passé est inimaginable dans l’Etat de droit qu’ils magnifient. Non seulement des ministres de la république se sont bruyamment exprimés au cours d’une manifestation partisane sans que le pays ne soit en campagne électorale, mais ils sont venus prendre position pour une partie du peuple contre une autre partie non négligeable de ce même peuple. Mais là où les ‘’partisans’’ de Blaise sont allés trop loin, c’est quand ils ont eu le courage d’habiller des éléments des forces de l’ordre à l’effigie de leur mentor pour leur cross populaire. De quel droit une organisation politique peut-elle utiliser des corps habillés pour sa cause? Passe encore que les forces de sécurité soient sollicitées pour assurer la sécurité du parcours, mais les enrôler comme des militants et partisans de Blaise Compaoré, il y a un pas dangereux qu’ils ont franchi. Pendant qu’on y est, ne serait-ce pas possible que Justin Koutaba nous gratifie d’un défilé monstre où il réquisitionnerait l’ensemble des forces vives de la nation pour fêter la Saint-Blaise le 3 février? Qui sait, peut-être qu’il se serait prénommé Justin qu’il n’aurait pas eu ce don particulier de sauver la démocratie. Il faudra aller jusqu’au bout en célébrant la date de son entrée à l’école, celle de l’obtention de son bac et de son entrée dans l’armée, car son rôle ‘’historique joué ‘’ le 15 octobre 1987 a été préparé par toutes ces dates importantes de sa vie.
La responsabilité des chefs militaires ou paramilitaires est toute aussi grande car rien ne peut justifier qu’ils donnent leur accord à la participation de leurs éléments à une action politique partisane. Qu’en sera-t-il si demain les hommes restés fidèles aux convictions politiques de Jean-Baptiste Ouédraogo ou de Saye Zerbo devaient organiser un cross le 7 ou le 25 novembre? Pourront-ils bénéficier du même traitement de faveur? Assurément non. Alors, il y a des précédents qu’il ne faut jamais poser en république.

Adam Igor

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Contrôle douanier

Ouaga avec char fraudé, c'est la galère !

Depuis quelques jours, Ouagadougou s’est enrichie d’un nouveau sport: la chasse-poursuite aux motos fraudées. Les acteurs: les douaniers de la brigade mobile des Douanes et ceux qu’ils considèrent comme des mauvais citoyens pour avoir acheté des «chars» par des circuits frauduleux. Ceux qui ont assisté aux premières séquences de cette guérilla - comme dirait l’ex-ministre de la Sécurité, Assane Sawadogo - ont dû penser qu’il s’agissait d’un mauvais scénario de film rodéo.
Dans le genre, on connaissait les «flics de Simon», les policiers municipaux, pas toujours efficaces pour rattraper un voleur à la tire mais «très très forts» pour s’embusquer et piéger les «brûleurs de feu rouge». Et comme s’ils ne suffisaient pas à nous distraire de notre vie chère (ou à nous en dégoûter!), voilà que les douaniers aussi décident d’investir la ville.
En quelques mots, le casus belli est le suivant: depuis quelque temps, Ouagadougou, et sans doute plusieurs autres villes du pays, sont envahies par des motos fraudées. Avec la vie chère qui a ouvert la porte à toutes les débrouillardises, les consommateurs ne se font pas prier pour se ruer sur ces motos non dédouanées, donc vendues à des prix défiant toute concurrence. Incapables - ou impuissantes - d’endiguer le flot de ces colonnes de chars qui empruntent des chemins détournés, les douaniers ont décidé de taper sur le maillon le plus faible de la chaîne (ou en tout cas le plus facile à attraper), le consommateur. Ainsi, tout propriétaire de motocyclette non immatriculée est sommé de fournir les pièces justifiant la qualité de sa monture, qu’elle a été achetée dans des conditions régulières. Et s’il se trouve qu’il s’agit d’une moto provenant de ces circuits bannis, elle est purement et simplement embarquée au poste; dans l’attente que le présumé fraudeur vienne justifier de sa bonne foi. Une telle opération n’est pas la première car, en 2005, les douaniers étaient déjà descendus dans les artères de Ouaga dans le même but. A l’époque, on avait accusé Mégamonde d’être derrière cette chasse aux motos JC fraudées. Mais cette fois-ci, l’opération semble de plus grande ampleur. On va certainement accuser la vie chère, mais, de tout temps, le Burkinabè est adepte du «moins cher», même s’il lui coûte plus cher après.
Voilà donc qui explique la descente en force des douaniers en ville. Une telle présence d’hommes de tenue dans notre capitale - à vous donner mauvaise conscience même quand vous êtes en règle - est-elle indispensable? On était habitué à voir les «bérets noirs» en brousse. Certes, ils sont dans leur bon droit et dans la légalité car, tant que l’infraction demeure, ils sont fondés à la poursuivre et à la réprimer. Mais pour une activité de ce genre, n’y a-t-il pas une autre solution? Car cette nouvelle version de «Traque à Ouaga» n’est pas sans risques de troubles sociaux, comme on l’a vu avec cette histoire de port obligatoire de casques. Surtout que la rumeur ouagalaise, nourrie par l’art de l’oralité et notre capacité d’affabulation que nous enviait l’ambassadeur Alain Deschamps, est très féconde en histoires impossibles!
Tous les consommateurs en état d’infraction ne sont pas de mauvaise foi. Ils sont nombreux à avoir acheté leur motocyclette dans des magasins ayant pignon sur rue, avec la conviction qu’ils ont affaire à des commerçants en règle vis-à-vis de la loi. Les douaniers eux-mêmes le reconnaissent, il y a des cachets falsifiés des services des transports qui circulent en ville et qui servent à «authentifier» certains papiers. Comment trier le bon grain de l’ivraie?
Les douaniers se justifient tant bien que mal. Interrogé par nos confrères, le chef de la brigade mobile de Ouaga expliquait ainsi que c’est pratiquement à des hordes de drogués que ces commerçants véreux font appel pour faire entrer leurs marchandises. Ces passeurs sans foi ni loi n’hésitent pas à s’en prendre physiquement aux agents des douanes quand ceux-ci s’avisent de les arrêter en brousse. Alors, si l’on comprend que nos douaniers se réfugient en ville pour traquer le consommateur ‘’fraudeur’’ plutôt que le commerçant fraudeur, c’est là un aveu d’impuissance. Avec les différents instruments de lutte contre la fraude venant en renfort à la Douane, il doit bien être possible de mettre la main sur les importateurs frauduleux de motos.
On n’a pas besoin d’un système de renseignement sophistiqué pour savoir que les environs du Théâtre populaire, par exemple, sont un marché à ciel ouvert de chars fraudés. Sans oublier que les circuits empruntés par les consommateurs indélicats sont aussi à la portée de nos fins limiers des Douanes. A moins que ce ne soit un choix délibéré de ne pas s’attaquer aux gros poissons que sont les commerçants grossistes. Remonter la filière à partir des acheteurs et atteindre les grossistes ne doit pas nécessiter les compétences d’un Sherlock Holmes. Ce qui signifierait une capitulation devant l’impunité.
Mais les mauvaises langues voient dans cette nouvelle tactique de guerre contre la fraude l’expression du mal-être actuel de nos gabelous. Il semble que les nouvelles mesures de lutte contre la corruption ajoutées au durcissement des procédures de COTECNA ont gâté les affaires des douaniers que les règles de l’UEMOA avaient déjà malmenées. La douane ne serait plus le Pérou où le moindre gradé a des revenus occultes que lui envie un haut cadre de l’administration. A ce rythme, le concours de recrutement des douaniers, qui était l’un des plus courus de la Fonction publique, ne va pas avoir plus de «succès» que celui des gardes de sécurité pénitentiaire.

