Journal du Jeudi N°590 du 09 au 15 janvier 2003

Bon an, bombe année

Déjà le 9 janvier et l'an n'est déjà plus tout à fait neuf. Cette semaine de rentrée pour tous les acteurs du Burkina commence sur la pointe des pieds avec l'instauration de la journée continue pour cause de Coupe d'Afrique des nations de foot des Juniors. Encore une année de footaises en perspective.
Attendons que tous les Bobo aient dessoûlé pour souhaiter un bon âne... pardon, un bon an aux Yarsé. Pas une de ces foutues années qui se déroulent au ralenti comme c'est le cas dans toute la sous-région depuis le déclenchement des hostilités en Côte d'Ivoire. Non, une année franchement dynamite... euh... dynamique qui remette les pendules économiques à l'heure car le rythme sur lequel on a fini 2002 risque d'en finir avec notre monnaie... de singe. Vivement donc que les frères ennemis de Côte d'Ivoire rangent les armes et essuient les larmes car un coup de main vaut mieux qu'un coup de pied.
Si le rendez-vous parisien des protagonistes ivoiriens se tenait effectivement le 15 janvier, avec les retombées politiques escomptées, on pourrait envisager l'année nouvelle sous de meilleurs auspices. Certes, c'est pas demain la veille que la Côte d'Ivoire, même pacifiée, connaîtra la sérénité. Car, à supposer que les armes se taisent par miracle et pour de bon, qu'on s'achemine vers des élections générales sans exclusions basées sur une Constitution revue et corrigée, et que celles-ci accouchent d'une nouvelle légitimité à Abidjan, la gestion des affaires pendantes risque de remettre le feu aux poudres. Il est évident que les dernières tueries par hélicoptère, même attribuées aux mercenaires, ajoutées aux nombreux charniers déjà découverts et restant sans doute à découvrir, laisseront un goût amer à une hypothétique réconciliation. Sans compter qu'il faudra régler les... règlements de comptes, comme le cas malheureux du général Guéi qui ne saurait être passé sous silence. En trois mois, le pays de Laurent Gbagbo a réussi le tour de force d'anéantir le capital de cohésion que le Vieux avait mis quarante ans à bâtir.
Au plan économique, les opérateurs de la sous-région - Burkina et Mali principalement - mettront longtemps à renouer totalement avec le port d'Abidjan. Certes, les courageux ouvriers agricoles reprendrons d'assaut les plantations de café et de cacao, mais désormais chacun aura à l'esprit d'investir dans sa patrie, là où ses droits fonciers sont garantis.
Au plan social, les partisans de l'ivoirité qui auront accepté de mettre un peu d'eau dans leur vinaigre ne seront pas au bout de leurs surprises. Pour la simple raison déjà vérifiée en Haute-Volta que plusieurs mois d'affilée de couvre-feu débouchent immanquablement sur un... baby-boom. Une forte natalité qui viendra compenser, en quelque sorte, les pertes en vies humaines durant la sale guerre. Or, de nombreux mercenaires (n'en déplaise à Gbagbo) ont combattu en Côte d'Ivoire et pas seulement dans le camp loyaliste; le MPIGO, voire le MJP, compteraient des assaillants d'origine libérienne dans leurs rangs. Ce melting-pot, sur fond de couvre-feu, va nécessairement accoucher d'une génération d'Ivoiriens peu conformes aux normes de l'ivoirité. Un cercle vicieux qui ne va pas arranger le débat.