Journal du Jeudi N°822 du 21 au 27 juin 2007


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Football: L'Étalonmania a tourné au vinaigre
Front social: le compte à rebours a déjà commencé pour Testicus
Dialogue: la culture ça fait ma..âle?

Football

L'Étalonmania a tourné au vinaigre

Depuis samedi dernier, amoureux et passionnés du ballon rond sont très amers et bouleversés par l'élimination de l'équipe nationale de la course à la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations Ghana 2008. Quand on sait que le football s'est imposé dans ce pays comme le «sport-roi», que le «roi» le vit comme une passion, que le Moogho Naaba, l'empereur des Moose, en a fait son hobby préféré, que la plupart des môgô puissants de ce pays ne marchandent pas leur soutien aux Étalons... et que dans les villages les plus reculés, certains ne respirent que pour le foot, on comprend l'amertume des uns, le dégoût ou la tristesse des autres. Surtout que ce sera la seconde fois consécutive - après Égypte 2006 - que les Étalons du Burkina regarderont le plus grand rendez-vous du foot africain à la télé.
Le désappointement a été à la hauteur du symbole que concentre le nom de l'équipe: des Étalons qui se font étaler lamentablement aussi bien à l'extérieur que devant leur propre public comme de vulgaires ânons, il y avait de quoi couler du fiel et provoquer des récriminations. Même s'il est vrai qu'en football tout est possible. Les Étalons ont déçu. Et la réaction, compréhensible des supporters, est de brandir le carton rouge à l'équipe, aux encadreurs et à la Fédération burkinabè de football vers qui on pointe, en plus, le doigt accusateur.
Les volées de bois vert auxquelles on assiste depuis la défaite annoncée traduisent l'état d'esprit qui a régné autour des Étalons qui, il faut le reconnaître, ont baigné dans une ambiance délétère au cours de ces derniers mois. Des observateurs avisés de la faune footballistique estiment d'ailleurs qu'à quelque chose le «malheur» est bon à prendre.
En effet, ce ne sont pas les appels au vandalisme, les injures, encore moins les déballages médiatiques qui vont permettre de retrouver l'argent, le temps et les énergies perdues jusque-là. Le mal est déjà fait. Le vin est tiré, il faut le boire, même lorsque tout a tourné au vinaigre. Il faut se donner maintenant le temps de soigner le mal à sa racine et non se contenter de panser les plaies. Disons-le net, le football burkinabè est aussi malade du manque de talents, d'une gestion calamiteuse des hommes et des ressources, de la trop grande immixtion de la politique et des politiques, de l'indiscipline tant des supporters que de la presse sportive.
Pour que l'Étalonmania, qui galvanise tant d'énergie, ne tourne plus jamais au vinaigre, il y a lieu de remettre la balle au centre. Franchement et courageusement.

(La suite de l'enquête dans le JJ "papier")

A. Houédrago

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Front social

Le compte à rebours a déjà commencé pour Testicus

Testicus Zongo, le nouveau chef du gouvernement burkinabè, est un communicateur hors pair. Il en a fait la démonstration, lors de son premier point de presse et avec les audiences accordées à toutes les communautés religieuses du Burkina. Les bénédictions reçues à cette occasion suffiront-elles à prolonger l’état de grâce qui est accordé à tout nouveau pouvoir? Le doute est permis. De nombreux dossiers l’attentent en urgence. C’est pourquoi, au-delà des supputations sur l’appartenance de tel ou tel ministre à telle ou telle tendance, ils doivent savoir qu’ils sont tous attendus au pied du mur.
Les Burkinabè espèrent qu’il s’agit du gouvernement d’action annoncé par le chef de l’État. C’est pourquoi ils attendent qu’il fasse ses preuves en s’attaquant aux dossiers délicats qui empoisonnent la vie nationale. Comme le maçon est jugé au pied du mur, les ministres aussi le seront à l’aune de leurs capacités à affronter les difficultés de front.
Les principaux maux de ce pays sont connus depuis belle lurette et il n’est nul besoin pour le Premier ministre d’attendre de faire sa déclaration de politique générale devant le Parlement avant de se mettre au travail. Du reste, le premier test qui donnera au gouvernement sa crédibilité sera le traitement des fraudes constatées à l’examen du BEPC. Une gestion adéquate de ce dossier peut être un indicateur de la volonté de la nouvelle équipe de tenir ses promesses. En tout état de cause, l’heure n’est plus à l’étalage des bonnes intentions. Plus que tout, les Burkinabè ont besoin d’actes. Testicus ayant lui-même annoncé que la fraude et la corruption sont les plaies de ce pays, il lui revient de donner l’exemple, en sanctionnant chaque fautif à la hauteur de son forfait. C’est l’une des conditions pour avoir la confiance des partenaires sociaux. Il faut effectivement savoir que les syndicats attendent de pied ferme le nouveau chef de gouvernement sur des questions essentielles comme celles de la vie chère et les augmentations incontrôlées des prix des produits de grande consommation. Les exigences qui seront posées à Testicus Zongo ne devraient pas le surprendre, lui, l’économiste chevronné, qui sait qu’il existe une relation de cause à effet entre le pouvoir d’achat et la croissance économique. Sans donc aller jusqu’à accorder les augmentations de salaires demandées par les organisations des travailleurs, il pourra tout de même faire un geste qui confirmera sa bonne disposition d’esprit. À écouter les premiers propos du Premier ministre, on peut se risquer à dire qu’il en a conscience.
En effet, il s’est dit disponible à faire du dialogue un instrument de travail et de relation avec les partenaires sociaux. Il lui faut une bonne dose de patience et de capacité d’écoute pour renouer les fils de la concertation qui, s’ils n’étaient pas complètement rompus sous le précédent gouvernement, n’étaient plus assez solides pour installer un climat de confiance à même de conduire à des échanges constructifs.
Le gouvernement se doit d’être assez imaginatif pour trouver au plus vite les solutions idoines aux questions qui ont été posées de façon récurrente par les organisations syndicales. Les premières mesures concrètes doivent être annoncées et mises en exécution au plus tôt car les Burkinabè collent au chef du gouvernement l’image d’un beau parleur, comme pour dire qu’il parle plus qu’il n’agit. Testicus n’a donc pas droit à un quelconque round d’observation.