A. TraorÈ

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Dialogue

Silence, on "francote"!

Les lampions se sont éteints sur le douzième sommet de la Francophonie à Québec, mais le débat se poursuit sur la défense ou la promotion de la langue française dans le monde. Les problèmes d’éducation et autres questions sous-jacentes ont toujours intéressé Blaise Compaoré, président du Faso: c’est dans sa région que fut lancée, à grande échelle, l’alphabétisation. Conscient du fait que le français restait pour son peuple une langue d’ouverture vers le monde, il n’est pas étonnant que le président ait lancé ce vaste projet connu sous le terme de PDDEB.
Loin de son pays et des querelles politiciennes qui l’animent périodiquement, l’homme aura admirablement réussi sa réadaptation. Du fauteuil présidentiel de la République du Sénégal à celui de la Francophonie, la densité des questions à résoudre n’est sans doute pas la même, mais les yeux des caméras sont toujours là, qui interrogent: quel avenir pour cette langue dont certains disent qu’elle est de plus en plus mal parlée...


Blaise: Au moins les gens commencent à comprendre que les grandes idées sont francophones!
Diouf: Oui... avec cette crise économique, on va se pencher sur les idées de Colbert, les Saint Simon et autres théoriciens de l’économie...
Blaise: Mais... quand je vois des gens qui se «débinent» de la grande maison...
Diouf: Ah... ces gens-là ont sans doute des choses à se reprocher et, par leur décision, mettent ainsi en exergue ce que nos psychologues nomment le «complexe de compensation».
Blaise: Et tu penses que ça pourrait un jour s’arranger?
Diouf: T’inquiète pas, l’histoire a toujours ramené les peuples sur la voie qu’ils devaient suivre...
Blaise: Pourtant, et pendant très longtemps, chaque pays voulait former ses diplomates en France!
Diouf: Les bonnes manières, la bonne cuisine et tout! C’est vrai que c’est une des langues au monde les plus métissées, mais qui a drainé un certain nombre de valeurs. Je ne sais pas pourquoi on dit qu’elle recule... 
Blaise: Il y a peu de structures pour encadrer les éventuels apprenants. De mon temps, il y avait ce qu’on appelait les «cours d’adultes», animés par les instituteurs après leurs horaires normaux. Mais pour ça, il faut des fonds!
Diouf: Oui, je comprends, la part de l’éducation est minime dans le portefeuille des bailleurs de fonds. Que faire?
Blaise: Je pense qu’il faut encourager les nationaux qui font un travail admirable, au lieu...
Diouf: Je vois... c’est vrai que les gens se plaignent souvent de ces experts qui vont faire du tourisme en Afrique et qui sont plus budgétivores que les projets eux-mêmes...
Blaise: Il faut cibler les organisations locales performantes et les aider à revoir le système même d’enseignement et tout...
Diouf: Dans quel sens?
Blaise: Il faut occuper les jeunes. Hormis certaines filières, notre système n’offre pas beaucoup de pratique à la jeunesse!
Diouf: Humm... il faut revoir ça...

Propos recueillis dans un ´tepeeª par JJ

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