Adam Igor

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Dialogue

La culture ça fait ma..âle?

Ce n’est pas un inconnu du monde artistique, et il vient d’ajouter à ce qui était déjà, un bel air de famille où l’on compte, entre autres, Benoît Savadogo, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina, et Odile Nacoulma, actuelle présidente de l’Université de Ouagadougou.
Rattrapé positivement par son passé, pour avoir longtemps rempli les fonctions de Secrétaire général du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, Filippe se retrouve à la tête du ministère englobant la Communication, le Tourisme et la Culture. L’homme a sans doute déjà sa petite idée là-dessus, et tentera de convaincre ceux qui sont viscéralement contre la suppression du ministère de la Culture, que ce réaménagement ne nuira en rien à la qualité des prestations du ministère concernant le volet culturel. On attend de voir...
Son séjour éphémère à la tête du ministère n’a pas surpris certains observateurs avisés, certains de la mise en place d’un gouvernement nouveau, plus volontariste à même de capter correctement les dividendes de ses efforts. On ne saurait bien évaluer un passage de quelques mois à la tête d’un ministère. Pour l’heure, l’intéressé siège à l’Assemblée nationale...

Filippe: Comment as-tu trouvé la Culture?
Aline: Tu sais bien que j’en ai toujours été passionnée, et j’écris!
Filippe: La passation de témoin n’a pas dû être facile pour toi!
Aline: C’est vrai, dans le sens où c’est psychologique; y a des gens qu’on remplace difficilement...
Filippe: Je vois... Mahamoudou a beaucoup œuvré pour la culture...
Aline: Le tourisme également! Les Burkinabè découvrent de plus en plus leur pays...
Filippe: Je te souhaite beaucoup de courage à l’Assemblée... où il y a peu de femmes...
Aline: Ecoute, ça c’est encore une histoire d’hommes; une question de volonté!
Filippe: Ce qui est sûr c’est que ça évoluera vers un changement des mentalités actuelles.
Aline: Toi, tu te retrouves avec trois éléments dans ton portefeuille!
Filippe: Oui, on a constaté que la culture et le tourisme cheminent très souvent ensemble, tandis que l’information est là pour dire les faits et gestes, guider...
Aline: Ce n’est pas la configuration du cabinet qui paraît inquiétante, mais les principaux acteurs eux-mêmes.
Filippe: Ah, ah, ah! Je vois où tu veux en venir...
Aline: Ah bon?
Filippe: Tu veux dire qu’il faut m’apprêter à recevoir tout ce beau monde, souvent difficile à comprendre! Laisse-moi te dire que pendant longtemps j’ai géré toutes sortes d’humeurs avec les cinéastes...
Aline: C’est vrai, tu as tenu bon...
Filippe: C’est une question de choix et de volonté: si tu aimes le travail que tu fais, y a rien au village!
Aline: J’aimerais bien partager ton inépuisable optimisme...
Filippe: Il faut cesser de lire la vie en noir! On ne doit pas vouloir fuir l’environnement dans lequel on évolue!
Aline: C’est pas toujours facile...
Filippe: Y a un brave prêtre qui a une chanson qui me plaît bien dans laquelle il demande aux uns et aux autres de ‘’garder le sourire en toutes circonstances’’...
Aline: Belle leçon à l’application difficile...
Filippe: C’est vrai qu’il y a des gens qui pensent que c’est en serrant la mine qu’ils se font respecter. C’est archifaux! Un sourire désarme bien plus qu’une mine de croque-mort...
Aline: Je vois que ton séjour en ambassade t’a beaucoup appris...
Filippe: Ce sont des expériences qui vont m’être de grande utilité...
Aline: Ici, il ne s’agit pas de diplomatie!
Filippe: Lorsqu’il y a désaccord sur des accords passés, des textes qu’une partie des premiers intéressés refuse de signer, il faut obligatoirement recourir au jeu diplomatique.
Aline: Tant mieux! C’est réellement une chance pour les médias, les rappeurs et les reggaemen!
Filippe: Tu veux rire? Non... c’est un ministère qui s’intéresse à tous les Burkinabè, sans exclusive.
Aline: Dans ce cas-là, qu’est-ce qu’on peut faire?
Filippe: Toi, tu es à l’Assemblée. Tu pourras prendre la tête d’une croisade culturelle, pour faire adopter des textes à même de revigorer notre culture!
Aline: Y a déjà la semaine culturelle dite SNC.
Filippe: C’est une bonne chose, mais est-ce que tous les Burkinabè s’y retrouvent? Il y a des pans entiers de notre culture qui foutent le camp et c’est dommage...
Aline: Tu ne voudrais tout de même pas nous ramener à l’âge de la pierre!
Filippe: De nombreux pays, par exemple, s’intéressent de plus en plus aux savoir-faire anciens. Il faut répertorier ces choses-là, mais pas en restant à Ouagadougou.

Propos recueillis Place des CinČastes par JJ

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